Aujourd’hui,  place à la détente,  à l’émotion et au rire même avec Marie-Sabine Roger :

 

bon retablissement de Marie Sabine Roger

 

Résumé

 

          C’est l’histoire de Jean-Pierre Fabre, soixante-sept ans hospitalisé avec de multiples fractures après avoir été projeté dans la Seine par un chauffard. Il est seul, veuf et reçoit peu de visite : son frère avec lequel les relations sont froides, le jeune homme qui est venu à son secours, lors de l’accident, le policier qui mène l’enquête…

          Jean-Pierre, vieux ronchon, a oublié l’accident et tout ce qui s’y rapporte. Il va partir à la recherche de cette mémoire oubliée en écrivant ses souvenirs : enfance, mariage… sur son précieux Notebook qu’une jeune adolescente essaie de lui emprunter de temps en temps.

 

Ce que j’en pense :

 

          J’aime bien les romans de Marie-Sabine Roger en général car l’écriture est légère et assez drôle, donc après « trente-six chandelles » et « la tête en friche », pourquoi ne pas essayer « bon rétablissement » dont la version cinéma, avec entre autres, Gérard Lanvin, m’avait plu, mais sans plus car trop caricatural à mon goût .

          Ce héros, bourru, bougonnant sans cesse, abrupt dans ses propos,  est assez sympathique, donc on suit son parcours avec plaisir car il a eu la même vie que nous tous, les mêmes désirs, les mêmes souffrances, les mêmes désillusions. Il est revenu de tout, comme on peut l’être à son âge, quand on est veuf, sans enfant, retraité.

          Et bien-sûr, son accident va le faire réfléchir. Il découvre l’univers hospitalier (qui n’est l’est pas tellement, « hospitalier ») avec le grand patron, fier de son travail de « réparateur de fractures » qui fait sa visite et parade devant ses étudiants, (cela me rappelle tellement de souvenirs…) pour lequel le patient est réduit à un diagnostic, il n’est plus un homme souffrant d’un poly-traumatisme, il est « le poly-traumatisme », tellement réduit à l’état de meuble qu’on oublie toujours de fermer la porte…

          Mine de rien, toujours par l’humour, Marie-Sabine Roger décrit très bien cette absence d’empathie devant le patient souffrant.

          J’ai bien aimé les chapitres dans lesquels Jean-Pierre raconte la stérilité et le parcours difficile, les traitements, tous les charlatans qu’on peut être tenté de consulter : « Elle (Annie) a consulté des voyantes, des gourous, des magnétiseurs ; elle s’est fait poser des pierres de couleurs sur le ventre ; on lui a ouvert les chakras et planté des aiguilles le long des méridiens… elle a gobé des cachets, des gélules, des promesses, qui, comme chacun le saint, n’engagent que ceux qui y croient. »

           Mais aussi, les moments de désespoir quand elle pensait être enceinte et que…, et la douleur de ne pas pouvoir être mère avec ce que cela peut induire dans le couple. Cela m’a aussi rappelé des souvenirs…

          Ce livre est drôle, tout est tourné en dérision, le personnage est souvent « lourdingue », « Je n’y peux rien, j’ai un tempérament de cheval de labour, j’ai besoin de tirer mon soc et de peiner un peu pour savoir que j’existe. Il me faut de l’air, de l’espace. De l’occupation », et à la fois touchant car il ne se prend pas pour le centre du monde,  on le voit évoluer, perdre certains a priori, sur la société actuelle vue de son « grand âge » : immobilisé on a le temps de réfléchir et de s’ouvrir aux autres, découvrir la dureté du monde actuel, la précarité, les dérives de la religion, les réseaux sociaux…

          Il y a des phrases que j’aime beaucoup : « Chez moi, je n’ai pas de miroir, à part celui de la salle de bains, au dessus du lavabo. Je n’éprouve pas vraiment le besoin de me voir. Je forme avec moi un trop vieux couple. L’enchantement narcissique est passé. »,  parmi  tant d’autres… (Voir le florilège ci-dessous)

          Un bon moment de lecture, facile car les phrases sont courtes, le rythme enlevé, les bons mots et l’autodérision bien maniés, avec justesse et sans caricature. Ce roman va rester dans ma tête car les problèmes soulevés me touchent au propre et au figuré (et touche chacun d’entre nous), il est parfois jouissif et je le relirai sûrement ; ce n’est pas une bluette qu’on oublie aussitôt la dernière page tournée.

          Même si elle n’est pas Balzac, Maupassant ou Tolstoï (pardon à ceux que je ne cite pas) Marie-Sabine Roger me plaît assez, elle joue quand même dans une autre catégorie de Gilles Legardinier que j’ai égratigné au passage, il y a quelque temps.

          Note : 7,3/10

 

Bande-annonce : Bon Rétablissement ! - VF

L’auteur :

 

          Marie-Sabine Roger est née le 19 septembre 1957 à Bordeaux

          Publiée pour la première fois en 1989 en littérature jeunesse, Marie-Sabine Roger n'a pas cessé d'écrire depuis, dans des registres très variés, albums et romans jeunesse, romans pour grands adolescents et adultes, nouvelles et romans pour adultes, et plus récemment, collaboration à des scénarios pour le cinéma, avec Jean Becker.

          On lui doit entre autres : « la tête en friche », « Bon rétablissement » et plus récemment « trente-six chandelles »

 

Extraits :

 

          Je me suis réveillé en réanimation, polytraumatisé, ce qui ne manque pas de panache, et veillé par un flic qui avait l’air soucieux.

          Penser est une opération malsaine que je préfère éviter, dans la plupart des cas. D’autant qu’ici, faute d’échappatoire, mes réflexions tournent autour de mon nombril comme un hamster flippé court autour du moyeu de sa roue. Moi, moi, ma vie, mon œuvre.

 

          Il faut dire que l’hôpital, ça fait considérer la vie sous d’autres perspectives. Des perspectives pas très bandantes telles que la souffrance, l’agonie ou la mort, qui mettent mal à l’aise, en principe. Sauf, peut-être, les médecins légistes, qui doivent s’exciter comme des frénétiques et jouir discrètement dans les angles des murs lorsqu’ils traversent en fraude le service réa.

 

          L’espoir, c’est bon pour les rêveurs et les adolescents. Moi, j’ai des souvenirs. A mon âge, c’est plus sûr qu’avoir des ambitions.

 

          L’espoir fait surtout vivre ceux qui en tirent profit.

 

          C’est étonnant comme la vieillesse peut rendre un homme tolérant.

 

          Il m’arrive parfois de verser ma larmette. C’est de l’incontinence de mémoire, de l’énurésie de sentiment. 

 

          La gratitude naît de l’humanité que les gens vous témoignent, rarement de leur excellence. Ce chirurgien est aussi chaleureux qu’un frigo et m’inspire autant d’affection. Mais, je présume qu’il s’en fout, ce dont je ne peux lui en vouloir.

 

          « Bon rétablissement », quelle formule à la con ! J’ai l’impression d’être un gymnaste, je m’attends à ce qu’on m’applaudisse. Un petit salto vrillé, une roulade élevée, est-ce que ça vous irait ?

 

 

Lu en septembre 2016