Encore un beau livre découvert grâce à Masse critique de Babelio et aux éditions Belfond que je remercie vraiment beaucoup car c'est un véritable cadeau:

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Résumé

 

C’est l’histoire d’une femme dont on ne saura jamais le prénom dont la mère, journaliste décède dans un accident d’hélicoptère alors qu’elle effectue un reportage en Sibérie. Elle passe par différentes phases car il faut pouvoir déjà récupérer le corps, du moins ce qu’il en reste, car au début il y a des doutes sur l’identité. Ensuite, après toutes les tracasseries administratives, elle peut enfin récupérer le corps et procéder aux funérailles.

On apprend à ce moment-là qu’elle va reposer à côté de son fils décédé à l’âge de vingt ans, le frère cadet de l’héroïne. Celle-ci va passer par différentes phases, d’abord le déni, puis la dépression elle se laisse aller n’a plus le courage de s’occuper du quotidien, des enfants, n’arrive plus à s’habiller encore moins à aller travailler.

Cette dépression fait remonter à la surface un épisode dépressif antérieur, survenu lors de la naissance de sa fille et qui a duré bien plus longtemps qu’un baby blues et à ce moment-là, sa mère n’a jamais été d’aucun secours (cf. le beau chapitre IV). Elle s’enterre dans sa souffrance, c’est la sienne, elle a perdu sa mère et le chagrin des autres, elle n’est pas capable de le percevoir.

Peu à peu remonte les souvenirs de sa vie avec sa mère, beaucoup moins idyllique qu’on aurait pu le croire. Sa mère était toujours entre deux avions, entre deux reportages, et sa vie professionnelle était prioritaire. Elle oubliait les fêtes à l’école, improvisait à la hâte un gâteau d’anniversaire en arrosant des boudoirs d’une boite de crème Mont Blanc, elle portait des jugements sur tout.

Toute sa vie défile dans sa tête, elle n’est plus une femme, elle est une petite fille qui a perdu sa mère donc ne peut plus être mère avec ses propres enfants.

Son père avait une relation fusionnelle avec sa femme au détriment des enfants et il est incapable de faire face non plus. De ce fait c’est le mari qu’elle appelle tout au long du livre « l’Homme » avec une majuscule.

Elle se rend compte qu’elle est en train de s’écrouler (elle se crashe comme l’hélicoptère) et qu’elle devient dangereuse avec ses enfants et son mari commence à s’énerver. Donc, elle s’enfuit à la suite d’une dispute banale car elle ne se souvenait plus où elle avait garé la voiture.

Presque par hasard,  car elle roule au hasard, elle se retrouve au Chambon-sur-Lignon, village chargé d'histoire où elle va découvrir qui était véritablement sa mère et je vous laisse découvrir quel secret elle dissimulait et comment cela va influer sur l’héroïne.

 

Ce que j’en pense :

 

C’est le premier roman d’Ariane Bois que je lis et j’avoue que je suis conquise. Elle décrit à merveille la dépression, le deuil pathologique, la régression. Au début son héroïne est exaspérante car on la trouve égoïste : il y a Elle, Son chagrin, la perte qu’elle subit.

Puis, on s’attache à elle car elle est simplement fragile. Elle a des faiblesses comme chacun de nous peut en avoir et sa vie n’a pas été simple loin de là. Elle n’a jamais pu tisser de lien avec sa mère, trop lointaine physiquement et mentalement, tout dans l’intellect, la gauche bien pensante, les grands combats, les manifs alors qu’elle ne faisait aucun effort pour connaître ses enfants et les aimer.

Exigeante dans son travail, elle l’était dans la vie, sa fille devait être parfaite, un prolongement d’elle-même en mieux donc jamais de compliment, de geste tendre spontané. En fait, la relation mère-fille mais aussi mère fils était toxique.

Ceci a conduit l’héroïne vers la fuite par le repli sur soi au départ puis la tentative de suicide ratée uniquement parce que l’Homme, rentrant d’un séminaire à l’Etranger avait voulu rentrer chez lui pour prendre une douche avant de retourner au bureau : même le suicide était raté comme toute sa vie pense-t-elle alors.

Son frère a fui lui aussi, par la drogue puis le suicide. Lui, il a réussi sa sortie car on l’a trouvé trop tard !!!! Quand au père, il est toujours allé dans le sens de sa femme, même en sachant qu’elle faisait des erreurs énormes. Cf. : la gestion de l’anorexie quand elle était adolescente.

Ariane Bois nous décrit à merveille comment on peut souffrir de la perte d’une mère qui était toxique, on souffre de la perte d’un être cher, mais parfois, on a tellement besoin d’être aimé, regardé qu’on préfère une relation toxique que pas de relation. De plus, la relation a beau être de cette nature, cela n’empêche pas la souffrance, le manque. On aime ses parents malgré ce qu’ils sont.

Elle ne fuit pas pour être seule avec son chagrin mais parce qu’elle a peur de devenir dangereuse pour ses enfants, le petit garçon a failli se noyer dans la baignoire, sa fille (une vraie peste qui fait une crise d’adolescence bien avant l’âge et l’accable de méchancetés) tombe par la fenêtre en jouant avec le gros chien de sa belle-mère, belle-mère qui entre parenthèse ne l’a jamais acceptée, son fils a fait une mésalliance en l’épousant  !!!! mais l’Homme ne la croira pas, tout est de sa faute, elle n’avait qu’à surveiller, lui il travaille et ne  peut pas tout faire.

En partant, elle va se retrouver sur les lieux où sa mère à vécu enfant et va apprendre le secret de famille dont sa mère n’a jamais voulu parler.  Il y a tout un pan de sa vie qu’elle ne connaissait pas apprenant entre autre que la famille est juive alors qu’elle n’a jamais vu personne pratiquer, les grands-parents maternels étant tenus à distance.

L’héroïne va découvrir le chaînon manquant et pouvoir se reconstruire par l’écriture grâce à une belle rencontre, en la personne de Jeanne.

Je pense qu’il y a une part autobiographique dans ce livre car tout est tellement bien analysé… je crois que ce livre va toucher les lecteurs différemment selon qu’ils connaissent ou non le monde de la dépression, de la solitude qu’elle engendre et de l’impossibilité à se tenir debout : ce n’est pas parce qu’on ne veut pas, c’est qu’on ne peut pas, c’est trop dur et parfois la fuite pour réfléchir, se protéger mais surtout protéger son entourage paraît être la seule solution tant est grande la croyance absolu de n’être plus bon à rien.

Elle parle bien, aussi, de la fuite dans le sommeil, dans les médicaments, tandis que sa fille en profite pour lui faire du mal, et elle se laisse maltraiter car elle n’en peut plus et aussi parce qu’elle pense peut-être qu’elle le mérite car ne se sent pas une bonne mère, alors qu’en même temps, les amis fuient comme si son état était contagieux.

Cela n’a rien à voir avec la lâcheté ou le manque de caractère. Je pense qu’il y aura donc deux possibilités de lecture : certains la jugeront égoïste, ne pensant qu’à elle, alors qu’elle est tout l’inverse. Elle se remet en question car elle veut comprendre pour que la résilience se mette en place.

J’ai beaucoup aimé ce livre et j’espère vous avoir donné l’envie de le lire.

 

 note : 8/10

L’auteur :

 

Ariane Bois

Ariane Bois est grand reporter, spécialisée en sujets de société, au sein du groupe Marie-Claire et critique littéraire pour le magazine Avantages. Elle collabore à la revue Service Littéraire. Elle est diplômée de Sciences-Po Paris et de l'université de New-York en journalisme, elle a également écrit une thèse d'histoire sur la résistance juive en France.

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Son premier roman, « Et le jour pour eux sera comme la nuit » (Ramsay, 2009 ; J'ai lu, 2010), a reçu un accueil critique unanime, a été traduit, récompensé par le Prix du premier roman de la ville de Dijon, le Prix de Combs-la-Ville et la bourse Thyde Monnier de la Société des Gens de Lettres, et se trouve en cours d'adaptation TV.

En 2011, elle publie son deuxième livre : « le monde d’Hannah » également salué par la critique.

 

 

Extraits :

 

« Un éclair blanc, les neurones qui s’affolent, les mains qui tremblotent, entament un drôle de ballet. Le corps a compris, il comprend toujours avant l’intellect. P 14

 

Les jours de grande fatigue, nous avions droit à un plat unique, une montagne de pain perdu, une merveille grasse et sucrée que l’on attrapait avec les doigts. « Pas perdu pour tout le monde ! » plaisantait mon père. P 27

 

Les mots s’échappent de mes lèvres : « Incapable de prendre des nouvelles de sa progéniture, de les écouter, l’espace de quelques minutes. Mauvaise mère. P 44

 

Dès le premier samedi, j’achète des doudounes de nouvelles chaussures et, bien sûr, des cartables. De marque, donc chers, très chers, pour compenser, m’excuser de cet été fantomatique, des mes absences, de mes sautes d’humeur épuisantes. P 48

 

Premier Noël sans elle, huitième Noël sans lui… existe-t-il un mode d’emploi des fêtes de fin d’année pour les endeuillés ? Je n’ai jamais aimé le mois de décembre et ses festivités obligatoires. Ma mère, si. P 52

 

Nos relations peuvent, je crois, être classées dans la catégorie « proches ». Très proches, voire fusionnelles. Elle me voulait intelligente, aimable, cultivée, gaie. Parfaite. Et, je n’y arrivais pas. Jusque là, rien que de très banal, on satisfait rarement ses parents, surtout quand la barre est placée aussi haut. P 54

 

Enfant, je cherchais à l’apaiser, à l’imiter, confite d’admiration, à me conformer le mieux possible à ses souhaits. J’en rajoutais, gamine adorable, facile, enjouée, cherchant à trouver la clef de sa tristesse. Mes week-ends entiers étaient consacrés à trouver des offrandes qui lui plairaient. En vain, forcément. P 55

 

Comme si quelqu’un d’autre pleurait en moi. Le deuil est une guerre et je suis en train de la perdre. Vaincue, sans avoir pris les armes. La mort ne vous prive pas seulement des autres, elle dérobe la meilleure part de soi, celle avec qui on cohabite sans souci. La mort vous pille, vous insulte et, en sus, vous fait les poches, ne laissant qu’un enveloppe vide. P 66

 

Tu es méchante, hurle-t-elle (sa fille Claire) les yeux barbelés.

« Tous les enfants sont d’extrême droite », disait François Truffaut. Ils frappent en dessous de la ceinture, là où ça fait mal. P 79

 

J’ai dû m’endormir ainsi, son passé dans la main, d’un mauvais sommeil, secoué d’images effrayantes. Le choc, la confusion ont fini par avoir raison de moi. Une partie capitale de sa vie m’était dévoilée ainsi, au hasard d’une rencontre. Mais, était-ce un hasard ? Voilà que je la retrouvais, comme si une seconde chance m’était offerte. P 191

 

J’ai mis longtemps à comprendre que ce que l’on donne aux enfants ne nous revient pas… il faut accepter qu’ils vivent à leur façon, les aimer assez pour leur permettre de faire leur chemin. Etre parent, finalement, c’est mettre au monde un enfant et accepter de l’y laisser, renoncer à ce sentiment de propriété, de droit exclusif. Et y trouver même du plaisir. P 215

 

 

Lu en février 2014

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liens très intéressants :

 

http://salon-litteraire.com/fr/interviews/content/1864805-interview-ariane-bois-de-l-obscurite-a-la-lumiere

 

Ariane Bois présente son roman "Sans oublier"

http://www.youtube.com/watch?v=rxwfxEo6XBE