Je vais parler aujourd’hui d’un livre que j’ai beaucoup aimé, mon premier coup de cœur de 2015. Il s’agit de :

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Résumé

 

          Marta Trinidad est en alerte. Ce soir, son frère préféré Ignacio vient diner et présenter sa future fiancée Véra. Il faut donc nettoyer la maison de fond en comble pour l’évènement qui ne plaît qu’à moitié à Marta, qui ne voit pas arriver d’un bon œil Véra dans la famille.

          Entre lessivage du sol au plafond, nettoyage des vitres et rangements divers, elle s’occupe de son bébé, le petit Justin dont nous allons faire la connaissance pour notre plus grand bonheur.

          Nous allons découvrir, en douceur, ce bébé prodigieux, enfant précoce, dont le développement intrigue Marta et la voir mettre en place des techniques farfelues sur l’éducation et l’autorité parentale car Justin la laisse perplexe. Elle le croit « attardé mental» car il ne marche pas du moins devant elle alors que la nuit il explore la maison, puis parce qu’il ne parle pas. Là aussi, il cache bien son jeu, car au parc, il parle avec son copain André, en russe approximatif, en anglais, car sa mère le parle et en espagnol car nous sommes à Madrid.

          On fait la connaissance de chacun des membres de la famille : Joss, le mari de Marta, taciturne, dépassé par la vitalité de sa femme qu’il ne comprend pas toujours, dépassé aussi par cet enfant si particulier. Puis, Ignacio, le petit frère de Marta, gentil, et l’infâme Gustavo, le frère aîné qui ne pense qu’à une chose, l’argent et fait tout ce qu’il peut pour spolier tout le monde…

 

 

Ce que j’en pense :

 

          J’ai été bluffée par ce roman que j’ai adoré. Au début, Marta m’a énervée par son exigence, son intransigeance vis-à-vis de Justin. Elle ne le comprend pas, ne sait pas comment s’y prendre avec lui, jusqu’à ce que le diagnostic de précocité tombe. A ce moment-là, leur relation change et ils deviennent de plus en plus complices. Et peu à peu, je me suis attachée à cette belle femme, à la fois fragile et très forte, à l’énergie virevoltante.

          Justin est adorable, attachant ; on le suit avec plaisir dans ses découvertes : comment sortir du berceau pour aller explorer la maison, puis son attirance vers l’escalier dont il maîtrise les marches très vite. L’auteure réussit le prodige d’entrer dans la tête de cet enfant surdoué, et son attention labile, saute d’un centre d’intérêt à l’autre à la vitesse de la lumière pour le commun des mortels. On pense avec Justin, c’est une expérience superbe, un voyage dans un autre monde…

         La douance n’a plus de secret pour nous. Justin aime être seul, car il s’ennuie avec les autres. Quand il entre à l’école maternelle, il pense être libre et trouvant le mur blanc tristounet, il décide de peindre des triangles verts dessus et ne comprend pas ce que cela peut avoir de choquant pour les adultes. Ces adultes dont le comportement est si mystérieux pour un enfant.

          Cet enfant sait d’instinct vers quels autres élèves se tourner alors un petit groupe se forme autour de lui, chacun ayant sa spécificité : Tobias, Angelina, Félix. (cf. le superbe chapitre 6 de la deuxième partie).

          Je me suis laissée portée par Sonia Frisco ; avec elle j’ai franchi le portail et je me suis embarquée dans un voyage dans le temps, dans l’espace dans ce mystérieux labyrinthe qu’est la vie, de rebondissement en rebondissement,  ayant l’impression d’être sur une piste, quand un petit détail nous entraîne dans une autre dimension, tant la psychologie des protagonistes est bien étudiée. Est-on dans l’imaginaire, le symbolique ou le réel ? L’auteure ne nous laisse pas le temps de réfléchir, elle nous entraîne déjà ailleurs.

          On est monté dans une sorte  d’engin spatial et spécial et il faut se laisser aller dans le tourbillon des idées. Comme le dit si bien Sonia Frisco :   « dans toutes les histoires qu’on nous raconte, il y a ce qu’on nous dit et il y a ce qu’on entend »

          J’ai lu ce livre de façon presqu’addictive, ne pouvant plus lâcher le livre, emportée avec Justin, ce bambin génial que j’avais envie de suivre partout. Et, en même temps, quelques secondes plus tard, j’avais envie de ralentir la lecture, de ne pas aller trop vite, pour en profiter plus longtemps.

          Ce livre est magique, avec une belle écriture que j’avais déjà appréciée en lisant « L’être de sable » l’été dernier, une pensée fluide, rapide et en même temps mystérieuse.

          J’ai eu du mal à faire cette critique car, il faut révéler le moins de choses possibles pour laisser le lecteur ouvrir le portail et entrer dans l’histoire. Parfois, il arrive qu’on se perde un peu, qu’on ne soit pas sûr d’avoir bien compris, ce qui augmente encore le plaisir de la lecture, à la recherche d’une dimension qui a pu échapper.

          Je dis : « chapeau l’artiste » pour ce fabuleux voyage. Un très beau livre à lire, mais aussi à relire pour ne passer à côté d’aucun détail tant il est riche et puissant. Allez-y, foncez, amoureux de la littérature, des belles histoires, ouvrez le portail, vous allez passer des moments extraordinaires. Je le répète, il s’agit de mon premier coup de cœur pour l’année 2015.

          Mes propos vous paraissent dithyrambiques ? Plongez-vous dans ce livre, vous verrez que je n’exagère pas.

          Note : 9,5/10

 

 

L’auteur :

 

 

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          Sonia Frisco est née à Genève le 7 février 1973. Italienne, fille d’émigrés, elle vécut ses deux premières années dans la province natale de ses parents à Lecce, au sud de l’Italie. En 1975 elle put revenir auprès d’eux, à Genève, où son père mourut de façon tragique et prématurée la même année.

          Son goût pour l’art et l’écriture l’amena naturellement vers une maturité artistique et linguistique. Puis elle se perfectionna en Angleterre, à Londres, en 1990 où elle donna notamment des cours d’italien et revint à Genève à l’âge de 19 ans pour y ouvrir son propre commerce de prêt-à-porter italien. A 25 ans elle le ferma pour se dédier à son plus merveilleux cadeau, sa petite Lisa à qui elle dédiera tous ses livres.

          En l’an 2000, de sa passion pour l’écriture et l’expression naquit, de façon inattendue, « L’Être de Sable », un témoignage en hommage à ce grand homme que fut son père, qui devint aussitôt un succès. Elle croisa ensuite, chemin faisant, un éditeur qui lui demanda un roman pour adolescents, « Et moi alors! », en 2001. En 2002 sortirent « Les Nouvellaires », un recueil de nouvelles. Elle donna des conférences, rencontra avec plaisir des classes d’élèves intéressés et d’enseignants engagés, participa à des Salons du Livre et s’adonna avec joie à des séances de dédicaces.


           Mais en 2003 elle tomba malade et dut brutalement s’arrêter d’écrire « car les priorités de la vie nous forcent à faire des choix parfois

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douloureux, mais nécessaires ».
           Toutes celles et ceux qui un jour sont tombés savent qu’on ne se relève pas forcément plus forts, mais simplement différents.(« L’Être de Sable », Note de l’auteur)

          Puis en 2012, suite à un accident qui la force à l’immobilité, elle traduit « L’Être de Sable » en italien et reprend ce témoignage en y apportant des compléments ainsi que deux nouveaux chapitres. Dans la lancée, elle termine un manuscrit très particulier sorti de son tiroir par sa fille… Une histoire qui nous parle de forces et de courage, d’amour et d’espoir, de ces « immenses potentiels que nous possédons tous, souvent sans nous en rendre compte ». Tel un grand événement, « Le Portail de l’Ange », son premier grand roman, est ainsi sorti le 28 janvier 2014 sous les presses des prestigieuses Editions Slatkine. Et la sortie de la nouvelle édition de « L’Être de Sable » si attendue a eu lieu à cette même date, également aux Editions Slatkine, pour sa troisième parution.

          http://www.soniafrisco.com/?page_id=32

 

 

Extraits :

 

          J’ai choisi des extraits significatifs mais qui ne révèlent rien de l’intrigue. Il est capital de ne rien dévoiler.

 

          « Le labyrinthe a une dimension…ou plutôt trois : l’espace, le temps et la masse. L’espace pour bâtir, le temps pour élever et la masse de l’architecture que nous y avons posée. P 11

 

          Le temps qui passe et qu’on ne retient pas, celui des amours et des souvenirs, les perdus, les retrouvés, et ceux que l’on a égarés. Le Temps, par-dessus tout, était une mesure qu’elle ne maîtrisait pas. P 17

 

          Justin était son cadeau précieux, son chérubin. Toujours content, il ne lui en voulait jamais pour rien… même s’il demeurait souvent perplexe face à elle. Sa maman était pour lui le plus grand des mystères. L’inverse était aussi vrai.

 

          Etre parents n’est pas un métier. Etre parent s’apprend au jour le jour, dans le quotidien comme dans l’épreuve, avec les erreurs et les réussites. Sans possibilité de brouillon, sans gomme à effacer, tout s’inscrit une fois et à jamais.

         Etre parents, c’est de l’improvisation.

          Etre enfant également. P 39

 

          Justin fut le maître de l’escalier ! bien qu’élève à ses heures. Ils formaient un couple de compagnons très proches. Le pont rendant accessible, l’inaccessible… les marches de la conscience. P 48

 

         Justin, lui, était largué. Il se sentait ancré à un bloc de granit…mais ce bloc voguait à la dérive sur un océan capricieux. Un océan pouvant avoir de violents ressacs, des courants et des remous, être la colère d’une tempête ou le reflet d’un placide ciel azur, il se trouvait donc en équilibre sur une instabilité flottante. P 63

 

          La liberté commence dans l’espace qu’on se crée. P 124

 

          Attendre est donc une marche solitaire ne menant parfois nulle part, une diversion obscure. P 132

 

          L’existence est une partie d’échecs dont les règles sont simples…mais les appliquer pour bien jouer est une autre paire de manches. P 149

 

          Un enfant, même s’il se tait – surtout s’il se tait – ne souffre pas moins des mauvais climats attisés par les grands. P 302   »

 

 

Lu en mars 2015

Portrait d'auteur - Sonia Frisco - Léman Bleu TV / Journal de la Culture