Poursuivant ma découverte de Pouchkine, je vous parle aujourd’hui d’un recueil de cinq nouvelles regroupées sous le titre « Récits de feu Ivan Pétrovitch Bielkine ». J'ai lu ce texte sur liseuse via  le site Ebooks libres et gratuits.

 

Récits de feu Ivan Petrovitch Bielkine de Alexandre Pouchkine

 

A propos de ce livre: 

          En exergue sur cette édition, on peut lire : «Le coup de pistolet - La tempête de neige - Le marchand de cercueils - Le maître de poste - La demoiselle-paysanne» 1830 Traduit du russe par André Gide et Jacques Schiffrin.  Cinq très beaux contes qui illustrent le talent de ce grand auteur russe.

          Effectivement dans le manuscrit de M. Bielkine, on trouve en tête de chaque récit une note de la main de l'auteur : « Me fut raconté par un tel » (suit le grade, la condition et les initiales du prénom et du nom). Notons, pour les exégètes curieux, que Le Maître de poste lui fut raconté par le conseiller titulaire A. G. N. ; Le Coup de pistolet, par le lieutenant-colonel I. P. L. ; Le Marchand de cercueils par le commis B. V. ; La Tempête de neige et La Demoiselle-paysanne, par Mlle K. I. T.

 

Ce que j’en pense

 

          Il s’agit de petites histoires qui ont été racontés par un auteur appelé Ivan Pétrovitch Bielkine dont la préface nous retrace la brève biographie. « Ivan Pétrovitch était de taille moyenne, avait des yeux gris, les cheveux blonds, un nez droit, le teint clair, le visage maigre. »

         Ces histoires sont au nombre de cinq et je les ai trouvées assez inégales. Dans « Le coup de pistolet », il s’agit d’un homme qui s’entraîne à tirer sur tout ce qui bouge, y compris les murs de sa maison, visant le tir parfait pour mettre enfin un terme à un duel avorté : il avait refusé de tirer sur son adversaire car celui-ci ne prenait pas le duel au sérieux et s’était présenté, mangeant nonchalamment des cerises. Le héros s’entraîne pour terminer enfin ce duel.

           Dans « La tempête de neige », nous avons deux amoureux qui veulent se marier en secret et se perdent à cause du mauvais temps… une jolie petite histoire avec une fin inattendue.

         « Le marchand de cercueils », est assez cocasse : un homme qui ne pense qu’à enterrer ses comparses pour leur fabriquer un cercueil, qui est socialement très grincheux et se retrouve invité chez un voisin et il s’ensuit une soirée alcoolisée lui laissant une gueule de bois mémorable avec un cauchemar très drôle, où l’on voit batifoler les morts…

          Le maître de poste est ma préférée car elle décrit le quotidien d’un homme qui assure le relais de poste et se fait  plus ou moins accablé de reproches par les clients (retard dans l’équipement des chevaux, certains mieux élevés dans la société qui ont des passe-droits… sa jolie fille étant le rayon de soleil de chacun, lorsqu’un jour un beau jeune homme arrive… elle décrit de manière très poétique la dureté du travail et la détresse de cet homme, à la recherche de sa fille.

         Enfin, nous avons « La demoiselle paysanne », où l’auteur nous raconte une histoire d’amour un peu tirée par les cheveux, un peu à la « Roméo et Juliette », où l’héroïne se travestit en paysanne pour approcher le fils du voisin et bien-sûr les parents se détestent.

          J’ai eu du mal à rédiger cette chronique car je ne savais pas par quel bout l’attraper, les nouvelles n’ayant pas un thème commun qui pourrait les relier… l’auteur nous décrit bien la société de l’époque, la situation des serfs, les inégalités et surtout on retrouve cette fascination pour le duel en ce temps-là et l’auteur lui-même y laissa la vie.

          On reconnaît la poésie de l’écriture d’Alexandre Pouchkine, mais les textes ont pris un coup de vieux… J’ai pris du plaisir à les lire mais sans plus.

          Note : 7/10

 

Extraits

 

          Cela lui fit un tort extraordinaire dans l'opinion de la jeunesse. La couardise est la chose que les jeunes gens excusent le moins, car ils voient d'ordinaire dans le courage le mérite suprême et l'excuse de tous les vices. Cependant peu à peu tout fut oublié, et Silvio se ressaisit de son prestige.

 

          Mais, depuis la malheureuse soirée, je ne pouvais cesser de penser à cette tache faite à son honneur, tache qu'il négligeait volontairement de laver, et qui m'empêchait de me conduire avec lui comme autrefois ; j'avais honte de le regarder. Silvio était trop intelligent et trop fin pour ne pas s'en apercevoir et ne pas deviner les raisons de ma réserve.

 

          « Si nous ne pouvons respirer l'un sans l'autre et si la volonté de parents cruels s'oppose à notre félicité, ne devons-nous pas passer outre ? »

          Les proverbes sont particulièrement utiles dans les cas où, de nous-mêmes, nous ne trouvons pas grand-chose pour nous justifier.

 

         Tout lecteur éclairé sait que Shakespeare et Walter Scott présentent les fossoyeurs comme des gens hilares et facétieux, afin de frapper notre imagination par ce contraste. Le respect de la vérité nous retient de suivre leur exemple et nous force d'avouer que le caractère de notre marchand de cercueils répondait parfaitement à sa macabre profession. 

 

         Ça, c'est vrai ! dit Adrien. Un vivant qui n'a pas de quoi se payer des bottes peut bien, ne vous déplaise, aller pieds nus ; mais le plus gueux des morts aura son cercueil, qu'il le paie ou non. »

 

       Le voyageur se venge sur le maître de poste de tout le dépit amassé pendant un trajet fastidieux. Le temps est-il désagréable, les chemins sont-ils mauvais, le postillon têtu, les chevaux paresseux, la faute en est au maître de poste.

 

         Mais non ! On ne conjure pas le malheur ; personne n'évite sa destinée. »

         Puis il se mit à me conter son chagrin. 

 


          Ceux de mes lecteurs qui n'ont jamais vécu à la campagne ne peuvent imaginer le charme des jeunes filles de province ! Élevées au grand air à l'ombre des pommiers de leurs jardins, elles ne connaissent le monde et la vie que par les livres. La solitude, la liberté et la lecture développent promptement en elles des sentiments et des passions qu'ignorent nos beautés frivoles. Un son de clochette devient pour elles une aventure ; un voyage dans la ville voisine fait époque dans leur vie ; le passage d'un hôte laisse un souvenir durable et parfois éternel. 

 

 

Lu en septembre 2016