Vers le milieu de l’été, avec cette canicule épuisante et mon état de fatigue et de douleur, j’ai eu envie de lire des polars pour mettre mon esprit au repos, m'éloignant ainsi quelque peu de mon challenge "destination PAL". Voici le premier d’entre eux :

 

La cité des jarres Arnaldur Indridason

 

Résumé

 

          Un meurtre vient d’être commis à Reykjavik. Il s’agit d’un homme glauque, âgé de soixante neuf ans qui a été assassiné et chez qui on trouve des documents pornographiques, mais aussi une photographie pour le moins bizarre : la tombe d’une petite fille.

          A la tête, une blessure profonde, et sur le corps, se trouve un message dont l’écriture est quasi illisible.

          Qui est cet homme en apparence plutôt tranquille ? Qui est la petite fille en question ? Quel lien existe-t-il entre eux ? Qui en voulait à cet homme au point de le tuer ?

          Toutes sortes de questions que se pose notre inspecteur Erlendur Sveinsson, qui va mener l’enquête et dont la vie personnelle se complique par l’arrivée de sa fille, Eva Lind, toxicomane, comme son frère, et qui débarque chez lui, car enceinte, elle ne sait plus où aller. Elle évoque une énième cure de désintoxication car elle veut garder le bébé.

 

Ce que j’en pense :

 

          C’est avec plaisir que je me suis plongée dans la lecture de ce roman. J’ai été conquise par la plume d’Arnaldur Indridason en lisant « Le femme en vert » que j’ai beaucoup aimé, et après avoir lu, un livre plus récent de l’auteur, j’ai décidé de lire tous les romans dans l’ordre pour mieux apprécier l’évolution de l’inspecteur Erlendur dont la personnalité est très particulière.

          Dans ce roman, l’enquête démarre lentement, dans cette atmosphère étrange qu’est l’Islande, avec ses noms aux consonances particulières, surprenantes pour mon oreille et c’est ce qui en fait le charme, Sigurdur, Kolbrun, Andur pour ne citer qu’eux. On découvre cette île, peu peuplée, où les noms de famille n’existent pratiquement pas, les gens ont un prénom suivi du prénom du père  auquel on accole  -son pour fils de ou -döttir pour  fille de. Ceci ne simplifie pas les recherches dans le domaine de l’état civil.

          D’emblée, j’ai adoré détester ce monstre qu’est Holberg et dont on découvre peu à peu les facettes de la personnalité, ses fréquentations. L’enquête est bien menée quoiqu’un peu lente et l’auteur nous entraîne sur les pas d’un violeur pervers, qui n’a jamais été condamné car à l’époque il était difficile et courageux, voire téméraire de porter plainte. on voit émerger son côté sombre, comme si on enlevait des couches successives, grâce à l’entêtement d’Erlendur qui progresse à petits pas dans son enquête. Parfois, il me faisait penser à l’inspecteur Colombo et ses petits détails, d’autres fois à l’inspecteur Derrick par sa lenteur…

          Les femmes occupent une belle place dans l’histoire, par leur dignité dans la souffrance, avec des moments de doute, autant Kolbrun que sa sœur (ainsi que Kathrynn plus tard) ont un caractère bien trempé pour l’époque où elles ont vécu ces viols.

          L’auteur dénonce ainsi la complicité parfois de la police, tel Runar,  l’inspecteur qui mena l’enquête à l’époque (la femme était forcément consentante, et comme par hasard, les rares preuves disparaissent).

          Cette intrigue m’a plu également car on suit la trace d’une maladie génétique, la neurofibromatose, qui ne touche que les filles qui meurent très jeunes et qui fait partie intégrante de l’histoire, elle en est le héros au même titre que les être humains. J’avoue que la médecine ou du moins certains médecins en Islande me laisse perplexe, prenant ses aises avec l’éthique, (cf. l’utilisation des banques de données génétiques, et même les recherches sur les maladies génétiques qui font certes avancer la science mais tout peut-être utilisé de façon dévoyée, la façon dont sont utilisés les cadavres, les diagnostics plus que limites comme le médecin de la petite Andur etc. etc.

          L’inspecteur est attachant par ses faiblesses, un divorce, une femme qui le déteste encore vingt ans après, ses enfants toxicomanes, avec lesquels il a peu de relations, (il suit leurs cures de désintoxications). Ses défauts le rendent sympathiques car très humains et on comprend que ce ne sont pas ses seuls problèmes. Dans son apprentissage tardif de la paternité avec son ado, rebelle, dont les neurones sont malmenés par la drogue, qui réclame de l’argent pour en acheter… Bref, son Eva Lind à qui j’aurais bien donné quelques paires de claques au passage, tant elle est immature.

          Les autres policiers ne sont pas effacés par un inspecteur omniprésent, chacun a un rôle défini et trouve sa place. Sigurdur Oli est autant tiré à quatre épingles qu’Erlendur habillé n’importe comment.

          J’aime de plus en plus les polars et les romans islandais, je l’ai déjà dit, car on découvre un pays où le temps ne s’écoule pas de la même façon, avec ses nuits sans fin, ses routes enneigées impraticables ou presque, ses tempêtes.

          Un seul reproche : la quatrième de couverture nous apprend tout de suite ce que signifie le titre, « la cité des jarres » alors que celle-ci intervient relativement tard dans la progression de l’énigme, mais en fait, on oublie assez vite ce détail car l’auteur nous entraîne dans son histoire et on n’a pas trop envie d’en sortir.

          Note : 7,2/10

 

 

L’auteur :

 

 

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         Romancier à succès, maître du polar en Islande, Arnaldur Indridason est diplômé en histoire, journaliste et critique de cinéma. Il est l’auteur d'une demi-douzaine de romans noirs, dont plusieurs sont des best-sellers internationaux, en particulier en Allemagne et au Royaume-Uni.

 

          Créateur de l'inspecteur Erlendur, flic taciturne, adepte des surgelés et des vieux costumes fripés, Arnaldur Indridason lui fait poursuivre ses enquêtes à travers ses romans comme ‘La Cité des jarres’, ‘Nordermoor’ ou ‘La Femme en vert’. En 2007, paraissent ‘L’Homme du lac’ et ‘La Voix’, dans lequel le fameux inspecteur nordique doit résoudre l’assassinat du père Noël et d’autres encore...

 

    Arnaldur Indridason est l'un des chefs de file du polar scandinave, et l'écrivain islandais le plus lu au monde. L'Islande… Avec lui, on n'en sort pas. Son œuvre, à laquelle la France fait à chaque fois un très bon accueil, ramène sans cesse le lecteur dans cette petite île glaciale et peu peuplée.

       Récemment, il a délaissé son héros favori, le commissaire Erlendur, pour écrire un roman historique, puis un polar dans lequel ce dernier apparaît peu.

 

 

Extraits :

 

          Il est difficile de trouver des extraits significatifs du roman sans dévoiler l’intrigue. Voici donc un extrait consacré à Erlendur et l’autre à Eva Lind:

 

          Erlendur avait la cinquantaine, il était divorcé depuis des années et père de deux enfants. Il n’avait jamais laissé personne percevoir qu’il ne supportait pas les noms de ses enfants. Son ex-épouse, avec qui il ne parlait pour ainsi dire plus depuis deux bonnes décennies, trouvait ces noms mignons à l’époque. Le divorce avait été difficile et Erlendur n’avait pas vraiment maintenu le contact avec ses enfants quand ceux-ci étaient encore jeunes. Lorsqu’ils furent plus âgés, ils se rapprochèrent de lui et il les accueillit avec joie mais il était attristé de voir ce qu’ils étaient devenus. Il était particulièrement peiné par le sort d’Eva Lind. Sindri Snaer, lui, se trouvait en meilleure posture. Enfin, de bien peu. P 19

 

          Parfois, elle jouait le rôle de la petite fille, venait se blottir contre lui et ronronnait comme un chat. D’autres fois, elle se trouvait au bord du désespoir, s’énervait dans l’appartement, complètement hors d’elle, le frappait en lui reprochant de les avoir abandonnés, elle et Sindri Snaer, alors qu’ils étaient si petits. Elle pouvait alors se montrer vulgaire, méchante et cruelle. Parfois, il la voyait telle qu’elle devait être, pratiquement normale, si tant est que la normalité existe, et Erlendur avait alors l’impression qu’il pouvait discuter avec elle comme avec n’importe quelle autre personne. P 21

 

          Eh bien, c’est bien un meurtre à l’islandaise, dégueulasse. Voilà tout. P 44

 

Lu en juillet 2015