Les livres d'Eve

COPYSCAPE

 

Protected by Copyscape Online Copyright Search

Posté par Eve-Yeshe à 16:48 - Commentaires [0] - Permalien [#]


29 août 2016

"Le poids des secrets T5: Hotaru" de Aki Shimazaki

          Et voici le dernier tome : « Hotaru », le charme agit toujours autant...

 

le poids des secrets T5 hotaru-809793

 

Résumé

 

          C’est le temps des lucioles, et Mariko victime d’hallucinations depuis la chute qui a beaucoup réduit sa mobilité, se confie à sa petite-fille Tsubaki, la fille de Yukio.

          Elle se rappelle d’autres moments de sa vie où les lucioles ont joué un rôle et les raconte pendant ses moments de lucidité.

          La grand-mère et sa petite-fille sont proches, sur la même longueur d’ondes et se comprennent, Mariko peut livrer d’autres secrets…

          L’action de cette histoire se situe un mois avant celle de « Hamaguri », nous précise l’éditeur.

 

Ce que j’en pense :

 

         Au départ, j’ai trouvé que ce roman ressemblait beaucoup à « Tsubame » et je ne voyais pas bien ce que l’auteure voulait dévoiler qu’on ne savait pas encore.

          En fait,  ce T5 est différent car Mariko ne dit pas les choses de la même façon, elle se confie à une autre femme dont la sensibilité est proche de la sienne, ce n’est pas n’importe lequel de ses petits-enfants, leurs situations se ressemblent sans qu’elles le sachent vraiment. Mariko est la confidente de Tsubaki.

          Aki Shimazaki  aborde surtout le côté « maîtresse », la relation adultérine et ses conséquences, ce que peut ressentir une femme victime d’une relation subie par un homme manipulateur, qui promet toujours de quitter son épouse, ne pense qu’à son plaisir et les conséquences psychologiques que cela peut avoir… on pense tout savoir de Mariko et on découvre encore des choses…

          Elle parle aussi des différents niveaux de secrets, on ne confie pas la même chose selon son interlocuteur, on peut raconter plus facilement à une personne du même sexe car on parle de sentiments, d’émotions et on voit bien que les secrets entraînent une répétition des scénarios (j’aime mieux scenarii) de vie tant qu’ils ne sont pas révélés.

          Dans cette pentalogie, Aki Shimazaki  réussit à merveille à évoquer ce qui tacite, indicible, chacun entendant un petit morceau  de la vérité et au lecteur de se faire une idée de l’ensemble.

          On retrouve encore une fois la poésie et la fluidité de l’écriture : Hotaru (luciole) qui fait penser au champignon et la lumière aveuglante de la bombe atomique, à la rencontre  entre la luciole et le ver luisant…

         J’ai pris mon temps pour lire ce T5, pour faire durer le plaisir,  je  viens à peine  de le  terminer et j’ai déjà envie de relire la pentalogie car je sens que la deuxième lecture sera sûrement différente, il y aura un autre éclairage.

          Cette pentalogie est un coup de cœur dans son ensemble, même si j’ai préféré certains tomes à d’autres. En plus, ce sont de beaux livres… une auteure (c’est moche, mais autrice et écrivaine, ça écorche encore plus mes oreilles) que je vais continuer à découvrir car sa belle écriture est une friandise, le chocolat fin qui accompagne un bon café, ou une madeleine…

          Note : 9/10

 

 

Extraits :

 

           « Laissez Obâchan parler et ne discutez pas, nous a dit ma mère. Elle voit ce qu’on ne voit pas. Elle entend ce qu’on n’entend pas. De toute façon, elle ne peut plus bouger seule. Il n’y a pas de danger. »

 

          Cependant, je suis contente qu’elle réagisse toujours à ce que je dis. Ma mère me dit que malgré son état de santé, Obâchan se souvient très bien de mon enfance. « Elle a l’air heureux quand nous en parlons, ton père et moi. Elle attend toujours ta visite avec impatience. »

 

          — Ojîchan (grand-père), pourquoi les lucioles émettent-elles de la lumière ?

          Il répond :

          — Pour attirer des femelles.

          Je suis étonnée :

          — Alors, les lucioles sont-elles mâles ?

          — Oui. Les femelles sont des vers luisants. Elles émettent aussi de la lumière, mais elles ne volent pas. Les deux s’échangent des messages amoureux en clignotant.

          Je m’exclame :

          — Comme c’est romantique !

          — Oui, dit Ojîchan. Au moins pour nous, les Japonais.

          — En France, il existe une superstition étrange : ces lumières seraient les âmes des enfants morts sans avoir reçu le baptême. Pour les gens qui y croient, ces insectes sont bien sinistres.

 

          Le mot « sinistre » me fait penser à la scène du soir de la bombe atomique qu’Obâchan (grand-mère), m’a racontée une fois : « J’ai vu une volée de lucioles au-dessus du ruisseau, qui était écrasé par les ruines des bâtiments. Les lumières de ces insectes flottaient dans le noir comme si les âmes des victimes n’avaient pas su où aller. » Je me demande où ira l’âme d’Obâchan. Va-t-elle errer pour toujours entre ce monde et l’autre monde ? Ses jours sont comptés. J’espère qu’elle trouvera le calme et pourra mourir en paix, comme Ojîchan.

 

Lu en août 2016

Posté par Eve-Yeshe à 15:31 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

28 août 2016

"Complètement cramé" de Gilles Legardinier

          Ce livre était depuis longtemps dans ma PAL et après le choc de « Tropique de la violence » il me fallait quelque chose de simple…

 

complètement cramé Gilles Legardinier

 

Résumé

 

          Andrew Blake est arrivé à un stade où plus rien ne l’intéresse, à l’heure où l’on fait le bilan de sa vie.

          Veuf depuis quelques années, il ne s’est toujours pas remis du décès de sa femme, s’est éloigné de sa fille et son entreprise de boites de conserve ne l’intéresse plus guère, surtout dans le contexte actuel où les jeunes loups dont les dents rayent le parquet et ne pensent qu’à une chose : moderniser, rentabiliser sur le dos des employés…

          Il cède son entreprise à sa fidèle secrétaire et avec, la complicité d'un vieil ami d'enfance, retourne en France où il a de bons souvenirs remontant à l’époque de son mariage et se fait embaucher comme majordome dans la demeure d’une femme branchée elle-aussi sur la nostalgie du passé…

 

Ce que j’en pense :

 

          C’est le premier roman de Gilles Legardinier que j’ouvre; cela faisait un moment que  je voyais passer des critiques sur les livres de cet auteur plus que prolifique… (un peu comme Amélie Nothomb) et surtout il me fallait un sas de sécurité après avoir refermé « Tropique de la violence » de Natacha Appanah afin de décompresser en mettant mes neurones en vacances…

          Pour être en vacances, c’est sûr qu’ils l’ont été mes braves neurones. Pas besoin de réfléchir comme dans certaines séries télé…

          J’ai trouvé les personnages sympathiques mais tellement caricaturaux, pleins de bons sentiments… ils arrivent à résoudre tous les problèmes des autres et on a tout : la jeune fille enceinte abandonnée par son compagnon, l’ado en rébellion qu’on essaie d’initier à la lecture et aux maths en instillant quelques doses de bienveillance et d’aide à son prochain, (le ramener dans le droit chemin disait-on autrefois…).

          On peut relever quelques « phrases choc »: « Existe-t-il un âge à partir duquel on perd la faculté de ressentir » ou bien encore « N’oublie jamais qu’un adulte n’est qu’un enfant qui a vieilli »

           « Et ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants » dit-on dans les contes de fées ou au pays des Bisounours. En gros, ce n’est pas mon genre de littérature; ce n’est pas une découverte, c’était même couru d’avance ; d’habitude, dans les cas de fatigue extrême, je prends un polar et il y a de fortes chances pour que je reprenne un polar ou des BD à l’avenir dans ce genre de situation.

          Bref, un roman vite lu, et probablement vite oublié comme on peut avoir envie d’en lire à la plage en train de buller.

          Note : 6/10

 

L’auteur :

 

          Né à Paris en 1965, Gilles Legardinier travaille sur les plateaux de cinéma américains et anglais, notamment comme pyrotechnicien. Il réalise également des films publicitaires, des bandes-annonces et des documentaires sur plusieurs blockbusters.

          Il se consacre aujourd’hui à la communication pour le cinéma pour de grands studios et aux scénarios, ainsi qu’à l’écriture de ses romans. Alternant des genres très variés : littérature pour enfants, thriller, roman humoristique…

         Son roman « Demain j'arrête ! » obtient un grand succès…

 

 

Extraits :

 

          Depuis déjà  longtemps, il était sensible à ces choses qu’on fait pour la dernière fois, souvent sans même s’en rendre compte. Un évènement précis lui en avait donné la conscience : son dernier dîner avec son père, un simple repas à la fin duquel sa mère les avait prié de finir leurs assiettes en riant, parce qu’elle ne voulait pas manquer son film à la télé. De quoi avaient-ils parlé ? De tout, de rien. Ils avaient bavardé avec l’insouciance de ceux qui croient qu’ils pourront toujours sen dire plus le lendemain. Une rupture d’anévrisme survenue la nuit même en avait décidé autrement. Et ce moment si banal était devenu essentiel ultime.

 

          Depuis il redoutait que la vie ne lui retire les choses auxquelles il tenait. Pire, il en avait gardé la peur de la voir lui prendre les gens qu’il aimait. Il en avait conçu une philosophie intime : tout apprécier à chaque seconde, parce que tout peut s’effondrer à chaque seconde.

 

          Certains objets ont le pouvoir d’abolir le temps, mais jamais la peine. Le réconfort qu’il vous procure se paie. Le bonheur qu’ils semblent raviver s’en va d’autant plus loin quand vous les relâchez, comme le ressac d’une vague.

 

          Il en avait connu beaucoup de cette espèce, ceux qui viennent pour vous écouter mais qui ne parlent que d’eux, ceux qui étalent devant moins chanceux qu’eux pour se sentir encore plus puissants.

 

          Quand on est jeune, on a peur de ce qui commence. On ne sait pas. Quand on est vieux, on a peur de ce qui risque de finir. On sait bien assez de choses mais on n’a plus l’occasion de s’en servir.

 

Lu en août  2016

Posté par Eve-Yeshe à 14:19 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : ,

24 août 2016

"Le poids des secrets T4 Wasurenagusa" de Aki Shimazaki

          Place aujourd’hui au T4 de cette belle pentalogie avec « Wasurenagusa », myosotis en japonais.

Le poids des secrets T4 Wasurenagusa

 

 

Résumé

 

          Seul en Mandchourie, Kenji Takahashi pense au passé, son enfance, sa nounou Sono, rejetée par sa mère qui la considérait de race inférieure. Il la voyait toujours en cachette jusqu’à ce qu’un jour elle parte.

          Kenji va nous raconter son enfance, sa famille, l’échec de son premier mariage, sa rencontre avec Mariko et Yukio, alors qu’il répare le toit de l’église que nous connaissons bien, et leur mariage…

 

Ce que j’en pense :

 

          Depuis que j’ai entamé cette pentalogie, je me suis attachée à Kenji, ce personnage qui semble tellement effacé, et surtout tant souffrir, être si triste et j’attendais avec impatience le tome qui lui était consacré.

          Aki Shimazaki  parle très bien de cette société aux codes rigides, les nobles qui doivent avoir un héritier sans mésalliance pour que la lignée perdure, la souffrance de la stérilité masculine qui est inenvisageable, c’est forcément la faute de la femme. En gros, on autorise même le mari à avoir des concubines pour avoir un héritier à tout prix.

          Kenji subit un mariage arrangé, qui se termine forcément mal vu l’autoritarisme de sa mère : il n’a aucun souvenir heureux de sa mère, c’est Sono, la nounou qui était là pour s’occuper de lui jusqu’à ce qu’elle se fasse remercier (virer serait plus adapté). Il ne la verra qu’en cachette et on sent qu’un lien étroit les unit.

          C’est son amour pour Mariko qui va lui donner le courage de couper définitivement les ponts avec sa mère castratrice; elle a régenté le premier mariage mais cette fois-ci, les sentiments sont là et il ne se laisse pas manipuler. La scène décrivant la réaction de la mère lorsque Kenji révèle sa stérilité est d’anthologie…

          La façon dont Aki Shimazaki  parle des enfants naturels, de la stérilité et de l’adoption me plaît, de même la manière dont elle décrit les vieux bâtiments qui remontent à l’ère Meiji, où les tombes au cimetière, leurs inscriptions si particulières. Son écriture est belle, simple mais envoûtante et on parcourt ainsi ce Japon mystérieux où l’Histoire et les histoires s’entremêlent, à la découverte des coutumes et du fonctionnement de sa société un peu difficile à imaginer et à comprendre pour les Occidentaux.

          J’ai aimé la poésie de la rencontre avec Mariko, il l’aperçoit avec ses myosotis et le charme agit et la sensibilité de Kenji, la manière dont il aborde les autres me touche beaucoup. De plus, l’auteur choisit le myosotis, symbole du souvenir ( « Ne m’oubliez pas dans d’autres langues en japonais « Wasurenagusa », en anglais, « Forget me not »,  en russe незабудка  « Niezabudoka » …)   comme titre pour ce tome qui est une véritable ode aux souvenirs.  

          Cette manière de faire monter en puissance les différents secrets qui touchent tous les personnages, les répétitions des scénarios de vie, la façon dont les destins et les révélations s’entremêlent, chacun détenant et confiant un petit fragment, tout cela me plaît beaucoup.

          Note : 9/10

 

coeur-rouge-en-3d_21134893

 

L’auteur :

 

          Née, en 1954 à Gifu au Japon, Aki Shimazaki  a émigré au Canada en 1981  où elle passe ses premières années à Vancouver, travaillant pour une société d’informatique, puis Toronto et vit à Montréal depuis 1991.

          Elle est l’auteur d’une pentalogie intitulée « Le Poids des secrets »,

          On lui doit également une deuxième pentalogie « Au cœur du Yamato », et une nouvelle série romanesque est en cours.

 

 

Extraits :

 

          J’ai essayé de choisir des extraits qui révèlent peu de choses afin de ne pas « spoiler »

 

          Ma mère était contente que je ne pleure plus. Mon père lui dit : « Tout ça, c’est grâce à Sono, qui est bonne avec les enfants. » Pourtant, ma mère lui dit : « Elle est d’origine douteuse. Elle ne convient pas à notre famille. » Comme j’étais encore petit, je ne comprenais pas ce qu’elle voulait dire. Néanmoins, il me sembla que les mots « d’origine douteuse » étaient très négatifs. Sono ne revint plus jamais chez nous quand ma mère eut besoin d’une nurse pour moi.

 

          … quand je pense aux catholiques qui ont défendu leur foi, quoi qu’il arrive, je ne peux m’empêcher de reconnaître mon point faible. Le mot « résistance » me pique le cœur.

 

          Ma mère était tout le temps frustrée. Elle m’aimait comme si elle tentait de compenser l’amour qui lui manquait. Cela me suffoquait, mais je ne pouvais que le supporter. Encore aujourd’hui, les choses n’ont guère changé entre nous, ni entre mes parents.

 

          Sono est la seule personne avec qui je puisse parler de ma situation difficile : ma responsabilité d’héritier, ma stérilité, ma rencontre avec une orpheline qui a un fils naturel, ma difficulté à convaincre mes parents. Sono me manque.

 

          Ma femme dit que les hirondelles lui rappellent le prêtre étranger qui s’occupait des orphelins comme s’il était leur vrai père. Les paroles qu’il m’a adressées avant mon mariage avec Mariko étaient celles d’un parent qui voulait protéger son enfant de ses malheurs passés et lui souhaitait du bonheur du fond du cœur.

 

Lu en août 2016

Posté par Eve-Yeshe à 15:17 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

22 août 2016

"Le poids des secrets" T3 Tsubame de Aki Shimazaki

          Je suis vraiment bien installée dans cette pentalogie, je n’arrive plus à m’arrêter. Voici donc le T3 :

 

Le poids des secrets T3 Tsubamé Aki Shimazaki

 

Résumé

 

          Les Japonais ont fait main basse sur la Corée, et la mère et l’oncle de la petite Yonhi Kim, qui ont pris part au mouvement indépendantiste sont obligé de fuir, car un politicien japonais a été assassiné à Harbin et la chasse aux sorcières s’intensifie parmi les activistes. Nous sommes en 1909 et Yonhi a deux ans. Ils sont obligés de quitter la ville et s’enfuient au Japon.

          Sa mère lui raconte des bribes de leur histoire, elle veut savoir qui est son père, mais la catastrophe approche, les rats ont disparu, il fait anormalement chaud, les fruits sont en avance et soudain c’est le tremblement de terre de 1923, qui va tout dévaster et faire plus de cent quarante mille morts. Pour survivre, Yonhi Kim devient va devenir la Japonaise Mariko Kanazawa.

          Elle est confiée par sa mère à un prêtre et se réfugie dans le mutisme…

 

 

Ce que j’en pense :

 

          Dans ce roman, c’est Mariko, la mère de Yukio, qui raconte son histoire et j’ai beaucoup aimé, encore plus que les deux premiers tomes…

          Cette femme, Yonhi Kim, obligée d’abandonner son nom coréen à cause de la guerre, où un Coréen est inférieur dans l’esprit d’un Japonais (cela vous rappelle quelque chose n’est-ce pas ? vous savez, un certain Adolf et l’Allemand pur, Arien de bonne souche…) de prendre  un nom japonais et de taire à tout jamais son passé, alors que ses parents ont été des héros, mais resteront inconnus…

          Yonhi Kim, donc que sa mère a rebaptisée Mariko (en hommage à la vierge Marie et au Christ) qui va subir le tremblement de terre, puis aura un enfant, que nous connaissons bien Yukio, et sera condamnée à l’illégitimité toute sa vie : « J’ai écrit dans la lettre que ton nom est Mariko Kanazawa. Ne prononce ton véritable nom, Yonhi Kim, devant personne ».

          Je m’étais déjà attachée à cette femme lors des premiers tomes, mais dans celui-ci, on la découvre en profondeur, à la recherche de son passé, cherchant à savoir qui est son père, ce qui sera la quête de son existence, traversant deux tragédies, le séisme puis la bombe sur Nagazaki.

          On retrouve les haines entre Japonais et Coréens, les insultes et les discriminations dont ils sont l’objet et le carcan de la société japonaise de l'époque. On en apprend plus sur le rôle de l’Eglise et surtout celui du prêtre que l’on surnomme l’hirondelle : Tsubamé.

          Aki Shimazaki sait transcrire la souffrance de cette enfant illégitime, qui va reproduire le même scenario en ayant plus tard un enfant naturel et on comprend mieux son attitude lors des premiers tomes : comment vivre et survivre quand on a non seulement pas eu de père mais également perdu son identité en route.

          La Corée, elle n’en parlera jamais, même à son mari,  pour qu’il n’y ait pas de conséquences sur sa famille. « La discrimination est toujours là. Avoir du sang coréen cause des soucis insolubles. Je ne pourrai jamais avouer l’histoire de mon origine à mon fils et à sa famille. Je ne veux absolument pas que notre vie en soit perturbée. »

          Comme les migrants de nos jours, avec l’exil, on perd son pays, son identité, ses proches, son travail, son statut social, on n’est pratiquement plus rien et il faut tout recommencer.

          Il y a encore beaucoup de poésie dans ce texte, avec l’importance particulière de la nature, des fleurs : le camélia Tsubaki (le prénom de sa petite fille) les myosotis, les campanules, la colline aux gentianes, la façon dont les hirondelles (Tsubamé) font leurs nids, forment leurs couples…

          Peu à peu, des secrets se découvrent, comme les pétales d'une marguerite qu'on effeuille, et on s’attache encore plus à tous ces personnages qu’on a hâte de retrouver.

          Note : 9/10

 

 

L’auteur :

 

Née, en 1954 à Gifu au Japon, Aki Shimazaki  a émigré au Canada en 1981  où elle passe ses premières années à Vancouver, travaillant pour une société d’informatique, puis Toronto et vit à Montréal depuis 1991.

Elle est l’auteur d’une pentalogie intitulée « Le Poids des secrets »,

On lui doit également une deuxième pentalogie « Au cœur du Yamato », et une nouvelle série romanesque est en cours.

 

 

Extraits :


          Nous sommes tombés dans la misère à cause de la colonisation japonaise. Mais n’oublie pas que nous sommes de bonne souche. »

          En Corée, ma mère était professeur d’enseignement ménager dans un collège pour filles. Mon oncle était écrivain et journaliste.

 

          Ma mère travaille comme balayeuse. Elle fait le ménage dans une maison de riches. Lorsque j’étais encore trop petite pour rester seule à la maison, je la suivais au travail. Dans la maison du patron, il y avait des enfants. Je ne jouais jamais avec eux. Les parents leur interdisaient de m’adresser la parole.

 

          En Corée, elle et mon oncle avaient pris part au mouvement d’indépendance. Les Japonais avaient voulu coloniser la Corée le plus tôt possible. Et en 1909, deux ans avant ma naissance, un politicien japonais très important avait été assassiné à Harbin par un patriote coréen. Autour de ma mère et de mon oncle, la répression contre les activistes est devenue alors de plus en plus sévère. L’année suivante, les Coréens ont perdu leur pays. Mon oncle a été interdit de publication. Ma mère a dû cesser de travailler à l’école. Mes grands-parents avaient été souvent convoqués par les Japonais à leur propos. Ma mère et mon oncle ont dû quitter la ville, mais ils ne savaient pas où aller.

 

          La neige tombe en légers flocons. Le prêtre finit de laver les daïkon et jette l’eau du seau au coin du jardin. Ensuite, il apporte un gros morceau de bois devant la clôture et le fend avec une hache. Son vêtement noir et long s’agite chaque fois qu’il brandit la hache. Madame Tanaka ajoute en souriant :

        Tu sais, Mariko, nous les femmes, nous l’avons surnommé « monsieur Tsubame  ».

 

          Allongée sur l’herbe, je regarde le ciel. Un couple d’hirondelles passe au-dessous des nuages blancs. Elles sont revenues de leur pays chaud. L’une suit l’autre à la même vitesse. Elles volent haut, ensuite très bas au ras du sol. Elles remontent et se perchent un moment sur le toit d’une maison. Je me dis : « Si on pouvait renaître, j’aimerais renaître en oiseau. »

 

         Rien n’est plus précieux que la liberté.

 

 

Lu en août 2016

Posté par Eve-Yeshe à 15:54 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,


19 août 2016

"Le poids des secrets" T2 Hamaguri de Aki Shimazaki

          Décidément, je dévore cette pentalogie à une allure vertigineuse. Voici le deuxième tome : « Hamaguri ».

 

Le poids des secrets T 2 Hamaguri de Aki Shimazaki

 

Résumé

 

           Yukio joue dans le parc avec Yukiko, sous le regard d’un couple. Ils ont cinq ans et quelque mois à peine les séparent. De loin, on dirait des jumeaux avec leurs parents. Or, on sait qu’il n’en est rien car l’un est l’enfant illégitime et l’autre la fille biologique de l’homme et la femme n’est pas sa mère.

         Ils se promettent de se marier plus tard et scellent ceci en cachant un papier où leurs prénoms sont écrits dans une palourde dont ils ont réunies ainsi les deux moitiés.

          La mère de Yukio se marie et ils partent à Nagasaki pour tenter de construire une autre vie. Les deux enfants se retrouvent plus tard, à l’adolescence mais ne se reconnaissent pas, le père de Yukio ayant déménagé avec sa famille officielle pour venir vivre juste à côté de leur maison.

 

Ce que j’en pense :

 

          Dans ce tome 2, l’auteur aborde l’histoire vue par Yukio, le demi-frère de Yukiko et on se rend compte que les ressentis sont différents ; peu à peu, on entre dans les profondeurs de ces secrets de famille, d’autres éléments jaillissent et éclairent l’histoire d’une autre manière.

          On assiste à la quête de l’identité de ce petit garçon qui souffre de la présence atypique du père : il joue dans le parc avec lui et sa fille mais il ne sait rien d’elle des liens de parenté et le père ne vient le voir qu’en cachette, sa mère préparant un bon dîner mais qui parfois ne sera pas manger car il n’est pas venu. Le drame de l’enfant illégitime (et de la compagne illégitime) dans cette société japonaise ritualisée, fermée, avec ses codes, est encore une fois bien analysée.

          Toute sa vie, il va être à la recherche de ce père, qu’il appelle « Ojisan » (monsieur ou oncle) à la recherche aussi de la petite fille du parc qui voulait l’épouser plus tard, et leur gage de fidélité sous la forme d’un Hamaguri, palourde japonaise dont les deux moitiés sont strictement identiques, il n’y a jamais une autre moitié qui peut s’imbriquer. Dans la palourde ils ont écrit leur nom. Les deux coquilles sont complémentaires comme le sont les deux enfants.

          Il va aussi être en quête de Yukiko qu'il désigne sous le terme :ELLE. ELLE m’a dit : « Chez les hamaguri, il n’y a que deux parties qui vont bien ensemble. »

          Le discours est moins énergique que celui de Yokiko. Yukio donne plus l’impression de subir, comme si le fait d’être un enfant illégitime le mettait en infériorité, diminuait la confiance en lui. C’est un enfant triste et rêveur, maltraité par les enfants plus grands qui le traite de bâtard et il  subit sans se plaindre. L’auteure décrit très bien la relation avec sa mère, à laquelle on s’attache de plus en plus, alors que le père n’est que lâcheté, irresponsabilité,  ne se préoccupant que de lui-même.

          Par contre, le père adoptif, Monsieur Takahashi, est beaucoup plus sympathique pour le lecteur car il est l’inverse : il a dû rompre avec sa famille car c’est une mésallianc e, les parents voulant régenter le mariage.« Vous êtes d’origine douteuse, n’est-ce pas ? »  a  dit sa mère. Mais, il tient bon et adopte même Yukio.

         J’ai bien aimé la façon dont l’auteure a utilisé la palourde pour exprimer le statut de ces deux enfants, leur complémentarité, leur similitude comme un miroir, les sentiments troubles qui les unissent comme un interdit perçu intuitivement, ainsi que l’effet du coquillage oublié ressorti par la mère de Yukio, qui va faire remonter des souvenirs oubliés.

          Encore beaucoup de poésie dans ce roman et j’aime toujours autant l’écriture fluide de l’auteure, et la couverture est encore une fois somptueuse comme le récit.

          Note : 8/10

 

 

L’auteur :

 

          Née, en 1954 à Gifu au Japon, Aki Shimazaki  a émigré au Canada en 1981  où elle passe ses premières années à Vancouver, travaillant pour une société d’informatique, puis Toronto et vit à Montréal depuis 1991.

          Elle est l’auteur d’une pentalogie intitulée « Le Poids des secrets »,

          On lui doit également une deuxième pentalogie « Au cœur du Yamato », et une nouvelle série romanesque est en cours.

 

 

Extraits :

 

          Après le dîner, quand il fait beau, nous nous rendons directement au parc près de chez nous. Si ELLE est déjà là avec son père, ma mère me laisse avec eux et rentre à la maison ou va faire des courses, ELLE et moi jouons jusqu’à ce que ma mère vienne me chercher.  Je crois que le père d’ELLE est un ami de ma mère. Je l’appelle ojisan. Il vient chez nous de temps en temps. Je ne sais pas où ELLE et son père habitent, car ma mère et moi n’allons jamais chez eux.

 

          Mais c’est un pays comme la Corée, dont l’armée japonaise s’est emparée. On oblige les Coréens à changer leur propre nom en japonais et à apprendre le japonais. Tu m’as dit que l’armée avait massacré beaucoup de Coréens qui avaient participé au mouvement de l’indépendance. On doit y haïr les Japonais. C’est dangereux.

 

          La lecture enrichit l’esprit. Il ne faut pas arrêter de lire à cause de la guerre.

 

          Je ne pense pas à la vie après la mort. Je crois que la mémoire disparaît au moment de la mort.

 

          Quelqu’un me disait, quand j’étais encore jeune, que j’avais des yeux nostalgiques comme ceux de ma mère. Qui me le disait ? 

 

          Ces images sont gravées si profondément dans ma mémoire que jamais elles n’ont pâli avec le temps.

 

          Je me demande : « Où est ma petite sœur ? Où est mon vrai père ? Sont-ils encore vivants ? » Ces questions me reviennent, sans cesse.

 

          C’était la dernière fois que ma mère avait vu sa mère. Son oncle non plus n’était pas revenu. À partir de ce jour, ma mère est devenue orpheline. C’est une enfant naturelle, comme moi.

 

Lu en août 2016

Posté par Eve-Yeshe à 16:40 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

18 août 2016

"Le poids des secrets" T1 Tsubaki de Aki Shimazaki

          Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai envie de lire depuis quelques temps, alléchée par les critiques de mon site de lecture préféré:

 

le poids des secrets T1 Tsubaki de Aki Shimazaki

Résumé

 

          Après le décès de sa mère, Yukiko, rescapée de la bombe tombée sur Nagasaki, Namiko reçoit des mains du notaire deux lettres, la première racontant son enfance, lui est adressée tandis qu’elle est chargé de retrouvé un homme auquel elle doit donner la seconde lettre.

          Yukiko raconte ce qu’à été son enfance, à Tokyo puis dans la banlieue de Nagasaki, sa vie de tous les jours, le copain avec lequel elle jouait petite fille et qu’elle a retrouvé avant que la bombe ne sème la destruction sur la ville.

         Elle parle enfin de ce terrible secret qu’elle a caché si longtemps, les mensonges de son père qui l’ont amenée à commettre l’irréparable.

 

Ce que j’en pense :

 

          Je louchais vers  ce roman depuis longtemps et grâce à Lydia j’ai pu lire toute la série. Loucher est vraiment le terme qui s’impose car la couverture du livre est sublime. Comme chacun le sait j’apprécie beaucoup les romans abordant les secrets de famille, et le Japon m’attire, donc ce livre était pour moi et  j’ai littéralement dévoré …

          Aki Shimazaki raconte avec beaucoup de pudeur, de réserve l’histoire de cette femme Yukiko, de ses parents et de Yukio, le garçon avec qui elle jouait et qu’elle voulait épouser plus tard et du destin qui bascule lorsque la bombe explose sur Nagasaki.

          Elle qui refusait de parler de cette tragédie, et refusait qu’on la traite de rescapée, s’est mise à parler avec son petit-fils, quelques temps avant de mourir. « Quant à la guerre et à la bombe atomique tombée sur Nagasaki, ma mère refusait d’en parler. De plus, elle me défendait de dire à l’extérieur qu’elle était une survivante de la bombe ».

          La bombe atomique est omniprésente dans le récit, mais sans catastrophisme, il y a eu une vie avant et une vie après.

          J’ai aimé la façon dont l’auteure parle du Japon et de ses coutumes difficiles, le poids des familles dans le choix de l’épouse, la nécessité de ne pas faire une mésalliance qui déshonore la famille, presque des castes, et également du désir de domination et d’extension du pays et du rejet des étrangers.

          Aki Shimazaki nous livre au passage une réflexion sur le rôle de la femme, la manipulation, la guerre et l’état d’esprit de l’époque : le code de l’honneur, il vaut mieux mourir qu’être fait prisonnier « On dit qu’être fait prisonnier, c’est assez honteux ; mais être tué par eux, c’est le pire affront pour un soldat. Mon père dit qu’il ne sait comment s’en excuser auprès de l’empereur ».

          J’aime beaucoup la sonorité particulière des mots japonais, Tsubaki, titre de ce tome 1 signifie camélia et cette fleur, qui est la préférée de Yukiko, illumine et embaume le texte.

          J’ai beaucoup aimé cette histoire pleine de poésie, et la  fluidité, la sobriété de l'écriture et j’ai hâte de lire la suite.

          Note : 8/10

 

L’auteur :

 

          Née, en 1954 à Gifu au Japon, Aki Shimazaki  a émigré au Canada en 1981  où elle passe ses premières années à Vancouver, travaillant pour une société d’informatique, puis Toronto et vit à Montréal depuis 1991.

          Elle est l’auteur d’une pentalogie intitulée « Le Poids des secrets »,

          On lui doit également une deuxième pentalogie « Au cœur du Yamato », et une nouvelle série romanesque est en cours.

 

Extraits :

 

          Le rouge des camélias est aussi vif que le vert des feuilles. Les fleurs tombent à la fin de la saison, une à une, sans perdre leur forme : corolle, étamines et pistil restent toujours ensemble. Ma mère ramassait les fleurs par terre, encore fraîches, et les jetait dans le bassin. Les fleurs rouges au cœur jaune flottaient sur l’eau pendant quelques jours.

 

          Avant de partir, mon père voulait se marier. Un couple de sa famille organisa miai avec ma mère : il s’agit d’une rencontre arrangée en vue d’un mariage. Ma mère était enfant unique, sa mère était morte aussi d’une leucémie cinq ans après la bombe atomique. Restée seule, ma mère décida d’accepter le mariage avec mon père.

 

           Vivre dans ce monde, c’est déjà assez compliqué. Pourquoi doit-on chercher une autre complication ? 

 

          Je voyais des boutons de camélias, bien tenus par les calices. C’étaient les camélias qui fleurissent en hiver. Dans la campagne près de Tokyo, quand il neigeait, je trouvais les fleurs dans le bois de bambous. Le blanc de la neige, le vert des feuilles de bambous et le rouge des camélias. C’était une beauté sereine et solitaire. »

 

          C’est une mentalité dangereuse qu’on a ici. On ne cherche que le pouvoir. On ne fait pas la guerre pour la liberté.

 

          L’empoisonnement, les bombes atomiques, l’Holocauste, le massacre de Nankin… Était-ce nécessaire ? C’était, selon elle, une question inutile après une pareille catastrophe. Ce qu’on peut faire, peut-être, c’est essayer de connaître les motivations des gestes.

 

Lu en août 2016

Posté par Eve-Yeshe à 17:40 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,

16 août 2016

"Tropique de la violence" de Natacha Appanah

          Je vous parle aujourd’hui d’un livre que Babelio m’a proposé de lire en avant-première. Alléchée par le titre, et désirant découvrir l’écriture de Natacha Appanah, je me suis précipitée…

 

Tropique de la Violence de Natacha Appanah

 

Résumé

 

          C’est l’histoire de Moïse, un ado qui perd Marie, sa mère adoptive et part en vrille, fréquentant les mauvaises personnes, sur ce coin de France au bout du monde qui s’appelle Mayotte, histoire qui nous permet de faire la connaissance de cinq personnages les destins s'entrecroisent, s'entremêlent.

          Marie était en mal d’enfant, ce qui lui avait coûté son couple lorsqu’un jour, une jeune femme lui confie son bébé, il a un œil marron et l’autre vert, donc c’est le diable, il porte malheur. « Toi l’aimer, toi le prendre » lui dit-elle avant de s’enfuir.

          Marie l’a élevé comme un blanc, alors, à l’adolescence, il cherche à savoir d’où il vient, et pourquoi sa mère l’a abandonné.

 

Ce que j’en pense :

 

          C’est le premier roman de Natacha Appanah que j’ouvre, grâce à Babelio que je remercie vivement ainsi que les éditions Gallimard et c’est un uppercut qui m’a envoyé au tapis. J’avoue que je ne connaissais rien de Mayotte, la vie des habitants, les gangs d’adolescents qui font la loi, avalant ou fumant tout ce qui leur passe entre les mains, les guerres de territoires, la violence omniprésente, les flics et les ONG dépassés. «Cette île, Bruce, nous a transformés en chiens ».  

          Il y a d’un côté les privilégiés et de l’autre une zone de non-droit, que les gens ont surnommée Gaza, c’est tout dire, où il est plus facile de trouver de la drogue ou de l’alcool ou de quoi manger, zone où règne en maître un chef autoproclamé, Bruce comme Bruce Wayne, l’homme chauve-souris, super-héros qui en fait ne sait que dominer les autres…

          On sait très vite que Mo, comme l’appelle Bruce, a commis l’irréparable et que cela va avoir des conséquences mais, l’auteur entretient le mystère, décortique le pourquoi et le comment, et on a envie de savoir, de comprendre. Mo et le livre de Bosco qui le suit partout, qu’il connaît par cœur mais relit encore et encore car c’est un lien avec Marie et l’enfance.

          C’est un roman à plusieurs voix, qui se répondent, s’apostrophent, essayant de se justifier, et l’auteure a l’idée de génie de laisser aussi la parole aux morts, aux esprits. Tout débute en douceur avec l’histoire de Marie, sa vie, son couple, sa stérilité, avec un rythme soutenu mais la violence arrive crescendo, ça monte tout doucement, les mots deviennent plus durs, le rythme s’emballe et cette petite histoire nous entraîne, nous happe, nous bouffe littéralement.

          J’ai apprécié la manière dont l’auteur parle de l’enfer de la stérilité, que je connais si bien pour l’avoir vécu, des choses qui peuvent passer par la tête quand on voit les enfants des autres : « Il y a tant de femmes enceintes, tous ces bébés, dans tous ces bras, pourquoi pas les miens ? Tous ces bébés nés sans même qu’on les désire, alors que moi, je prie, je supplie. » P 16

          J’ai lu très rapidement les  quarante ou cinquante premières pages, sans lever le nez du livre, mais ensuite, j’ai lu à petites doses, jusqu’au bout car c’est probablement la vie quotidienne à Mayotte, cette violence mais j’ai failli ne pas survivre à la lecture d’un chapitre car on est arrivé au summum de l’horreur.

           L’écriture est belle, Natacha Appanah sait trouver les mots qui percutent, qui fracassent, telle une mitraillette, le débit s’accélère et nous emporte. Pris par le récit, autant que par le débit, on s’enfonce dans ce paysage qui pue la mort et qui était probablement autrefois un paradis.

          Un très bon livre, mais qui fait beaucoup de dégâts chez le lecteur en tout cas chez moi. J’ai eu du mal à m’en remettre. Je lisais d’autres livres en même temps pour ne pas me laisser envahir, ne pas vomir. Très bon livre, mais personnes sensibles s’abstenir.

          Ce livre, le premier de la rentrée littéraire que je lis, est un coup de cœur et un coup de massue. Et encore merci à Babelio et Gallimard pour cette lecture choc.

          Note : 9/10

 

 

L’auteur :

 

          Natacha Appanah est née le 24 mai 1973 à Mahébourg ; elle passe les cinq premières années de son enfance dans le Nord de l'île Maurice, à Piton. Elle descend d'une famille d'engagés indiens de la fin du XIXe siècle, les Pathareddy-Appanah.


          Après de premiers essais littéraires à l'île Maurice, elle vient s'installer en France fin 1998, à Grenoble, puis à Lyon, où elle termine sa formation dans le domaine du journalisme et de l'édition. C'est alors qu'elle écrit son premier roman, « Les Rochers de Poudre d'Or », précisément sur l'histoire des engagés indiens, qui lui vaut le prix RFO du Livre 2003.

          Son second roman, «  Blue Bay Palace » est contemporain : elle y décrit l'histoire d'une passion amoureuse et tragique d'une jeune indienne à l'égard d'un homme qui n'est pas de sa caste.

         En 2007, elle reçoit le prix du roman Fnac pour « Le dernier frère ».

 

Extraits :

            J’ai décidé de partager un long extrait qui donne une idée du roman et quelques phrases qui m’ont plu...

 

          J’ai un tel désir pour ce pays, un désir de tout prendre, tout avaler, gorgée de mer après gorgée de mer, bouchée de ciel après bouchée de ciel. P 16

 

          Je lave de ma langue les mots qui blessent, je gobe entière la colère, je frotte avec mon corps la surface de notre amour pour qu’il soit de nouveau lisse et velouté. P 19

 

          La mère me dit alors en faisant des grands signes vers le petit garçon « lui bébé du djinn. Lui porter malheur ». p 23

 

          Depuis le temps que ça gonfle cette violence, cette onde destructrice, cette énergie brûlante qui sort d’on ne sait où ; tous ces morts dans le lagon qui vont se réveiller aujourd’hui et nous hurler à la face jusqu’à ce qu’on devienne fou. Depuis le temps qu’on prédit la guerre, qu’on guette le bruit des armes à feu et  les cris des bêtes sauvages. P 51

 

          Pourtant, il n’y a jamais rien qui change et j’ai parfois l’impression de vivre dans une dimension parallèle où ce qui se passe ici ne traverse jamais l’océan et n’atteint jamais personne. Nous sommes seuls. D’en haut et de loin, c’est vrai que ce n’est qu’une poussière ici mais cette poussière existe, elle est quelque chose. Quelque chose avec son envers et son endroit, son soleil et son ombre, sa vérité et son mensonge. Les vies sur cette terre valent autant que les vies sur les autres terres, n’est-ce pas ?

          Oh, après tout, ce n’est peut-être qu’une vieille histoire, cent fois entendue, sans fois ressassée. L’histoire d’un pays qui brille de mille feux et que tout le monde veut rejoindre. Il y a des mots pour cela : eldorado, mirage, paradis, chimère, utopie, Lampedusa. C’est l’histoire de ces bateaux qu’on appelle ici kwassas kwassas, ailleurs barque ou pirogue ou navire, et qui existent depuis la nuit des temps pour faire traverser les hommes pour ou contre leur gré. C’est l’histoire de ces êtres humains qui se retrouvent sur ces bateaux et on leur a donné de ces noms à ces gens-là, depuis la nuit des temps : esclaves, engagés, pestiférés, bagnards, rapatriés, Juifs, boat people, réfugiés, sans-papiers, clandestins.

         Mais qu’est-ce que je raconte, moi, je ne suis qu’un flic qui applique la loi française sur une île oubliée. Devant le corps de Bruce, chef de bande de Gaza, tyran, voleur, voyou, j’ai gardé les yeux fermés et j’ai prié.

 

Lu en juillet 2016

Posté par Eve-Yeshe à 14:04 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , , ,

14 août 2016

"Le soleil des Scorta" de Laurent Gaudé

          Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’avais de lire depuis longtemps alors, les soldes étant là, je me suis fait un petit cadeau…

 

Le soleil des Scorta de Laurent Gaudé

 

Résumé

 

          En cette année 1875, Luciano Mascalzone qui est sorti de prison vient régler ses comptes dans son village Montepuccio. Il arrive, perché sur son âne,  dans la chaleur,  alors que les habitants font la sieste et se rend directement chez la famille Biscotti.

           Il vient réclamer son dû, Philomena, la femme qu’on lui a refusée autrefois. Il veut la violer mais, étrangement,  elle est consentante… Il est lapidé à la sortie par les villageois et comprend trop tard qu’il y a eu erreur sur la personne. C’est à la sœur cadette de Philoména qu’il a fait l’amour.

          De cette étreinte va naître Rocco. Sa mère meurt peu après l’accouchement et la famille veut faire disparaître l’enfant, que le prêtre du village Don Giorgio va confier à une famille de pêcheurs. On l’appellera Rocco Scorta, mélange du patronyme de son père et de celui des pêcheurs.

          Ainsi naît la lignée des Scorta dont on va suivre le destin dans la terre aride de cette région des Pouilles en Italie, écrasée par le soleil et sur laquelle rien ne pousse.

 

Ce que j’en pense :

 

          J’ai beaucoup aimé ce livre, et comme toujours dans ces cas-là, j’ai du mal à en parler. Soit je suis dithyrambique soit les mots ne viennent pas. L’histoire de cette famille m’a tenu en haleine, je n’avais pas à faire une pause pour souffler un peu…

          Le procédé m’a plu : Carmela vient se confier au curé car sa mémoire commence à lui jouer des tours et elle ne sait pas comment passer le relais " Hier, son nom s’est dérobé. Pendant quelques secondes, ma mémoire est devenue une immensité blanche sur laquelle je n’avais aucune prise. Cela n’a pas duré longtemps. Le nom a refait surface." P 29. Ce n’est pas une confession, c’est une transmission, le prêtre est un passeur. L’auteur alterne les confidences de Carmela et la progression de l’histoire.

          Les personnages ont tous un caractère bien trempé, des qualités et des défauts qui les rendent sympathiques. On souffre avec eux sous le soleil, sur cette terre aride, qu’on parcourt dans leurs pas, suant avec eux, admirant les oliviers.

          La nature est impitoyable, mais les familles sont dures elles-aussi. On  voit évoluer lentement les villageois : d’abord la haine vis-à-vis de Rocco, cet homme violent qui s’enrichit de manière plutôt mafieuse, haine qui rejaillit sur ses enfants obligés de s’exiler à New-York pour tenter de refaire leur vie, leur père ayant tout légué à l’église pour les obliger à construire une nouvelle vie.

          Puis, une reconnaissance peu à peu, on leur confère un statut social : de la case parias, délinquants ils sont passés à la case pauvreté, on reconnaît leurs efforts pour mener une vie honnête. De la dignité, donc.

          J’ai aimé ces liens étroits entre les trois frères et la sœur, les secrets, les émotions qu’on cache par pudeur. Laurent Gaudé décrit très bien la place de la femme dans la société de l’époque, la solidarité entre les uns et les autres comme un clan soudé. Une vraie famille qui reste unie dans la pauvreté et la sueur, qui partage la nourriture, mais que va-t-il se passer si l’argent gagné, honnêtement ou non, fait son entrée ?

          L’omniprésence des traditions, de l’église et des fêtes locales, des processions avec plusieurs prêtres qui se succèdent puisqu’on parcourt plus d’un siècle, chacun ayant une personnalité et des façons différentes de concevoir Dieu, la foi et l’amour pour les autres. Parfois,  on s’attend presque à voir surgir Don Corleone.            

          Laurent Gaudé nous livre une belle réflexion sur la vie, la mort, la dureté de l’existence, le passage de relais d’une génération à l’autre avec une idée centrale : que transmet-on à l’autre pour laisser une trace de son passage sur terre. "Les hommes ne sont rien. Et ne laissent aucune trace".

          C’est aussi un hymne à la terre et à la nature : les descriptions des paysages, de la terre, des oliviers sont magnifiques, il nous transmet cette terre, on sue avec les protagonistes, on mange avec eux, on souffre avec eux, il y a un respect pour cette terre qui nourrit et qui de nos jours tend à disparaître.

          Auteur à suivre donc...

          Note : 8,6/10

 

 

L’auteur :

 

            Romancier et dramaturge, né le 6 juillet 1972, Laurent Gaudé a reçu le prix Goncourt des lycéens en 2002 pour « La mort du roi Tsangor ».

            Ancien élève de l'École Alsacienne de Paris, il poursuit des études de lettres modernes à Paris III. Il prépare l'agrégation mais ne sent pas d'attirance pour l'enseignement. Son sujet de thèse porte sur le théâtre. Il décide de vivre de sa plume et ses premiers écrits seront pour la scène (1999).

          Ses romans, dont le dernier, « Pour seul cortège » (Actes Sud, 2012), explorent l’énigme du mal enfouis dans le cœur des hommes.

          En 2015, il publie « Danser les ombres » qui se situe à Haïti lors du tremblement de terre de 2010.

 

 

Extraits :

 

          D’un père vaurien et d’une vieille fille qui s’ouvrait à un homme pour la première fois. C’est ainsi que naquit la lignée des Mascalzone. D’une erreur. D’un malentendu. D’un père vaurien, assassiné deux heures après son étreinte et d’une vieille fille qui s’ouvrait à un homme pour la première fois...

          … Une famille devait aître de ce jour de soleil brûlant parce que le destin avait envie de jouer avec les hommes, comme les chats le font parfois, du bout de la patte, avec des oiseaux blessés. P 27

 

          Ce rire disait tout. C’était un désir de vengeance énorme que rien ne pouvait rassasier. Si Rocco avait pu faire disparaître les siens, il l’aurait fait. Tout ce qui était à lui devait mourir avec lui. Ce rire était celui de la démence d’un homme qui se coupe les doigts. C’était le rire du crime tourné contre soi. P 49

 

          La miséricorde de Dieu est une eau facile dans laquelle les lâches se lavent le visage. P 52

 

          Ils contemplaient leur village avec une sorte d’appétit des yeux dans lesquels brillait l’appréhension. Cette peur intime, c’était la peur des émigrés à l’heure du retour. La vieille peur irrépressible que tout, en leur absence, ait été englouti. Que les rues ne soient plus telles qu’ils les avaient quittées. P 64

 

          Aucun de ces objets, pris un par un, n’avait une grande valeur, mais tous ensembles, c’était le monticule de leur vie. P 66

 

          C’était la main sèche de la malchance qui condamne, depuis toujours, des générations entières à n’être que des culs-terreux qui vivent et crèvent sous le soleil, dans ce pays où les oliviers sont plus choyés que les hommes. P 105

 

          On mange dans le Sud avec une sorte de frénésie et d’avidité de goinfre. Tant qu’on peut. Comme si le pire était à venir. Comme si c’était la dernière fois qu’on mangeait. Il faut manger tant que la nourriture est là. C’est une sorte d’instinct panique. Et tant pis si on s’en rend malade. Il faut manger avec joie et exagération. P 129

 

          Lorsque le soleil règne dans le ciel, à faire claquer les pierres, il n’y a rien à faire. Nous l’aimons trop cette terre. Elle n’offre rien, elle est plus pauvre que nous, mais lorsque le soleil la chauffe, aucun d’entre nous ne peut la quitter. Nous sommes nés du soleil, Elia. Sa chaleur, nous l’avons en nous. D’aussi loin que nos corps se souviennent, il était là, réchauffant la peau des nourrissons. Et nous ne cessons de le manger, de le croquer à belles dents… P 150

 

          Quel sens a tout cela ? Ces vies construites lentement, patiemment, avec volonté et abnégation, ces vies balayées d’un coup par le vent du malheur, ces promesses de joie auxquelles on rêve et qui se déchirent… P 191

 

          Les générations se succèdent. Il faut juste faire de son mieux, puis passer le relais et laisser sa place. P 242

 

 

Lu en août 2016

Posté par Eve-Yeshe à 14:56 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , ,

09 août 2016

"Anna Karénine" de Léon Tolstoï

          Cet j’ai décidé de me faire plaisir en relisant des romans que j’avais beaucoup aimé il y a quelques décennies et pour commencer « Anna Karénine »

 

Anna Karénine de Léon Tolstoï

Résumé

 

         Anna Karénine arrive à la gare de Moscou, à  la demande de son frère, Stiva Oblonski, coureur de jupons invétéré dont la femme vient de découvrir la dernière incartade. Celui-ci espère ainsi raisonner son épouse Dolly qui veut mettre un terme à leur mariage.

          Sur le quai, elle croise le comte Vronski, venue chercher sa mère. Leurs regards se croisent. Un drame se produit à la gare, un employé étant écrasé par un train.

          Ils vont danser ensemble à un bal quelques heures plus tard et tombent amoureux, ce qui va avoir de funestes conséquences.

 

Ce que j’en pense :

 

          Ce roman est un chef-d’œuvre. Je l’avais beaucoup aimé lors de ma première lecture à l’adolescence. J’étais dans ma période « Romantisme », plongée à fond dans le 19e siècle avec un professeur de russe qui m’a laissé plein de souvenirs, donc je salivais en lisant Balzac, Stendhal et autres…

          Un demi-siècle plus tard, j’ai eu à nouveau un coup de foudre pour la langue, l’écriture de Tolstoï. C’est une belle histoire, très bien construite pendant laquelle on découvre trois couples dont les destins sont liés sans forcément se côtoyer au quotidien.

          Anna est une belle femme qui a fait un mariage de raison avec Alexis Karénine, haut fonctionnaire en vue dans la ville de Saint-Pétersbourg dont elle a eu un fils Serge. Tous deux mènent une vie aisée, sortent le soir ou invitent des amis.

          Son frère Stiva Oblonski a épousé Dolly qu’il trompe avec tous les jupons qui passent et mène une vie oisive, opportuniste et un comportement d’éternel adolescent qui le rend très vite insupportable.

          Le troisième couple est formé par Kitty, la jeune sœur de Dolly et Lévine, un ami de Stivia. Un couple qui se construit et repose sur l'amour en opposition avec la passion d'Anna pour Vronsvki. Tolstoï nous propose ainsi plusieurs facettes du mariage, du couple...

          Anna n’est pas seulement belle, elle est intelligente, sensible et après,  avoir longtemps résisté, elle finira par choisir de partir avec Vronski, sacrifiant son fils au passage. Tolstoï décrit très bien ses périodes d’hésitation, ses tourments de mère, la façon dont elle est écartelée entre le devoir et l’amour ou plutôt la passion, car elle ne sait pas mentir.

          Tous les personnages sont étudiés en détails, leurs qualités, leurs défauts, Tolstoï n’en fait jamais des icônes mais des êtres de chair. Il réussit même à nous émouvoir quand il plonge dans l’âme de Karénine qui au premier abord nous paraît froid insensible, mais qui est prêt à fermer les yeux pour que la vie continuer comme avant.

          Un autre personnage intéressant : Lévine. Amoureux d’abord éconduit de Kitty, il se réfugie dans ses terres et essaie de moderniser l’agriculture, pour améliorer ou rentabiliser les récoltes, ce qui ne plaît pas forcément aux paysans qui n’ont pas envie de changer leurs habitudes. Il lit beaucoup, en particulier tout ce qu’il peut trouver dans ce domaine et on voit apparaître des idées de réformes, (nous sommes à la fin du 19e siècle). Un contraste important avec le mode de vie des gens aisés de la noblesse.

          On sent que Tolstoï aime ce personnage ; il s’identifie un peu à lui, son nom est inspiré de son propre prénom Lev. Il lui prête aussi une réflexion sur la vie et la mort.

          Anna et Lévine sont les deux personnages que j’ai préférés dans cette deuxième lecture, car ils sont puissants, avec leurs forces et leurs faiblesses, ils évoluent tout au long du roman, ils tiennent les rênes de leur existence.

          Kitty, qui sort juste de l’adolescence au début du livre et paraît plutôt « nunuche », grandit au fur et à mesure des évènements qui jalonnent cette histoire.

          Contrairement à la première lecture, Vronski a fini par m’exaspérer car il ne fait rien pour modifier le cours des choses. Il est empêtré dans son ego, préoccupé de lui-même, bien pâle par rapport à Anna.

          Une description magnifique de la Russie de l’époque, ses mœurs, les nobles englués dans leurs privilèges et leurs vies oisives, qui sont persuadés que cela ne changera jamais, les paysans dont il nous offre des tableaux magnifiques (les moissons, le dur labeur, les petites joies…) et certains comme Lévine qui réfléchissent, essaient d’améliorer le quotidien des autres et se préoccupent de l’âme, de la vie et comment lui donner un sens et aussi l’importance de la religion à l’époque et le poids des conventions.

          Même les personnages secondaires sont attachants et bien étudiés: les frères de Lévine (Nicolas en particulier), les parents de Kitty, Serge le fils d’Anna, Iachvine l’ami débauché de Vronski…

          Un coup de cœur pour la deuxième fois, ce livre, pavé de 900 pages, qui se dévore est un pur chef-d’œuvre. Il y a longtemps que je veux lire « guerre et paix » qui me fait un peu peur, mais je pense que je vais oser.

          10/10 évidemment…

 

coeur-rouge-en-3d_21134893

 

L’auteur :

 

          Né à : Iasnaïa Poliana , le 09/09/1828
          Mort à : Astapovo , le 20/11/1910

          Léon Tolstoï, comte Lev Nikolaïevitch Tolstoï (en russe : Лев Николаевич Толстой), est l'un des plus grands romanciers russes.

          Ses chefs-d'œuvre littéraires sont : « La Guerre et la Paix » et « Anna Karénine », fresques sur la vie en Russie au XIXème siècle. Il est également connu comme essayiste, dramaturge, et réformateur, faisant de lui le membre le plus influent de l'aristocratique famille Tolstoï. Il préférait vivre à la campagne, près des paysans et loin de l’aristocratie ; il aimait enseigner aux enfants des paysans.

          On lui doit aussi : « La mort d’Yvan Ilitch », « La sonate à Kreutzer » mais aussi des essais comme « L'éducation religieuse » ou « La liberté dans l’école ».

 

 

Extraits :

 

          Il est très difficile de choisir, tant ce livre est bien écrit, j’ai donc opté pour des extraits révélant les protagonistes.

 

          Les familles heureuses se ressemblent toutes ; les familles malheureuses sont malheureuses chacune à leur façon. P 3 ainsi commence le roman

 

          Il regrettait seulement de ne pas avoir mieux caché son jeu. Mais il comprenait bien toute la gravité de la situation et plaignait sa femme ses enfants et lui-même… il s’imaginait vaguement qu’elle s’en doutait depuis longtemps et fermait volontairement les yeux.  Il trouvait même que Dolly, fanée, vieillie, fatiguée, excellente mère de famille certes mais sans aucune qualité qui la mît hors de  pair aurait dû en bonne justice faire preuve d’indulgence. L’erreur avait été grande. P 6

 

          Stépan Arcadievitch ne choisissait pas plus ses façons de penser que les formes de ses chapeaux ou de ses redingotes : il les adoptait parce que c’était celles de tout le monde. Comme il vivait dans une société où une certaine activité intellectuelle est considérée comme l’apanage de l’âge mûr, les opinions lui étaient aussi nécessaires que les chapeaux…  Joignez à cela que, d’humeur fort plaisante,  Stépan Arcadievitch s’amusait volontiers à scandaliser les gens tranquilles… Le libéralisme lui devint donc une habitude : il aimait son journal comme son cigare après le dîner, pour le plaisir de sentir un léger brouillard flotter autour de son cerveau. P 10   ainsi raisonne Oblonski

 

          Jamais, il n’avait fait de rapprochements entre les conclusions de la science sur l’origine de l’homme, sur les réflexes, la biologie, la sociologie et les questions qui depuis quelques temps le préoccupaient de plus en plus, à savoir le sens de la vie et celui de la mort. P 30   à propos de Lévine

 

          Oh ! Le bel âge que le vôtre ! Je me rappelle encore ce brouillard bleuâtre, comme il en traîne sur les montagnes de la Suisse, qui recouvre toutes choses à cet âge heureux où finit l’enfance ; mais bientôt, à la vaste esplanade où nous prenions nos ébats succède un chemin étroit qui va se resserrant de plus en plus et dans lequel nous nous engageons avec une joie mêlée d’angoisse, quelque lumineux qu’il nous paraisse… Qui n’a point passé par là ? P 85   Anna

 

          Et la société est ainsi faite que plus les pauvres bougres se donneront du mal, plus les proprios et les mercantis  s’engraisseront à leurs dépens. Voilà ce qu’il faut changer radicalement, conclut-il, scrutant son frère du regard. P 102

 

          Lévine le sentait bien, mais cette maison était pour lui tout un monde où avaient vécu et trépassé son père et sa mère. Ils y avaient mené une existence qui lui semblait l’idéal de la perfection et qu’il rêvait de recommencer avec une famille à lui. P 110

 

          C’est une sottise de se laisser dominer par le passé, par la vie ambiante. Il faut lutter pour vivre mieux, beaucoup mieux. P 111

 

          La causerie reprenait sur un ton charmant, mais trop anodin pour qu’il pût se maintenir. Restait le seul moyen infaillible : la médisance ; il  fallut bien y recourir. P 152

 

          Sans doute est-il pénible à une femme d’être privée d’ombre. P 154

 

          L’impression qu’il éprouvait maintenant était celle d’un homme qui passe tranquillement sur un pont au dessus d’un    précipice et s’aperçoit que le pont est démonté et l’abîme béant. Ce gouffre était pour lui la vie réelle et le pont l’existence artificielle qu’il avait seule connue jusqu’alors. Pour la première fois, l’idée que sa femme pût aimer un autre homme lui venait à l’esprit et cette idée le terrifiait. P 162  réflexion de Karénine sur sa femme

 

          D’ailleurs me montrer jaloux serait humiliant pour nous deux. P 162

 

          « Oui, jadis elle était malheureuse, mais fière et tranquille. Maintenant quelque peine qu’elle se donne pour ne pas le faire voir, elle a perdu et son calme et sa dignité. Il faut en finir. P 208

 

          Dieu leur avait donné et la lumière du jour et la force de leurs bras ; l’une et l’autre avaient été consacrées au labeur et ce labeur trouvait en lui-même sa récompense. Nul ne songeait à se demander les raisons de ce travail et qui jouirait de ses fruits : c’étaient là des questions secondaires et insignifiantes. P 309  Lévine parlant des paysans

 

          Il y a quelques instants on ne voyait au ciel que deux bandes blanches ! Ainsi se sont modifiées, sans que j’y prenne garde, les idées que j’avais sur la vie. P 310    Lévine

 

 

Lu en juillet 2015

Posté par Eve-Yeshe à 16:08 - Commentaires [10] - Permalien [#]