Place aujourd’hui au T4 de cette belle pentalogie avec « Wasurenagusa », myosotis en japonais.

Le poids des secrets T4 Wasurenagusa

 

 

Résumé

 

          Seul en Mandchourie, Kenji Takahashi pense au passé, son enfance, sa nounou Sono, rejetée par sa mère qui la considérait de race inférieure. Il la voyait toujours en cachette jusqu’à ce qu’un jour elle parte.

          Kenji va nous raconter son enfance, sa famille, l’échec de son premier mariage, sa rencontre avec Mariko et Yukio, alors qu’il répare le toit de l’église que nous connaissons bien, et leur mariage…

 

Ce que j’en pense :

 

          Depuis que j’ai entamé cette pentalogie, je me suis attachée à Kenji, ce personnage qui semble tellement effacé, et surtout tant souffrir, être si triste et j’attendais avec impatience le tome qui lui était consacré.

          Aki Shimazaki  parle très bien de cette société aux codes rigides, les nobles qui doivent avoir un héritier sans mésalliance pour que la lignée perdure, la souffrance de la stérilité masculine qui est inenvisageable, c’est forcément la faute de la femme. En gros, on autorise même le mari à avoir des concubines pour avoir un héritier à tout prix.

          Kenji subit un mariage arrangé, qui se termine forcément mal vu l’autoritarisme de sa mère : il n’a aucun souvenir heureux de sa mère, c’est Sono, la nounou qui était là pour s’occuper de lui jusqu’à ce qu’elle se fasse remercier (virer serait plus adapté). Il ne la verra qu’en cachette et on sent qu’un lien étroit les unit.

          C’est son amour pour Mariko qui va lui donner le courage de couper définitivement les ponts avec sa mère castratrice; elle a régenté le premier mariage mais cette fois-ci, les sentiments sont là et il ne se laisse pas manipuler. La scène décrivant la réaction de la mère lorsque Kenji révèle sa stérilité est d’anthologie…

          La façon dont Aki Shimazaki  parle des enfants naturels, de la stérilité et de l’adoption me plaît, de même la manière dont elle décrit les vieux bâtiments qui remontent à l’ère Meiji, où les tombes au cimetière, leurs inscriptions si particulières. Son écriture est belle, simple mais envoûtante et on parcourt ainsi ce Japon mystérieux où l’Histoire et les histoires s’entremêlent, à la découverte des coutumes et du fonctionnement de sa société un peu difficile à imaginer et à comprendre pour les Occidentaux.

          J’ai aimé la poésie de la rencontre avec Mariko, il l’aperçoit avec ses myosotis et le charme agit et la sensibilité de Kenji, la manière dont il aborde les autres me touche beaucoup. De plus, l’auteur choisit le myosotis, symbole du souvenir ( « Ne m’oubliez pas dans d’autres langues en japonais « Wasurenagusa », en anglais, « Forget me not »,  en russe незабудка  « Niezabudoka » …)   comme titre pour ce tome qui est une véritable ode aux souvenirs.  

          Cette manière de faire monter en puissance les différents secrets qui touchent tous les personnages, les répétitions des scénarios de vie, la façon dont les destins et les révélations s’entremêlent, chacun détenant et confiant un petit fragment, tout cela me plaît beaucoup.

          Note : 9/10

 

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L’auteur :

 

          Née, en 1954 à Gifu au Japon, Aki Shimazaki  a émigré au Canada en 1981  où elle passe ses premières années à Vancouver, travaillant pour une société d’informatique, puis Toronto et vit à Montréal depuis 1991.

          Elle est l’auteur d’une pentalogie intitulée « Le Poids des secrets »,

          On lui doit également une deuxième pentalogie « Au cœur du Yamato », et une nouvelle série romanesque est en cours.

 

 

Extraits :

 

          J’ai essayé de choisir des extraits qui révèlent peu de choses afin de ne pas « spoiler »

 

          Ma mère était contente que je ne pleure plus. Mon père lui dit : « Tout ça, c’est grâce à Sono, qui est bonne avec les enfants. » Pourtant, ma mère lui dit : « Elle est d’origine douteuse. Elle ne convient pas à notre famille. » Comme j’étais encore petit, je ne comprenais pas ce qu’elle voulait dire. Néanmoins, il me sembla que les mots « d’origine douteuse » étaient très négatifs. Sono ne revint plus jamais chez nous quand ma mère eut besoin d’une nurse pour moi.

 

          … quand je pense aux catholiques qui ont défendu leur foi, quoi qu’il arrive, je ne peux m’empêcher de reconnaître mon point faible. Le mot « résistance » me pique le cœur.

 

          Ma mère était tout le temps frustrée. Elle m’aimait comme si elle tentait de compenser l’amour qui lui manquait. Cela me suffoquait, mais je ne pouvais que le supporter. Encore aujourd’hui, les choses n’ont guère changé entre nous, ni entre mes parents.

 

          Sono est la seule personne avec qui je puisse parler de ma situation difficile : ma responsabilité d’héritier, ma stérilité, ma rencontre avec une orpheline qui a un fils naturel, ma difficulté à convaincre mes parents. Sono me manque.

 

          Ma femme dit que les hirondelles lui rappellent le prêtre étranger qui s’occupait des orphelins comme s’il était leur vrai père. Les paroles qu’il m’a adressées avant mon mariage avec Mariko étaient celles d’un parent qui voulait protéger son enfant de ses malheurs passés et lui souhaitait du bonheur du fond du cœur.

 

Lu en août 2016