Je vous parle aujourd’hui d’un livre pour ados qui m’a accompagné cet été. et qui entre dans le cadre du challenge "destination PAL". Il s’agit de :

 

livreetmoilaors de Sonia Frisco

 

 

Résumé

 

          Alexandre s’ennuie en cours, et rêve en regardant par la fenêtre, ce qui lui vaut une remarque désagréable du professeur, la risée des autres élèves et une punition : nettoyer les vitres de la salle de classe. En arrivant chez lui, il a droit à une engueulade soignée par sa mère car il est arrivé en retard, donc fera ses devoirs en retard. Il se sent désespérément seul dans cette famille qui n’a que des exigences sur le plan scolaire, maniant la punition avec un art qui laisse pantois.

          Seul rayon de soleil, son petit frère Tom avec lequel il s’entend bien et qu’il aime beaucoup, son père prenant systématiquement le parti de la mère en l’accablant de reproches et de punitions.

          Le jour de son anniversaire, sa mère refuse qu’il aille avec ses copains et on lui impose comme invités les copains des parents !!! Il vient d’avoir quatorze ans, ses parents parlent de lui à leurs amis comme s’il n’était pas là… C’en est trop, il prépare son sac à dos, l’argent qu’il a reçu et s’en va sous le regard médusé de Tom.  

          Il a besoin de revoir son grand-père, la seule personne qui le comprenne vraiment, et va commencer un long voyage pour se rendre chez lui.

 

Ce que j’en pense :

 

          Ce roman m’a beaucoup plu. Sonia Frisco nous raconte l’odyssée parsemée d’embûches d’Alexandre, car le grand-père habite loin, quelques heures en voiture quand son père l’emmenait, cela lui avait paru faisable. Même avec un bon rythme de marche, la fatigue s’installe et il a prévu des barres de céréales, de l’eau.

          Il s’agit d’un voyage initiatique, Alexandre apprend que l’argent est nécessaire, qu’il faut faire des efforts pour réussir son objectif, que la nuit et même le jour, il y a des dangers qui guettent. Ils rencontrent des personnes sympathiques qui l’aident, comme ce couple de personnes âgées en mal d’enfants qui lui donne à manger, mais prévient la police qu’il fait une fugue, alimentant ainsi sa défiance par rapport aux adultes.

          Chaque expérience qu’elle soit bonne ou mauvaise, lui permet d’apprendre, de devenir de plus en plus autonome. Il a besoin de prouver à tous, ses parents, les autres élèves, la belle Catherine qui le traite avec mépris, qu’il est capable de réussir, d’aller au bout de ce qu’il a entrepris. Sa quête de reconnaissance, d’amour lui permet de franchir les étapes vers l’autonomie, et de trouver sa place.

         Ce roman est très bien écrit. Il s’adresse a priori aux ados mais je trouve que les adultes ne doivent pas se laisser dérouter par ce fait, car il est pour tout public. Il peut servir de base de réflexion à tous les parents qui sont désarmés au moment où leur enfant entre dans cette période particulière de leur vie qu’est l’adolescence (le « complexe du homard » disait Françoise Dolto). Se sentant désarmés, ils utilisent la punition pour garder l’autorité sur l’enfant, sans comprendre qu’il a grandi, a besoin d’espace et qu’il est également  perturbé par ce nouveau corps dont la morphologie a changé, ces pulsions, ces sentiments amoureux naissants qui le déstabilisent.

          En tant que parents, on demande souvent aux ados d’être plus autonomes, plus matures mais leur donnent-on vraiment le mode d’emploi, en continuant d’agir comme s’ils avaient toujours sept ou huit ans (cf. l’épisode des puzzles pour enfants qu’Alexandre et Tom n’ont pas le droit de décrocher des murs de leur chambre, car leur mère les trouvent beaux…)

          On voit évoluer Alexandre, on se laisse prendre au jeu en trouvant ses parents autoritaires et bornés (cela nous rappelle des souvenirs en tant que parents et aussi cela nous rappelle notre propre adolescence et ses désordres). Sonia Frisco s’adresse aussi à notre enfant intérieur, car ce livre nous percute.

          L’évolution des parents est très bien analysée, mais aussi, la sagesse du grand-père qui a beaucoup appris de sa vie et surtout le lien étroit qui unit les deux frères. Rien n’est laissé au hasard. Un livre bluffant comme toujours avec cette auteure dont j’attend le prochain roman avec impatience, car chaque livre d’elle s’adresse à notre propre sensibilité, et brosse un tableau plein de tendresse tout en étant toujours précise, percutante dans les termes.

          Note : 9/10

 

 

 

L’auteur :

 

          Je ne vous la présente plus, je vous en parle souvent… alors une photo, un lien…

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   http://www.soniafrisco.com/?page_id=134

 

Extraits :

 

          De toute manière, il ne désirait plus aucune compagnie d’aucune espèce ; il se sentait en retrait, incompris, n’ayant plus grand-chose à partager avec ses amis et encore moins avec ses parents. Il ressentait du dégoût et en voulait à beaucoup de monde, ce qui le rendait insolent aux yeux des adultes. Il éprouvait un étrange sentiment de solitude et d’ennui mortel… avant, tout était différent et là, il ne se reconnaissait plus. Mais avant quoi, il ne savait pas. P 13

 

          Il se demandait souvent pourquoi les adultes faisaient si souvent le contraire de ce qu’ils disaient. Mais, surtout, il se demandait pourquoi les adultes imposaient des règles qu’eux-mêmes ne respectaient pas et souvent des règles qu’ils ne pouvaient même pas expliquer. P 17

 

          Il était bien décidé à prouver au monde, et particulièrement à lui-même, qu’il pouvait lui aussi mener les choses à bien et mériter la valeur et l’estime, surtout à ses propres yeux. P 80

 

          Il avait, depuis le début, songé au danger d’être retrouvé par la police, mais il ne lui était jamais venu à l’esprit qu’il pouvait avoir un accident. Jeun comme il était, avec tout un tas d’années devant lui, il ne pouvait imaginer d’être autrement qu’immortel. L’idée qu’il puisse mourir ne l’avait jamais effleuré.

          Mais, une des merveilles de la vie est qu’elle est surprenante. P 81

 

          Alex commençait à comprendre que l’argent, cette chose dont tout le monde se préoccupait, la cause de bien des misères, filait entre les doigts, si on n’y prenait pas garde. P 85

 

          Il aimait que tout le monde soit heureux autour de lui, mais dans sa propre maison, le bonheur était un invité très rare. Alors il en souffrait mais n’en touchait mot à personne, sauf à ceux qu’il aimait par-dessus tout, ses grands-parents et son frère. P 113

 

 

Lu en juillet  2015

 

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