Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai gagné, en échange d’une critique, via le site lecteurs.com  que je remercie vivement, car cela a été une sacrée découverte…

Les Infames de Jax Miller

 

 

Quatrième de couverture

 

          Freedom Oliver, alcoolique et suicidaire, a passé dix-huit ans à se cacher dans une petite ville de l'Oregon, sous protection du FBI. Hantée par son passé douloureux et la mort brutale de son mari, elle souffre d'avoir abandonné ses deux enfants pour échapper à la vengeance de son beau-frère. En apprenant la disparition de sa fille Rebekah, élevée par un pasteur aux croyances radicales, elle part avec l'énergie du désespoir pour le Kentucky. Après tant d'années à se cacher, quitter l'anonymat c'est laisser à son bourreau l'occasion de la retrouver. Et de se venger.

 
           Entre les paumés magnifiques, les flics indélicats, les dégénérés de sa belle-famille et de dangereux fanatiques religieux, son périple tourne à l'odyssée.

 

Ce que j’en pense :

 

          Dès le début, cela commence fort, avec un prologue intense qui commence ainsi : "Je m’appelle Freedom Oliver et j’ai tué ma fille. C’est surréaliste, et je ne sais pas ce qui me fait le plus l’effet d’un rêve : sa mort ou son existence. Je suis coupable des deux."

          Freedom, écorchée vive,  m’a plu d’emblée, avec son caractère complètement déjanté, (on le serait à moins avec tout ce qui est arrivé dans sa vie), son alcoolisation parfois massive pour oublier, la façon dont elle stocke les médicaments qu’on lui prescrit afin de les ingurgiter de façon massive le jour où elle l’aura décidé.

          Sa vie est difficile, vue sa qualité de témoin protégé depuis que son mari, ex-délinquant reconverti en  flic ripou,  a été tué. Elle a bénéficié d’un non-lieu et c’est son beau-frère qui a été condamné, et ses enfants placés. On lui a offert une nouvelle identité : Freedom Oliver.

          Le train-train change quand, au moment où le beauf en question est libéré au bout de dix-huit ans de prison, elle apprend la disparition de sa fille Rebekah.

          Evidemment, sa belle-famille sous la férule de la mère obèse, folle droguée, alcoolique et ivre de vengeance, se lance à sa poursuite. Parmi ses quatre enfants, tous nés de père différent, seul Peter, jouant les idiots dans son fauteuil roulant pour tromper sa mère, semble à peu près normal. Ce qui donne des scènes quasi surréalistes, mais tellement vraisemblables de cette Amérique profonde.

          Jax Miller nous entraîne dans cette histoire sur un rythme trépidant, et malgré des scènes violentes cocasses, nous dépeint très bien le milieu des sectes avec cette « Eglise des  Adventistes du Troisième Jour » sous la férule de Virgil Paul, qu’on pourrait qualifier de « fou de Dieu », le père adoptif des enfants de Freedom, auquel Dieu rend visite pendant ses rêves pour dicter sa loi,  avec toutes les manipulations mentales, les sévices au nom de Dieu qui peuvent en découler.

          Une belle analyse aussi de la souffrance d’une mère à laquelle on a arraché ses enfants et qui traîne une immense culpabilité qu’elle tente d’oublier dans l’alcool, mais qui se réveille brutalement avec cette disparition, tous les coups sont permis quand on n’a plus rien à perdre. Elle cesse de subir.

          Jax Miller alterne le récit du présent, à la première personne, où chaque chapitre commence par la même phrase : « Je m’appelle Freedom et… », avec le récit des événements passés, dans la vie de chacun. On entre ainsi peu à peu dans leur sphère intime et leurs failles

          Elle mène cette histoire avec un rythme intense, endiablé, on court avec Freedom derrière les méchants, et on rencontre des personnages hauts en couleurs, caricaturaux. On  suit avec plaisir d’autres personnages, tels le frère de Rebekah, ou le flic chargé de la sécurité de Freedom, ou Peter. L’auteure donne des indices dès les premières pages, mais on les oublie, pris dans l’action et elle dépeint très bien la violence de cette Amérique où les armes circulent comme des bonbons, comme les drogues et l’alcool.

          Belle  découverte, car on en sort sonné ; ce n’est pas une grosse claque mais une succession de beignes, comme sur un ring (dont on n’a jamais envie de descendre !) écrit dans un langage très imagé.

          Note : 8/10

 

L’auteur :

 

          Jax Miller est née à New-York, où elle a grandi et vit désormais en Irlande.

          « Les infâmes » est traduit dans treize langues et a reçu le Grand Prix des Lectrices de Elle et le prix Transfuge du meilleur polar étranger.

 

Extraits :

 

          « Mais qu’est-ce que j’ai foutu ? Comment est-ce que je me suis retrouvée là, bon sang ? Qu’est-ce que j’ai fait de si mal dans la vie pour que Dieu refuse de l’accorder un seul putain de truc bien ? » Je n’en sais rien. J’ai toujours été du genre à avoir beaucoup de question, mais des réponses, jamais.

 

          Ils ne sont pas rares dans le quartier, les hommes adultes à vivre encore chez leur mère. On pourrait mettre ça sur le compte d’une situation économique pourrie, mais ça se résume souvent à des mères castratrices en quête d’allocations logement et (ou) d’hommes paresseux, deux denrées dont on ne manque pas à Mastic Beach.

 

          Je m’appelle Freedom et j’ai du sable dans les veines.  C’est comme ça que je me sens dans mes phases de surexcitation, quand j’ai la tête qui tourne et que je n’arrive pas à l’arrêter. Ili faut s’attendre à des effets secondaires quand on essaie de suivre le mouvement de la Terre qui tourne sur son axe, un point c’est tout.

 

          Les psychotiques font de mauvaises choses parce qu’ils ne peuvent pas s’en empêcher ; ils ne comprennent pas que c’est mal.  Les hommes diaboliques font de mauvaises choses précisément parce qu’ils savent que c’est mal, alors qu’ils pourraient s’en empêcher.

 

          … Un endroit  si arriéré que la recherche de la justice y est devenue une injustice en elle-même… Un endroit où la grâce divine est devenue une arme de répression et d’asservissement manipulée par les hommes en position d’autorité, grosses légumes dans un petit potager qui n’ont rien de mieux à faire que rester chez eux à gonfler leurs egos  et s’astiquer la trique dans leurs délires de grandeur.

 

Lu en décembre 2016