Décidément, je dévore cette pentalogie à une allure vertigineuse. Voici le deuxième tome : « Hamaguri ».

 

Le poids des secrets T 2 Hamaguri de Aki Shimazaki

 

Résumé

 

           Yukio joue dans le parc avec Yukiko, sous le regard d’un couple. Ils ont cinq ans et quelque mois à peine les séparent. De loin, on dirait des jumeaux avec leurs parents. Or, on sait qu’il n’en est rien car l’un est l’enfant illégitime et l’autre la fille biologique de l’homme et la femme n’est pas sa mère.

         Ils se promettent de se marier plus tard et scellent ceci en cachant un papier où leurs prénoms sont écrits dans une palourde dont ils ont réunies ainsi les deux moitiés.

          La mère de Yukio se marie et ils partent à Nagasaki pour tenter de construire une autre vie. Les deux enfants se retrouvent plus tard, à l’adolescence mais ne se reconnaissent pas, le père de Yukio ayant déménagé avec sa famille officielle pour venir vivre juste à côté de leur maison.

 

Ce que j’en pense :

 

          Dans ce tome 2, l’auteur aborde l’histoire vue par Yukio, le demi-frère de Yukiko et on se rend compte que les ressentis sont différents ; peu à peu, on entre dans les profondeurs de ces secrets de famille, d’autres éléments jaillissent et éclairent l’histoire d’une autre manière.

          On assiste à la quête de l’identité de ce petit garçon qui souffre de la présence atypique du père : il joue dans le parc avec lui et sa fille mais il ne sait rien d’elle des liens de parenté et le père ne vient le voir qu’en cachette, sa mère préparant un bon dîner mais qui parfois ne sera pas manger car il n’est pas venu. Le drame de l’enfant illégitime (et de la compagne illégitime) dans cette société japonaise ritualisée, fermée, avec ses codes, est encore une fois bien analysée.

          Toute sa vie, il va être à la recherche de ce père, qu’il appelle « Ojisan » (monsieur ou oncle) à la recherche aussi de la petite fille du parc qui voulait l’épouser plus tard, et leur gage de fidélité sous la forme d’un Hamaguri, palourde japonaise dont les deux moitiés sont strictement identiques, il n’y a jamais une autre moitié qui peut s’imbriquer. Dans la palourde ils ont écrit leur nom. Les deux coquilles sont complémentaires comme le sont les deux enfants.

          Il va aussi être en quête de Yukiko qu'il désigne sous le terme :ELLE. ELLE m’a dit : « Chez les hamaguri, il n’y a que deux parties qui vont bien ensemble. »

          Le discours est moins énergique que celui de Yokiko. Yukio donne plus l’impression de subir, comme si le fait d’être un enfant illégitime le mettait en infériorité, diminuait la confiance en lui. C’est un enfant triste et rêveur, maltraité par les enfants plus grands qui le traite de bâtard et il  subit sans se plaindre. L’auteure décrit très bien la relation avec sa mère, à laquelle on s’attache de plus en plus, alors que le père n’est que lâcheté, irresponsabilité,  ne se préoccupant que de lui-même.

          Par contre, le père adoptif, Monsieur Takahashi, est beaucoup plus sympathique pour le lecteur car il est l’inverse : il a dû rompre avec sa famille car c’est une mésallianc e, les parents voulant régenter le mariage.« Vous êtes d’origine douteuse, n’est-ce pas ? »  a  dit sa mère. Mais, il tient bon et adopte même Yukio.

         J’ai bien aimé la façon dont l’auteure a utilisé la palourde pour exprimer le statut de ces deux enfants, leur complémentarité, leur similitude comme un miroir, les sentiments troubles qui les unissent comme un interdit perçu intuitivement, ainsi que l’effet du coquillage oublié ressorti par la mère de Yukio, qui va faire remonter des souvenirs oubliés.

          Encore beaucoup de poésie dans ce roman et j’aime toujours autant l’écriture fluide de l’auteure, et la couverture est encore une fois somptueuse comme le récit.

          Note : 8/10

 

 

L’auteur :

 

          Née, en 1954 à Gifu au Japon, Aki Shimazaki  a émigré au Canada en 1981  où elle passe ses premières années à Vancouver, travaillant pour une société d’informatique, puis Toronto et vit à Montréal depuis 1991.

          Elle est l’auteur d’une pentalogie intitulée « Le Poids des secrets »,

          On lui doit également une deuxième pentalogie « Au cœur du Yamato », et une nouvelle série romanesque est en cours.

 

 

Extraits :

 

          Après le dîner, quand il fait beau, nous nous rendons directement au parc près de chez nous. Si ELLE est déjà là avec son père, ma mère me laisse avec eux et rentre à la maison ou va faire des courses, ELLE et moi jouons jusqu’à ce que ma mère vienne me chercher.  Je crois que le père d’ELLE est un ami de ma mère. Je l’appelle ojisan. Il vient chez nous de temps en temps. Je ne sais pas où ELLE et son père habitent, car ma mère et moi n’allons jamais chez eux.

 

          Mais c’est un pays comme la Corée, dont l’armée japonaise s’est emparée. On oblige les Coréens à changer leur propre nom en japonais et à apprendre le japonais. Tu m’as dit que l’armée avait massacré beaucoup de Coréens qui avaient participé au mouvement de l’indépendance. On doit y haïr les Japonais. C’est dangereux.

 

          La lecture enrichit l’esprit. Il ne faut pas arrêter de lire à cause de la guerre.

 

          Je ne pense pas à la vie après la mort. Je crois que la mémoire disparaît au moment de la mort.

 

          Quelqu’un me disait, quand j’étais encore jeune, que j’avais des yeux nostalgiques comme ceux de ma mère. Qui me le disait ? 

 

          Ces images sont gravées si profondément dans ma mémoire que jamais elles n’ont pâli avec le temps.

 

          Je me demande : « Où est ma petite sœur ? Où est mon vrai père ? Sont-ils encore vivants ? » Ces questions me reviennent, sans cesse.

 

          C’était la dernière fois que ma mère avait vu sa mère. Son oncle non plus n’était pas revenu. À partir de ce jour, ma mère est devenue orpheline. C’est une enfant naturelle, comme moi.

 

Lu en août 2016