Et voici le dernier tome : « Hotaru », le charme agit toujours autant...

 

le poids des secrets T5 hotaru-809793

 

Résumé

 

          C’est le temps des lucioles, et Mariko victime d’hallucinations depuis la chute qui a beaucoup réduit sa mobilité, se confie à sa petite-fille Tsubaki, la fille de Yukio.

          Elle se rappelle d’autres moments de sa vie où les lucioles ont joué un rôle et les raconte pendant ses moments de lucidité.

          La grand-mère et sa petite-fille sont proches, sur la même longueur d’ondes et se comprennent, Mariko peut livrer d’autres secrets…

          L’action de cette histoire se situe un mois avant celle de « Hamaguri », nous précise l’éditeur.

 

Ce que j’en pense :

 

         Au départ, j’ai trouvé que ce roman ressemblait beaucoup à « Tsubame » et je ne voyais pas bien ce que l’auteure voulait dévoiler qu’on ne savait pas encore.

          En fait,  ce T5 est différent car Mariko ne dit pas les choses de la même façon, elle se confie à une autre femme dont la sensibilité est proche de la sienne, ce n’est pas n’importe lequel de ses petits-enfants, leurs situations se ressemblent sans qu’elles le sachent vraiment. Mariko est la confidente de Tsubaki.

          Aki Shimazaki  aborde surtout le côté « maîtresse », la relation adultérine et ses conséquences, ce que peut ressentir une femme victime d’une relation subie par un homme manipulateur, qui promet toujours de quitter son épouse, ne pense qu’à son plaisir et les conséquences psychologiques que cela peut avoir… on pense tout savoir de Mariko et on découvre encore des choses…

          Elle parle aussi des différents niveaux de secrets, on ne confie pas la même chose selon son interlocuteur, on peut raconter plus facilement à une personne du même sexe car on parle de sentiments, d’émotions et on voit bien que les secrets entraînent une répétition des scénarios (j’aime mieux scenarii) de vie tant qu’ils ne sont pas révélés.

          Dans cette pentalogie, Aki Shimazaki  réussit à merveille à évoquer ce qui tacite, indicible, chacun entendant un petit morceau  de la vérité et au lecteur de se faire une idée de l’ensemble.

          On retrouve encore une fois la poésie et la fluidité de l’écriture : Hotaru (luciole) qui fait penser au champignon et la lumière aveuglante de la bombe atomique, à la rencontre  entre la luciole et le ver luisant…

         J’ai pris mon temps pour lire ce T5, pour faire durer le plaisir,  je  viens à peine  de le  terminer et j’ai déjà envie de relire la pentalogie car je sens que la deuxième lecture sera sûrement différente, il y aura un autre éclairage.

          Cette pentalogie est un coup de cœur dans son ensemble, même si j’ai préféré certains tomes à d’autres. En plus, ce sont de beaux livres… une auteure (c’est moche, mais autrice et écrivaine, ça écorche encore plus mes oreilles) que je vais continuer à découvrir car sa belle écriture est une friandise, le chocolat fin qui accompagne un bon café, ou une madeleine…

          Note : 9/10

 

 

Extraits :

 

           « Laissez Obâchan parler et ne discutez pas, nous a dit ma mère. Elle voit ce qu’on ne voit pas. Elle entend ce qu’on n’entend pas. De toute façon, elle ne peut plus bouger seule. Il n’y a pas de danger. »

 

          Cependant, je suis contente qu’elle réagisse toujours à ce que je dis. Ma mère me dit que malgré son état de santé, Obâchan se souvient très bien de mon enfance. « Elle a l’air heureux quand nous en parlons, ton père et moi. Elle attend toujours ta visite avec impatience. »

 

          — Ojîchan (grand-père), pourquoi les lucioles émettent-elles de la lumière ?

          Il répond :

          — Pour attirer des femelles.

          Je suis étonnée :

          — Alors, les lucioles sont-elles mâles ?

          — Oui. Les femelles sont des vers luisants. Elles émettent aussi de la lumière, mais elles ne volent pas. Les deux s’échangent des messages amoureux en clignotant.

          Je m’exclame :

          — Comme c’est romantique !

          — Oui, dit Ojîchan. Au moins pour nous, les Japonais.

          — En France, il existe une superstition étrange : ces lumières seraient les âmes des enfants morts sans avoir reçu le baptême. Pour les gens qui y croient, ces insectes sont bien sinistres.

 

          Le mot « sinistre » me fait penser à la scène du soir de la bombe atomique qu’Obâchan (grand-mère), m’a racontée une fois : « J’ai vu une volée de lucioles au-dessus du ruisseau, qui était écrasé par les ruines des bâtiments. Les lumières de ces insectes flottaient dans le noir comme si les âmes des victimes n’avaient pas su où aller. » Je me demande où ira l’âme d’Obâchan. Va-t-elle errer pour toujours entre ce monde et l’autre monde ? Ses jours sont comptés. J’espère qu’elle trouvera le calme et pourra mourir en paix, comme Ojîchan.

 

Lu en août 2016