Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’avais envie de lire depuis très, très longtemps et voilà :

 

Le manteau suivi de Le nez de Gogol

 

Résumé

 

          Ce livre est constitué de deux nouvelles. Tout d’abord « Le manteau » nous raconte la vie de tous les jours d’un fonctionnaire modèle, Akaki Akakiévitch Bachmatchkine dont le travail consiste à recopier du matin au soir des documents et dont la vie va être bouleversée lorsqu’il se trouve obligé de remplacer son manteau usé.

          Dans « Le nez », on assiste à l’aventure du major Koliakov qui se retrouve un matin privé de son nez qui est son plus bel ornement. Et de façon burlesque, on retrouve ce nez dans le pain de son barbier coiffeur puis le nez va se pavaner en ville dans l’uniforme d’un conseiller d’état.

 

Ce que j’en pense :

 

          Gogol nous raconte à travers deux nouvelles quelle est la vie des fonctionnaires, leurs actes répétitifs, souvent dépourvus d’intérêt, mais aussi leurs aspirations et ce qu’il peut arriver quand un imprévu vient se mettre dans les rouages d’une machine bien huilée.

          J’ai beaucoup aimé Arkadi, son zèle, son application dans la calligraphie, mais aussi sa solitude car tout le monde l’ignore ou se moque de lui notamment de son manteau usé. Comment faire pour pouvoir en acheter un neuf, aller affronter le couturier, discuter le prix. Gogol nous montre ainsi que, contrairement à l’adage, l’habit fait le moine.

         Il nous décrit bien cette société bureaucratique et hiérarchisée  de l’époque, car il la connaît de l’intérieur puisqu’il a été lui-même fonctionnaire,  mais est-ce que cela a beaucoup changé ? « C’est la marche ordinaire des affaires dans notre sainte Russie. Le désir de faire comme les hauts fonctionnaires fait que chacun singe les manières de son supérieur. 

 

          Dans « Le nez », on est dans un tout autre registre : le domaine de l’absurde avec ce nez qui voyage dans un pain, puis est incarné dans un conseiller d’état.  Gogol nous fait toucher du doigt, l’apparence, ce qui fait qu’un homme est important ou non dans la société, comment faire pour retrouver son identité (son « entièreté » plutôt) avec des épisodes hilarants comme la rédaction d’une annonce dans un journal pour retrouver le nez. Que vont penser les autres ? On ne peut décemment pas se montrer sans son appareil.

          Je précise que j’ai lu ce livre sur ma liseuse, que je traîne avec moi dans les salles d’attente, entre autres car cela pèse moins lourd qu’un livre. J’ai commencé à lire « Le nez », en attendant mon tour chez ma rhumato, toujours en retard, et le spectacle devait être comique car je ne pouvais pas m’empêcher de sourire, puis rire le plus discrètement possible, (on imagine si c’était la salle d’attente d’un psy  ou s’il y avait des caméras cachées…)

          L’auteur nous propose une très belle critique de la société, « Mais la Russie est une terre si bizarre, qu’il suffit de dire un mot sur un assesseur quelconque, pour que tous les assesseurs, depuis Riga jusqu’au Kamtchatka, y voient une allusion à eux-mêmes. Ceci s’applique du reste à tous les grades, à tous les rangs. » en usant d’artifices sinon il se serait mis en danger à l’époque. Son écriture est belle, j’aime le rythme de l’écriture, les dialogues, Saint-Pétersbourg et les rues sombres le soir…

          C’est le premier livre de Gogol que j’ouvre ; je viens à peine de le terminer et il me manque déjà. J’ai donc téléchargé d’autres nouvelles, avant d’entamer « les âmes mortes » ou « le Revizor »

          Bref, un coup de foudre pour cette œuvre magistrale ;  ce n’est un secret pour personne, je suis passionnée par les auteurs du XIXe et la liseuse, c’est quand même bien pratique pour les œuvres libres de droits.

          Note : 9,5/10

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L’auteur :

 

          Né en Ukraine en 1809, Nicolaï Vassiliévitch Gogol (en russe : Николай Васильевич Гоголь) est un prosateur, dramaturge, poète, critique littéraire et publiciste russe d'origine ukrainienne.

          Il publie en 1829 un poème romantique éreinté par la critique dont il va brûler tous les exemplaires et ne reparlera jamais.

          Gogol s'installe à Saint-Pétersbourg en 1828 où il occupe des emplois administratifs dans des ministères et commence à publier des nouvelles. Il y rencontre Pouchkine qui l'encourage à écrire.

          Il publie alors le recueil « Arabesques », qui contient notamment La Perspective Nevski, Le Portrait et Le Journal d'un fou et le recueil « Mirgorod », où l'on trouve le conte fantastique Vij et une première version de « Tarass Boulba ».

          Puis il se lance dans le théâtre avec « Le Révizor »  et son oeuvre majeure : "Les Âmes mortes", dont le sujet lui a été confié par Pouchkine qu'il admire toujours.

         A partir de 1841, il bascule dans une exaltation religieuse et messianique. Il publie sa nouvelle « Le Manteau » en 1843. Après des séjours prolongés en Europe occidentale, il disparaît de la scène littéraire russe et, à son retour, en 1846, ses écrits obscurantistes et moralisateurs ne plaisent pas. Très abattu, il est sujet à des crises dont il succombera à l'âge de 42 ans.

 

 

Extraits :

 

          «Le manteau » 

          Le jeune homme cacha son visage dans ses mains et il songea combien il y a dans le cœur de l’homme peu de sentiments vraiment humains, et combien la dureté et la rudesse est le propre de ceux qui ont reçu une bonne éducation, même de ceux qui passent généralement pour bons et estimables.

 

          Nulle part on n’eût trouvé d’employé qui remplît ses devoirs avec autant de zèle que notre Akaki Akakievitch. Que dis-je, zèle, il travaillait avec amour, avec passion. Quand il copiait des actes officiels, il voyait s’ouvrir devant lui un monde tout beau et tout riant. Le plaisir qu’il avait à copier se lisait sur son visage.

 

          Dans ces moments de récréation et de répit, Akaki Akakievitch restait fidèle à ses habitudes. Personne n’eût pu dire qu’il l’avait rencontré rien qu’une fois le soir en société. Quand il était harassé de copier et n’en pouvait plus, il se couchait et songeait aux joies du lendemain, aux belles copies que le bon Dieu pourrait lui envoyer à faire.

 

          Mais comme beaucoup de fonctionnaires hautains, il n’avait du héros que l’apparence extérieure, et en ce moment il était dans une situation qui lui inspirait des craintes sérieuses pour sa santé.

 

          «Le nez »

 

          Une voiture avait fait halte devant le perron : la portière s’ouvrit, un monsieur en uniforme sauta en bas de la voiture et monta rapidement l’escalier. Quelle ne fut donc pas la terreur, et en même temps la stupéfaction de Kovaliov, lorsqu’il reconnut chez ce monsieur son propre nez !

 

          Il n’y avait donc rien d’étonnant à ce que bientôt on en vint à dire que le nez de l’assesseur de collège Kovaliov se promenait tous les jours, à trois heures précises, sur la Perspective de Nievsky. L’affluence des curieux était tous les jours énorme.

 

          Mais rien n’est durable dans ce monde, et c’est pourquoi la joie est moins vive dans l’instant qui suit le premier, s’atténue encore dans le troisième, et finit par se confondre avec l’état habituel de notre âme, comme le cercle que la chute d’un caillou a formé sur la surface de l’eau finit par se confondre avec cette surface.

 

          Mais ce qui est le plus étrange et le plus incompréhensible, c’est que les auteurs puissent choisir des sujets pareils pour leurs récits. Cela, je l’avoue, est tout à fait inconcevable ; cela, vraiment… non, non, cela me dépasse.

 

Lu en septembre 2016