Je vous parle aujourd’hui du troisième roman noir d’un auteur que j’aime bien Arnaldur Indridason :

 

La voix de Arnaldur Indridason

 

Quatrième de couverture

 

          Mauvaise publicité pour l'hôtel de luxe envahi par les touristes! Le pantalon sur les chevilles, le Père Noël est retrouvé assassiné dans un sordide cagibi juste avant le traditionnel goûter d'enfants.

          La direction impose la discrétion, mais le commissaire Erlendur ne l'entend pas de cette oreille.

          Déprimé, assailli par des souvenirs d'enfance douloureux, il s'installe dans l'hôtel et en fouille obstinément les moindres recoins.

 

 

Ce que j’en pense :

 

          Ce roman est particulier.  C’est le troisième opus des enquêtes du commissaire Erlendur et son équipe. Le ton est donné rapidement, car la victime est Gulli, de son vrai nom Gudlaudur,  le portier de l’hôtel de luxe qui endosse les habits du Père Noël comme tous les ans, et qu’on retrouve le pantalon baissé, le sexe recouvert d’un préservatif.

          Un enquête difficile car Gulli est un homme solitaire, sans ami, en rupture avec sa famille, donc difficile de savoir par où commencer…

          On découvre la personnalité de cet homme, seul, ancien enfant star à la voix très pure, qui prend des cours de chant, se produit sur scène et enregistre deux disques. Mais on se rend vite compte que derrière l’enfant prodige se cache un être fragile qui n’a fait qu’obéir à un père autoritaire qui le faisait répéter sans relâche, alors que ce n’était pas ce qu’il désirait réellement. Un enfant qui voulait bien faire pour plaire à son père et qui termine sa vie dans un cagibi, au sous-sol d’un hôtel.

        Une relation père-fils très pathologique, avec une sœur qui est toujours restée dans l’ombre qui le jalouse, qui fait écho à la propre relation malsaine qu’Erlendur entretient avec Eva-Lind, sa fille toxicomane qui essaie de décrocher depuis qu’elle a perdu sa fille (cf. « la femme en vert »).

          Un homme attachant quand même ce commissaire, qui a une vie d’homme toute aussi triste que sa vie de père. Il s’ouvre peu à peu à sa fille qui connait très peu de choses sur lui, notamment sur la disparition de son petit frère, dans la forêt dont on n’a jamais retrouvé le corps, et dont il se sent responsable encore actuellement. Peut-on faire le deuil en l’absence du corps de la personne disparue ?

          On retrouve l’alternance des récits dans le temps : l’enfance, l’adolescence, la vie de Gulli d’un côté, et la progression de l’enquête de l’autre et aussi entre la famille de la victime et celle du commissaire, (notamment la toxicomanie d'Eva Lind) et une question est soulevée : existe-t-il une addiction au succès, à la reconnaissance?

          J’ai aimé ce roman noir, d’une tristesse affreuse alors que la neige tombe dehors, alors que tous les personnages sont englués dans la noirceur. La mélancolie nous accompagne tout au long des pages, alors que ce sont les préparatifs de Noël, une fête qu’on se doit d’honorer en famille, avec le traditionnel repas et qui devient de plus en plus lourde, quand ce n’est pas une corvée, pour tout un chacun.

          Arnaldur Indridason n’a pas son pareil pour décrire cette mélancolie, ce temps qui passe ou ne passe pas. On sort de ce livre lessivé, le moral dans les chaussettes mais c’est une belle histoire.

          J’ai moins aimé cet opus que « Le femme en vert », mais j’ai envie de continuer l’aventure, car chaque enquête a un thème de fond, avec ici la musique, les collectionneurs …« La maladie de la collection n’est-elle pas une tentative pour conserver quelque chose de l’enfance ? Quelque chose qui serait lié à des souvenirs qu’on refuse de laisser s’enfuir et que l’on cultive sans cesse par le biais de cette manie ? » P 239

 

          Note : 7,5/10

 

L’auteur :

 

          Né en Islande en 1961, journaliste et critique de cinéma, Arnaldur Indridason est l’auteur de plusieurs romans noirs, véritables best-sellers internationaux.

          On lui doit « la cité de jarres » et « La femme en vert », grand prix des Lectrices de Elle en 2007… plus récemment « Hiver arctique » ou « Etranges rivages »

 

          « Indridason réveille des effrois enfouis dans la glace, gelés dans le temps »  dixit « Télérama »

 

Extraits :

 

          Erlendur comprit que l’homme (le directeur de l’hôtel) s’inquiétait plus du sort de l’hôtel que de celui de la victime. Il avait presque envie de lui dire que le nombre de clients pouvait augmenter grâce au  meurtre. C’était en ces termes que les gens pensaient maintenant. Ils pouvaient même faire la promotion de l’hôtel comme lieu du crime. Développer un service touristique lié au meurtre. P 32

 

          Nul ne collectionne plus de musique occidentale que les Japonais. Ils parcourent le monde comme des aspirateurs et achètent absolument tout ce qui tombe sous la main et qui existe sous forme de disque. Surtout quand ça date de l’époque des Beatles ou de celle des hippies. C’est la réputation qu’ils ont sur les foires aux disques et, ce qui ne gâche rien, ils ont de l’argent.  P130

 

          Il (Gulli) était l’exemple typique de ce qui se passe quand les parents prennent le pouvoir sur leurs enfants et qu’ils veulent les façonner sur leurs propres désirs. Je ne crois pas que l’enfance de Gudlaudur ait été particulièrement heureuse. P 155

 

          Les années peuvent s’écouler ainsi sans qu’on fasse quoi que ce soit d’autre que de vivre dans les obligations qu’on s’assigne. Année après année après année. P 377

 

Lu en avril 2016