Je suis vraiment bien installée dans cette pentalogie, je n’arrive plus à m’arrêter. Voici donc le T3 :

 

Le poids des secrets T3 Tsubamé Aki Shimazaki

 

Résumé

 

          Les Japonais ont fait main basse sur la Corée, et la mère et l’oncle de la petite Yonhi Kim, qui ont pris part au mouvement indépendantiste sont obligé de fuir, car un politicien japonais a été assassiné à Harbin et la chasse aux sorcières s’intensifie parmi les activistes. Nous sommes en 1909 et Yonhi a deux ans. Ils sont obligés de quitter la ville et s’enfuient au Japon.

          Sa mère lui raconte des bribes de leur histoire, elle veut savoir qui est son père, mais la catastrophe approche, les rats ont disparu, il fait anormalement chaud, les fruits sont en avance et soudain c’est le tremblement de terre de 1923, qui va tout dévaster et faire plus de cent quarante mille morts. Pour survivre, Yonhi Kim devient va devenir la Japonaise Mariko Kanazawa.

          Elle est confiée par sa mère à un prêtre et se réfugie dans le mutisme…

 

 

Ce que j’en pense :

 

          Dans ce roman, c’est Mariko, la mère de Yukio, qui raconte son histoire et j’ai beaucoup aimé, encore plus que les deux premiers tomes…

          Cette femme, Yonhi Kim, obligée d’abandonner son nom coréen à cause de la guerre, où un Coréen est inférieur dans l’esprit d’un Japonais (cela vous rappelle quelque chose n’est-ce pas ? vous savez, un certain Adolf et l’Allemand pur, Arien de bonne souche…) de prendre  un nom japonais et de taire à tout jamais son passé, alors que ses parents ont été des héros, mais resteront inconnus…

          Yonhi Kim, donc que sa mère a rebaptisée Mariko (en hommage à la vierge Marie et au Christ) qui va subir le tremblement de terre, puis aura un enfant, que nous connaissons bien Yukio, et sera condamnée à l’illégitimité toute sa vie : « J’ai écrit dans la lettre que ton nom est Mariko Kanazawa. Ne prononce ton véritable nom, Yonhi Kim, devant personne ».

          Je m’étais déjà attachée à cette femme lors des premiers tomes, mais dans celui-ci, on la découvre en profondeur, à la recherche de son passé, cherchant à savoir qui est son père, ce qui sera la quête de son existence, traversant deux tragédies, le séisme puis la bombe sur Nagazaki.

          On retrouve les haines entre Japonais et Coréens, les insultes et les discriminations dont ils sont l’objet et le carcan de la société japonaise de l'époque. On en apprend plus sur le rôle de l’Eglise et surtout celui du prêtre que l’on surnomme l’hirondelle : Tsubamé.

          Aki Shimazaki sait transcrire la souffrance de cette enfant illégitime, qui va reproduire le même scenario en ayant plus tard un enfant naturel et on comprend mieux son attitude lors des premiers tomes : comment vivre et survivre quand on a non seulement pas eu de père mais également perdu son identité en route.

          La Corée, elle n’en parlera jamais, même à son mari,  pour qu’il n’y ait pas de conséquences sur sa famille. « La discrimination est toujours là. Avoir du sang coréen cause des soucis insolubles. Je ne pourrai jamais avouer l’histoire de mon origine à mon fils et à sa famille. Je ne veux absolument pas que notre vie en soit perturbée. »

          Comme les migrants de nos jours, avec l’exil, on perd son pays, son identité, ses proches, son travail, son statut social, on n’est pratiquement plus rien et il faut tout recommencer.

          Il y a encore beaucoup de poésie dans ce texte, avec l’importance particulière de la nature, des fleurs : le camélia Tsubaki (le prénom de sa petite fille) les myosotis, les campanules, la colline aux gentianes, la façon dont les hirondelles (Tsubamé) font leurs nids, forment leurs couples…

          Peu à peu, des secrets se découvrent, comme les pétales d'une marguerite qu'on effeuille, et on s’attache encore plus à tous ces personnages qu’on a hâte de retrouver.

          Note : 9/10

 

 

L’auteur :

 

Née, en 1954 à Gifu au Japon, Aki Shimazaki  a émigré au Canada en 1981  où elle passe ses premières années à Vancouver, travaillant pour une société d’informatique, puis Toronto et vit à Montréal depuis 1991.

Elle est l’auteur d’une pentalogie intitulée « Le Poids des secrets »,

On lui doit également une deuxième pentalogie « Au cœur du Yamato », et une nouvelle série romanesque est en cours.

 

 

Extraits :


          Nous sommes tombés dans la misère à cause de la colonisation japonaise. Mais n’oublie pas que nous sommes de bonne souche. »

          En Corée, ma mère était professeur d’enseignement ménager dans un collège pour filles. Mon oncle était écrivain et journaliste.

 

          Ma mère travaille comme balayeuse. Elle fait le ménage dans une maison de riches. Lorsque j’étais encore trop petite pour rester seule à la maison, je la suivais au travail. Dans la maison du patron, il y avait des enfants. Je ne jouais jamais avec eux. Les parents leur interdisaient de m’adresser la parole.

 

          En Corée, elle et mon oncle avaient pris part au mouvement d’indépendance. Les Japonais avaient voulu coloniser la Corée le plus tôt possible. Et en 1909, deux ans avant ma naissance, un politicien japonais très important avait été assassiné à Harbin par un patriote coréen. Autour de ma mère et de mon oncle, la répression contre les activistes est devenue alors de plus en plus sévère. L’année suivante, les Coréens ont perdu leur pays. Mon oncle a été interdit de publication. Ma mère a dû cesser de travailler à l’école. Mes grands-parents avaient été souvent convoqués par les Japonais à leur propos. Ma mère et mon oncle ont dû quitter la ville, mais ils ne savaient pas où aller.

 

          La neige tombe en légers flocons. Le prêtre finit de laver les daïkon et jette l’eau du seau au coin du jardin. Ensuite, il apporte un gros morceau de bois devant la clôture et le fend avec une hache. Son vêtement noir et long s’agite chaque fois qu’il brandit la hache. Madame Tanaka ajoute en souriant :

        Tu sais, Mariko, nous les femmes, nous l’avons surnommé « monsieur Tsubame  ».

 

          Allongée sur l’herbe, je regarde le ciel. Un couple d’hirondelles passe au-dessous des nuages blancs. Elles sont revenues de leur pays chaud. L’une suit l’autre à la même vitesse. Elles volent haut, ensuite très bas au ras du sol. Elles remontent et se perchent un moment sur le toit d’une maison. Je me dis : « Si on pouvait renaître, j’aimerais renaître en oiseau. »

 

         Rien n’est plus précieux que la liberté.

 

 

Lu en août 2016