Place aujourd’hui à une auteure dont je n’avais encore lu aucun roman et qui m’a vraiment étonnée, conquise même que j'ai lu sur ma liseuse grâce à "ebook libres et gratuits":

 

Indiana de George Sand

 

Résumé

 

          Dans le manoir de Lagny (dans la Brie), par une soirée d'automne pluvieuse et fraîche, trois personnages meurent d'ennui : le colonel, Indiana, triste et souffrante, et Sir Ralph. Pensant que des voleurs de charbon pénètrent la nuit dans la propriété, le majordome fait irruption dans le salon. Le colonel prend son fusil et l'accompagne. Un coup de feu retentit.

          On apporte un homme ensanglanté, qui a reçu quelques plombs et est tombé du mur. Les femmes s'occupent du blessé et Ralph, un peu médecin, le soigne. C'est un jeune homme vêtu avec recherche ; selon le jardinier, il ressemble à un jeune propriétaire du voisinage qu'il a vu parler à Noun. Le colonel est jaloux : il se demande si le jeune homme n'est pas venu pour Indiana.

          Le jardinier dit au colonel qu'il s'agit de monsieur de Ramière, un noble qui a acheté le domaine voisin de Cercy ; il ajoute que, la nuit précédente, il a vu un homme accueilli par une femme devant l'orangerie, ce qui déclenche la jalousie du colonel.

 

 

Ce que j’en pense :

 

          C’est donc le premier roman de George Sand que je lis et c’est une belle surprise. J’ai beaucoup aimé cette histoire qui fait intervenir une belle jeune femme, Indiana mariée à un homme âgé et bougon qu’elle n’aime pas et auprès duquel elle se morfond, rêvant qu’un beau jeune viendra un jour… elle est très romantique, s’ennuie à la campagne.

          Elle obéit à son époux qu’elle a épousé par devoir et la souffrance morale liée à ce statut engendre une somatisation, avec une santé fragile, des malaises fréquents, Indiana s’étiole comme la « dame au camélia » mais sans vraie maladie. Cependant, elle peut être capable de s’opposer à son mari en faisant de la résistance passive.

          Face à elle, on trouve trois hommes : son mari le colonel Delmare, officier autoritaire, régnant en maître, de prime abord fort peu sympathique, coléreux, s’emportant très vite et terriblement jaloux, mais qu’on voit évoluer tout au long du roman. L'auteure en parle ainsi:  « et se prit à marcher pesamment dans toute la longueur du salon, sans perdre un instant la roideur convenable à tous les mouvements d’un ancien militaire, s’appuyant sur les reins et se tournant tout d’une pièce, avec ce contentement perpétuel de soi-même qui caractérise l’homme de parade et l’officier modèle. »

          Dans le rôle du prince charmant qui est loin d’en être un, on trouve Raymon de Ramière, intéressé uniquement par son rang social, incapable de prendre la moindre décision sans avoir l’avis de sa mère. Ce qui lui importe, c’est de séduire, tout d’abord Noum, la femme de chambre qu’il va conduire au suicide sans aucun regret, ni émotion.

          Ensuite son regard se tourne vers Indiana à laquelle il va faire la cour de façon éhontée, dans le seul but de la conquérir, lui promettant monts et merveilles. « Il avait cette aisance que donne une certaine expérience du cœur ; c’est la violence de nos désirs, la précipitation de notre amour qui nous rend stupides auprès des femmes. L’homme qui a un peu usé ses émotions est plus pressé de plaire que d’aimer. »

         Le troisième homme est Ralf, cousin d’Indiana, un peu plus âgé qu’elle. Il a pris soin d’elle lorsqu’ils étaient enfants et continue de la protéger. Il est médecin et veille sur le couple. Il se retranche dans une attitude froide, indifférente pour qu’on ne puisse pas se rendre compte de ses vrais sentiments. Cet homme solitaire et froid  révèle au fil du roman ses vraies qualités. « étranger dans la vie, qui passait mélancolique et nonchalant, n’ayant pas même ce sentiment exalté de son infortune qui fait trouver du charme dans la douleur. »

          La mère de Raymon est un personnage intéressant. Femme du monde, elle protège son fils, lui sauve la mise ; indulgente, elle n’en est pas moins lucide sur la valeur morale de son rejeton. « C’était une de ces femmes qui ont traversé des époques si différentes, que leur esprit a pris toute la souplesse de leur destinée, qui se sont enrichies de l’expérience du malheur, qui ont échappé aux échafauds de 93, aux vices du Directoire, aux vanités de l’Empire, aux rancunes de la Restauration ; femmes rares, et dont l’espèce se perd. »

          Un autre personnage tient un rôle important, l’île Bourbon, dont sont originaires Indiana et Ralf, et où les époux se sont connus. Les passages consacrés aux paysages et à la vie sur  cette île et son histoire sont fabuleux.

          L’histoire rappelle un peu celle de « Loin de la foule déchaînée » mais elle est, selon moi,  plus élaborée, et on ressent le combat politique de George Sand. Elle décrit très bien la société de l'époque,  la place qu'y tenaient les femmes; sans complaisance, féministe dirait-on de nos jours, elle n'a pas la langue dans sa poche et dénonce les préjugés, les convenances, l'éducation « La société ne condamne que les actes qui lui sont nuisibles ; la vie privée n’est pas de son ressort. »

          J’ai mis longtemps avant d’ouvrir un livre de George Sand, rebutée par une édition ancienne, à la couverture sinistre de « La mare au diable » qui appartenait à mon père, donc feuilletée et vite reposée… Mais, « challenge 19e siècle » oblige,  j’ai découvert un roman que je ne connaissais pas et cela valait la peine…

          Ce roman m’a beaucoup plu et j’ai apprécié l’écriture de l’auteur. Je regrette d’avoir attendu si longtemps, donc, je continuerai à explorer son œuvre

          Note : 9,4/10    

 

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L’auteur :



          
George Sand, romancière française née à Paris le 01/07/1804, a écrit des romans, des nouvelles, des contes, des pièces de théâtre, une autobiographie, des critiques littéraires, des textes politiques.


          Faisant scandale par sa vie amoureuse agitée, par sa tenue vestimentaire masculine elle adopte un pseudonyme masculin dès 1829.

           George Sand est en réalité le pseudonyme d'Amantine Aurore Lucile Dupin, plus tard, la baronne Dudevant lorsqu'elle se marie en 1822 avec le baron Casimir Dudevant, dont elle aura deux enfants.

           Outre son immense production littéraire, elle s'est illustrée par un engagement politique actif à partir de 1848, inspirant Alexandre Ledru-Rollin, participant au lancement de trois journaux : « La Cause du peuple », « Le Bulletin de la République », « l'Éclaireur », plaidant auprès de Napoléon III la cause de condamnés, notamment celle de Victor Hugo dont elle admirait l'œuvre et dont elle a tenté d'obtenir la grâce.

           Elle n'arrête pas d'écrire jusqu'à sa mort à l'âge de 71 ans, le 08/06/1876. Victor Hugo déclara à sa mort : « Je pleure une morte, je salue une immortelle ! ».

 

Extraits :

          La seule figure heureuse et caressante de ce groupe, c’était celle d’un beau chien de chasse de la grande espèce des griffons, qui avait allongé sa tête sur les genoux de l’homme assis.

 

          Vous ai-je jamais fait un reproche ? dit Mme Delmare avec cette douceur qu’on a par générosité avec les gens qu’on aime, et par égard pour soi-même avec ceux qu’on n’aime pas.

 

          Votre tristesse, ma chère amie, poursuivit sir Ralph, est un état purement maladif ; lequel de nous peut échapper au chagrin, au spleen ? Regardez au-dessous de vous, vous y verrez des gens qui vous envient avec raison. L’homme est ainsi fait, toujours il aspire à ce qu’il n’a pas...

 

          Et puis je ne sais quelle attente vague pesait sur cette âme impressionnable et sur ses fibres délicates. Les êtres faibles ne vivent que de terreurs et de pressentiments. Mme Delmare avait toutes les superstitions d’une créole nerveuse et maladive ;

 

          Ce qui est héroïsme chez l’une devient effronterie chez l’autre. Avec l’une, un monde de rivaux jaloux vous envie ; avec l’autre, un peuple de laquais scandalisés vous condamne. La femme de qualité vous sacrifie vingt amants qu’elle avait ; la femme de chambre ne vous sacrifie qu’un mari qu’elle aurait eu.

 

          En épousant Delmare, elle ne fit que changer de maître ; en venant habiter le Lagny, que changer de prison et de solitude. Elle n’aima pas son mari, par la seule raison peut-être qu’on lui faisait un devoir de l’aimer, et que résister mentalement à toute espèce de contrainte morale était devenu chez elle une seconde nature, un principe de conduite, une loi de conscience. On n’avait point cherché à lui en prescrire d’autre que celle de l’obéissance aveugle.

 

          L’amour et la dévotion, qui sont deux passions en apparence généreuses, sont les plus intéressées peut-être qui existent...

 

          Le plus honnête des hommes est celui qui pense et qui agit le mieux, mais le plus puissant est celui qui sait le mieux écrire et parler.

 

          Les hommes, et les amants surtout, ont la fatuité innocente de vouloir protéger la faiblesse plutôt que d’admirer le courage chez les femmes.

 

          On peut être homme d’esprit et faire cas du monde, de même qu’on peut être un sot et le mépriser. 

 

          Cette vie tout intérieure, ces sensations tout intimes, lui donnaient tous les apparences de l’égoïsme, et peut-être rien n’y ressemble plus que le respect de soi-même.

 

          Alors il jura, dans son dépit, qu’il triompherait d’elle ; il ne le jura plus par orgueil, mais par vengeance. Il ne s’agissait plus pour lui de conquérir un bonheur, mais de punir un affront ; de posséder une femme, mais de la réduire. Il jura qu’il serait son maître, ne fût-ce qu’un jour, et qu’ensuite il l’abandonnerait pour avoir le plaisir de la voir à ses pieds.

 

Lu en septembre 2016