Un grand merci à Babelio et aux éditions "L'escampette" pour m'avoir permis de découvrir ce magnifique ouvrage.

 

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Résumé

 

          C’est l’histoire d’un homme âgé de plus de quatre-vingt  ans dont la femme est atteinte d’une forme de démence (la maladie à corps de Lewy) qui ressemble beaucoup à la maladie d’Alzheimer : troubles de la mémoire récente, fugues, accès de violence au début puis le tableau s’aggrave. Il existe un médicament qui ralentit l’évolution mais ne guérit pas.

          Un jour, cet homme est obligé de placer sa femme en maison spécialisée car il ne peut plus gérer tout seul. C’est un déchirement pour lui car ils sont mariés depuis près de soixante ans.

          Il raconte son ressenti et l’évolution de sa femme au jour le jour comme dans un journal intime sous forme de poème en prose. Il dit sa souffrance de la voir s’éloigner peu à peu. Il vient la voir tous les après-midi et ils vont se promener dans le parc, regarder les arbres, puis reviennent pour le goûter.

          Il lui raconte les évènements de leur vie commune, lui faisant répéter les souvenirs, puis les mots, les prénoms des enfants des petits enfants. Il lui parle du cèdre qui est dans leur jardin. Mais les choses vont peu à peu évoluer au fil de la progression de la maladie….

 

 

Ce que j’en pense :

 

           C’est le premier roman de Georges Bonnet que je lis grâce à masse critique de Babelio et aux éditions « l’Escampette » que je remercie vivement car c’est un très beau livre.

            Cet auteur a commencé à écrire sur le tard et surtout des recueils de poèmes, et ce livre qui son sixième roman est un long poème, un hymne à l’amour.

           On devine que le héros du roman n’est autre que lui-même. Il s’exprime à la première personne. On sent toute la tendresse qui unit ce couple et l’amour très fort qu’ils ont partagé dans les bons moments et qu’ils partagent encore.

          Il a une très grande sensibilité qui lui permet de sentir, deviner les moments de désarroi de son épouse. Il l’aide à chaque instant, en faisant travailler sa mémoire, tous les jours, en nommant les noms des enfants, des petits-enfants, en lui montrant les photos, en lui posant des questions sur leur vie d’avant pour entretenir au maximum les souvenirs afin de retarder le plus possible le processus de la maladie, de le rendre plus doux. On sent à chaque instant la force, la puissance des liens qui unissent ce couple.

          Il décrit l’inexorable qui avance malgré tous ses efforts, cette femme qui lui échappe, qui est de plus en plus dans un monde parallèle, où il ne parvient plus à la suivre malgré son désir d’être en communion avec elle. Mais il est là tous les jours, attentif, attentionné et prévenant.

          Il y a une très belle réflexion sur le temps, le temps qui passe, qui se ralentit qui ne n’est plus le même pour lui et pour elle. Nous respirons le même air, les mêmes choses s’imposent à nous, mais elle est dans un autre temps. P 77

          Le jeu des mains aussi évoque toute leur tendresse respective mais il est aussi une façon de garder le contact, la mémoire du toucher, la mémoire du corps (les mains qui s’agitent sur le chemisier à la rechercher des boutons, puis qui s’agitent simplement dans le vide (est-ce un tic ou une tentative pour reconnaître son corps, le sentir ? pour rappeler que le  corps existe encore) puis qui finissent par rester immobiles : elle devient absente dans le corps et dans la tête. Nos mains encore. La main écoute la main. Nos mains ont leur mémoire, et se comprennent. P 43

          Le corps existe-t-il  encore, est-elle encore quelqu’un, puisque le mental n’est plus que de la brume ?

          Deux choses reviennent souvent dans le livre : le ciel bleu, qui est la vie mais aussi l’immensité, et les fenêtres qui sont des traits d’union avec la vie, les mots peuvent être des fenêtres ou des murs selon les cas. Une autre chose revient comme un leitmotiv : les feuilles qui bougent au gré du vent, puis qui changent avec l’automne, leur mouvement se ralentit….

          L’auteur nous livre dans cet ouvrage plein de poésie une réflexion sur la mémoire, celle du corps, celle de l’intellect, sur la vie et sur le déclin  qui aboutit un jour à la mort pour chacun d’entre nous.

          L’auteur par ses mots à su me toucher, m’émouvoir, me conquérir, c’est le compagnon qu’on rêve d’avoir à ses côtés quand on est en souffrance alors lisez-le avec le cœur et laisser ce long poème entrer en vous comme par effraction pour un voyage qui apporte du bonheur.

 

Note :  9/10       c’est tellement dur de lui attribuer une note !!!!   

 

 

L’auteur :

 

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Georges Bonnet est un auteur français, poète et romancier

 

Il est né en 1919 à Pons, (en Charente-Maritime). Ce professeur d'éducation physique a publié son premier livre de poèmes à 45 ans (La Tête en ses jardins) et son second à 64 ans (Le veilleur  de Javelles).

Il a publié depuis 2005 une quinzaine de recueils de poèmes.

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Il a plus de 80 ans lorsqu'il  publie, en 2000, son premier roman (Un si bel été). Ensuite quatre nouveaux livres de proses, romans et nouvelles ont suivi jusqu’à ce superbe récit inspiré par la lente disparition de sa femme, après une longue vie de compagnonnage et d’amour.

 Il vit à Poitiers  dans la Vienne.

 

 

 

Extraits :

 

          « Du soleil sur les vitres, des fleurs sur la table, tout est fait pour épouser l’instant. P 16

 

          Soir très doux sur le jardin. La caresse des odeurs. Les feuilles de platanes ont des froissements d’ailes déployées. P 17

 

         La fenêtre de la chambre est belle.

         Elle est source d’évasion, un pouvoir lui est dévolu.

         Elle rattache à la vie, est matière de mémoire, capte avec rigueur le ciel qu’elle s’attribue. P 30

 

          Docilité du passé. J’ouvre en parlant pour elle un livre d’images.

          Les mêmes souvenirs nous regardent. P 32

 

          Avec des souvenirs qui respirent encore, elle se retrouve parfois dans le temps. P 33

 

          Un souvenir lui revient en confusion d’années.

          Elle ne s’étonne pas de ses oublis.

         La mémoire est un luxe…

          …assis à table devant la fenêtre, nous faisons chaque jour des mots fléchés.

          Je lui demande de me donner des noms de villes ou des prénoms commençant par une lettre de l’alphabet que nous choisissons ensemble. P 37

 

           Le temps est lent, comme grandissent les arbres, comme les fleurs persistent en leur savoir, comme les saisons au fil des années sont aimées de la pluie ou du soleil. P 42

 

          Je lui dis ma tendresse. Elle me dit la sienne. Nous partons pour un long partage.

          Frôler un souvenir, c’est déjà beaucoup. P 50

 

          Elle se renverse dans son fauteuil, ferme les yeux. Elle ne me quitte pas, elle s’absente.

          Je vais vers son silence. P 54

 

          Dans la longue distance de l’absence, elle part en de lentes dérives.

          Elle est une autre d’elle-même. P 61

 

          Moment de déraison, comme par une volonté, en errances de mots, tel un sol qui serait soudain privé de ses chemins. P 70

 

          Après quelques détours, elle construit son nid, s’y abandonne. Si je lui parle, les passerelles que je lui offre, sont importunes.

         Elle dispose de son ciel. P 90

 

          Toujours ce même malaise devant ce regard que je ne reconnais plus.

          Il faudrait pouvoir chercher derrière ses yeux qui n’ont plus le même langage, réfugiés peut-être dans une autre clairvoyance. P 122

 

 

 

 Lu en mars 2014

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