Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui a été un succès planétaire et a fait l’objet d’une adaptation au cinéma.

          Il est le 23e dans le cadre de mon challenge ABC dont il reste les lettres sympathiques : V, X et Y. et oui, j’y suis presque…

 

La voleuse de livres Markus Zusac

 

 

Résumé

 

          Par trois fois, la mort va croiser le chemin de Liesel  Meminger. La première fois, elle a neuf ans, et lors d’un voyage en train qui les amène sa mère, son frère Werner et elle en direction de Munich, le petit est malade, tousse et finit par mourir devant les yeux de la petite fille. Après une brève cérémonie d’enterrement, elle commet son premier vol en ramassant un livre tombé de la poche de l’un des employés du cimetière. Le titre est « le manuel du fossoyeur ».

          La deuxième fois, ce sera le pilote d’un avion qui vient de s’écraser et la troisième fois, un bombardement.

          On apprend ceci dès les premières pages et ensuite, l’auteur nous raconte l’histoire de Liesel. Comment elle arrive chez ses parents nourriciers Hans et Rosa Hubermann qui devaient l’accueillir ainsi que son petit frère. Peu à peu, nous allons faire la connaissance des habitants du village de Mochling, plus précisément ceux qui habitent rue Himmel  (le ciel en allemand), la famille Steiner, et bien d’autres.

 

 

Ce que j’en pense :

 

          L’auteur a une idée originale car c’est la Mort qui nous raconte l’histoire de Liesel. Ceci donne au livre une tonalité particulière car la Mort nous livre au passage ses états d’âme, ses réflexions.

          On s’attache d’emblée à cette petite fille solitaire, qui ne comprend pas ce qui lui arrive, pourquoi sa mère l’a abandonnée. Elle va se faire une place dans la famille Hubermann, notamment auprès d’Hans qui la rassure durant ses cauchemars la nuit, lui racontant des histoires, jouant de l’accordéon. Un lien très fort se tisse avec l’homme au regard argenté. Avec Rosa, c’est plus difficile car elle se réfugie derrière un masque de dureté.

          L’auteur raconte à sa façon la vie des Allemands dans la rue Himmel. Ceux qui sont convaincus par le discours de Hitler et obéissent aveuglément au chef en récitant des extraits de "Mein Kampf". Il y a les autres, qui ne disent rien mais observent, en retrait ce qui se passe. La vie est difficile, il n’y a pas grand-chose à manger, c’est la débrouille, les larcins pour survivre.

          Les enfants jouent au foot dans la rue, vont à l’école comme si tout était normal. Liesel découvre avec Hans le pouvoir des mots, le pouvoir des livres qu’elle dérobe alors que d’autres cherchent à voler des fruits ou autre denrée alimentaire. Elle peint les lettres sur les murs, ou les mots difficiles pour se les approprier.

          Son ami Rudy Steiner, le garçon aux cheveux jaune citron qui enduit son corps de charbon et se prend pour Jesse Owens son idole, sur le stade de la ville, est très attachant lui-aussi. Une amitié (peut-être plus) très forte, pleine de pudeur les unit, les rend complices et complémentaires. C'est lui qui lui donne le joli surnom: "la voleuse de livres"

          Le passé de Hans refait surface car il a échappé à la mort lors de la première guerre mondiale grâce à un ami. Et ce sera son tour, lors de cette guerre où il aura le courage d’accueillir Max, l’homme aux cheveux en plumes d’oiseau et de le cacher dans sa cave. Ce qui est particulièrement courageux parce que nous sommes près de Munich, le berceau du Nazisme.

          Et bien sûr, Max le lutteur, le boxeur qui dort, se cache dans la cave et tisse un lien particulier avec Liesel. Max et son formidable rêve d’un combat de boxe entre Hitler et lui…

          Les jeunesses hitlériennes qui défilent dans la rue au pas (Le Führer ne doit entendre qu’un seul bruit de bottes !!!) puis les défilés des Juifs qu’on emmène dans le camp traversant la rue Himmel, frappant les esprits…

          "Mein Kampf" joue un rôle assez drôle dans cette histoire grâce à l’imagination de Markus Zusac : il est en outil de propagande pour les uns, voire une bible, l’objet de réticence pour d’autres et sauve la vie d’un Juif et sera recyclé de manière extraordinaire…

          J’ai adoré ce livre, son insolence, l'amour qu'il dégage, la façon dont il est construit, les personnages, tout est excellent. J’ai attendu pour le lire que la fièvre soit retombée dans les médias, les critiques. J’ai vu le film et c’est alors que j’ai vraiment décidé de le lire.

         J’ai eu beaucoup de mal à le refermer, à le lâcher, car on ne sort pas indemne de cette belle histoire destinée aux adolescents et aux adultes. Les mots qui soignent ou font mal, qui permettent de s’évader, d’imaginer un ailleurs. Dieu que vous êtes sympathique et pleinde douceur, Madame la Mort…

          Une belle écriture, une mise en page époustouflante qui est presqu’encore meilleure dans la version livre de poche. Un coup de maître. Un coup de cœur.

          Note : 9/10

 

L’auteur :

 

Markus-Zusak 2Markus Zusak, né le 23 juin 1975 à Sydney, est un auteur australien de romans pour la jeunesse.


Il est le plus jeune des quatre enfants, nés d'un père autrichien, Helmut Zusak et d'une mère allemande. Il vit actuellement à Sydney avec sa femme, Mika Zusak et sa fille. La voleuse de livre a été adapté au cinéma et son livre a ressue le Prix national du livre juif de la littérature jeunesse.

En 1998 paraît son premier livre et son premier succès The Underdog, acclamé en Australie, publié en Europe, aux États-Unis et traduit dans de nombreuses langues.

Suivront  en 2000, « Le combat des frères », puis en 2001 « When Dogs Cry », « The Messenger » en 2003.

Markus Zusak écrit depuis toujours. Il a désormais entamé une grande carrière internationale et s’est déjà affirmé comme l’un des romanciers les plus novateurs et les plus poétiques de nos jours.

"la voleuse de livres"  est publié en septembre 2005 en Australie, à l’automne 2006 aux États-Unis où il figure depuis son lancement sur les listes des meilleures ventes et, en France, en mars 2007.

 

 

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Extraits :

 

 

          Je pourrais me présenter dans les règles, mais ce n’est pas vraiment nécessaire. Vous ferez bien assez tôt ma connaissance, en fonction d’un certain nombre de paramètres. Disons simplement qu’à un moment donné, je me pencherai sur vous, avec bienveillance. Votre âme reposera entre mes bras. Une couleur sera perchée sur mon épaule. Je vous emporterai avec douceur. P 12

 

          Hans Hubermann  n’était pas le genre de personne qu’on remarque. Il n’avait rien de spécial. Certes, c’était un bon peintre et ses dons musicaux étaient au dessus de la moyenne. Mais, il pouvait faire partie du décor même quand il était sur le devant de la scène, si vous voyez ce que je veux dire. Il était présent, sans plus. Quelqu’un qu’on ne considère pas comme ayant une valeur particulière.

          Or, les apparences étaient trompeuses. Car, Hans Hubermann était un homme de valeur et cela n’échappa pas à Liesel Meminger. (Les enfants humains sont parfois beaucoup plus perspicaces que les adultes). Elle s’en aperçut tout de suite. P 43

 

          Liesel remarqua les yeux étranges de son père nourricier. Un regard d’argent, empli de bonté. D’argent en train de fondre. En le voyant, elle eut conscience de la valeur de Hans Hubermann. P 44

 

          Comment sait-on que quelque chose est en vie ?

         On vérifie qu’il respire. P 48

 

          Comme beaucoup de malheurs, cela commença par l’apparence du bonheur. P 101

 

          Mais est-ce être lâche que de reconnaître qu’on a peur ? Est-ce être lâche que d’apprécier d’être encore vivant ? P 128

 

          Les enfants allemands étaient à l’affût des pièces tombées à terre. Les Juifs allemands à l’affût de tout ce qui pouvait aboutir à une capture. P  199

 

          On dit que la guerre est la meilleure amie de la mort, mais j’ai une autre opinion là-dessus. A mes yeux, la guerre est comparable à un nouveau patron qui attend de vous l’impossible. Il est là, sur votre dos, à répéter sans arrêt : « il faut que ce soit fait, il faut que ce soit fait». Alors, vous mettez les bouchées doubles. Et le travail est fait. Pour autant, le patron ne vous remercie pas. Il vous en demande plus encore. P 358

 

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Lu en juillet 2015

 

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