Après l’expérience de l’économie, ou du moins en parallèle, j’ai dévoré un livre totalement différent.

 

les dames blanches Pierre Bordage

 

Résumé

 

          Une étrange bulle blanche d’une cinquantaine de mètres de diamètre est découverte dans une petite ville de l’ouest de la France. Mystérieusement elle attire un enfant de trois ans, Léo qui s’avance vers elle, comme hypnotisé, fasciné. Rien ne l’arrête et il est absorbé par le bulle.

          Lorsque sa mère, Elodie décrit le phénomène, on la prend pour une folle, hystérique qui a dû faire mal à son enfant. Une journaliste, Camille,  est chargée par son magazine de faire une enquête sur ces étranges évènements. On la surnommera « Madame bulle » et sa première interview sera consacrée à Elodie.

          D’autres bulles apparaissent en France mais aussi dans le monde entier et les enfants de moins de quatre ans sont tous attirés par elle et disparaissent.

          Tous les pays vont conjuguer leurs efforts pour tenter de les faire disparaître, mais elles grossissent et sont de plus en plus nombreuses. Leur activité magnétique est telle que les réseaux électriques et numériques ne fonctionnent plus et on doit revenir aux anciens moyens de communication.

          On fait appel à un artificier de l’armée qui va tenter tous les cocktails existant pour faire exploser la bulle, mais rien n’y fait,  alors l’ONU décide d’utiliser les grands moyens avec ce qu’on appellera les « pédokazes »…

 

 

Ce que j’en pense : 

 

          L’auteur nous décrit très bien ce monde étrange, où l’on essaie de détruire ce que l’on ne comprend pas. Il y a des êtres qui tentent à tout prix d’établir un contact avec les bulles que l’auteur appelle « Les dames blanches », notamment les passionnés d’Ufologie qui se font traiter d’illuminés, comme Basile et Camille dont les dames blanches ont pris un fils, Nathan.

          De l’autre, on trouve tous les fadas du complot, ultra militaristes qui voient une occasion de donner un sens à leur vie en devenant des miliciens. On s’attache quand même au premier artificier, ex légionnaire, porté sur la bouteille qui retrouve un sens à sa vie, en imaginant ses cocktails explosifs, alors que d’autres sont franchement antipathiques…

          Pierre Bordage, comme d’habitude nous décrit bien les dérives du monde moderne, la façon dont les militaires décident de recenser tous les enfants et demandent aux parents de désigner un des leurs pour devenir une bombe humaine, car c’est la seule façon, apparemment, de déstabiliser les dames blanches, mais c’est un répit de courte durée. C’est ce qu’on va appeler « Loi d’Issac »

          Comment élever un enfant qui va être sacrifié ? Il est clair que les parents notamment la mère ne peut que décider de ne pas s’investir émotionnellement. On va ainsi fabriquer des bataillons d’autistes qui sont chargés d’une mission se faire exploser dans la bulle pour sauver le monde. Cela ne vous évoque rien ?

          Bien-sûr, il y a les résistants qui refusent de donner un de leurs enfants et doivent vivre dans la clandestinité, persécutés par les miliciens.

          Le livre est construit d’une fort jolie façon : chaque chapitre porte le prénom d’un enfant qui va jouer à ce moment-là un rôle particulier. On a ainsi une myriade de prénoms très originaux car, quel prénom donner à un  enfant qui va se sacrifier ? bien-sûr, on voit resurgir des prénoms de la bible, ou de la mythologie : Ulysse, Jason, Achille, Pelops « le fils de Tantale servi en ragoût par son père aux dieux de l’Olympe »

          Pierre Bordage aborde, mine de rien, le problème de la numérisation, de l’électronique dont nous sommes devenus si dépendants, et la façon dont il va falloir réapprendre à se servir du papier, du crayon, pour envoyer des vraies lettres via la vraie poste, ou retourner aux anciens moyens de locomotion, car exit avion, autoroutes, PPS et autres joyeusetés…

          On ne peut pas s’empêcher de faire un lien entre des dames blanches qui se nourrissent d’enfants et le ventre maternel, et toute la thématique de la gestation, de l’amour maternel…

          Ces dames blanches qui perturbent tout, m’ont fait penser à une maladie qui progresse à grands pas « l’électro-sensibilité » : des personnes qui sont malades dès qu’elles sont en contact avec un téléphone portable, par exemple et qu’au début on prenait pour des « cinglées ». Ne parle-t-on pas de « zones blanches » pour tenter de les préserver ?

          On retrouve bien-sûr la passion de Pierre Bordage pour la mythologie et aussi pour l’Histoire, certains éléments rappellent la milice sous l’Occupation, (les dénonciations, les rafles au petit matin, le traitement des enfants Kamikazes qui évoque les camps de concentration). Mais, certaines descriptions font penser à ce qui se passe de nos jours, terrorisme, Etat d’urgence…  malgré tout, il semble garder foi en l’être humain…

          Bref, j’ai beaucoup aimé ce roman. Cette histoire m’a plu d’emblée et j’ai dévoré le livre. J’ai découvert l’auteur avec « Le feu de Dieu » qui m’avait beaucoup plu. Donc, j’ai bien l’intention de continuer à découvrir son univers.

          Note : 8/10

 

 

L’auteur :

 

Pierre Bordage, né le 29 janvier 1955 à La Réorthe, en Vendée, est un auteur de science-fiction français. C'est avec sa trilogie « Les Guerriers du silence », publiée aux éditions de l'Atalante et vendue à 50 000 exemplaires, qu'il rencontre le succès.

 

Pierre Bordage - Les dames blanches

 

Extraits :

 

          Les dames blanches sont une énigme, sans doute la plus grande énigme posée à l’humanité depuis la nuit des temps, reprit Basile. Elles nous invitent à nous défaire de nos conditionnements. P 118

 

          Ou nous sommes capables de nous adapter aux dames blanches, ou nous disparaissons. Quelle importance ? Après tout, le Terre n’appartient pas à une forme de vie particulière. L’homme lui-même est un parasite qui a réussi. Il est peut-être temps de céder la place. P 141

 

         Le gouvernement prolonge jusqu’à nouvel ordre les lois d’exception promulguées pour lutter contre les dames blanches. Les lois d’exception interdisent et répriment toute entreprise dont le but est d’entraver l’action du gouvernement. Vous serez jugés pour actes de terrorisme. P 176

 

          Il avait l’art et la manière de la placer devant ses propres contradictions, devant ses zones sombres, non par perversité mais parce qu’il avait de la vie une vision pénétrante, une forme de sagesse probablement forgée par ses années de solitude dans le Larzac. Il avait la solidité d’un roc dans la tourmente, comme épargné par le déferlement des émotions. Sa bonté est sa capacité d’aimer était immenses… lui qui avait été rejeté par sa famille avait puisé sa tendresse dans ses propres gisements. Il émanait de lui une chaleur bienfaisante, constante, comme un soleil qui ne brûlait jamais. P 192

 

          Les dames blanches n’avaient pas eu besoin d’user de la force : leur seule présence avait suffit à conduire l’espèce humaine à sa perte. Camille  fut de nouveau effarée de constater la vitesse à laquelle les êtres humains s’étaient habitués au sacrifice des êtres  innocents  qu’ils avaient autrefois chéris et protégés comme les plus précieux trésors. P 194

 

         Le fric et l’influence achètent absolument tout.

 

 

Lu en mars 2016