Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai envie de lire depuis quelques temps, alléchée par les critiques de mon site de lecture préféré:

 

le poids des secrets T1 Tsubaki de Aki Shimazaki

Résumé

 

          Après le décès de sa mère, Yukiko, rescapée de la bombe tombée sur Nagasaki, Namiko reçoit des mains du notaire deux lettres, la première racontant son enfance, lui est adressée tandis qu’elle est chargé de retrouvé un homme auquel elle doit donner la seconde lettre.

          Yukiko raconte ce qu’à été son enfance, à Tokyo puis dans la banlieue de Nagasaki, sa vie de tous les jours, le copain avec lequel elle jouait petite fille et qu’elle a retrouvé avant que la bombe ne sème la destruction sur la ville.

         Elle parle enfin de ce terrible secret qu’elle a caché si longtemps, les mensonges de son père qui l’ont amenée à commettre l’irréparable.

 

Ce que j’en pense :

 

          Je louchais vers  ce roman depuis longtemps et grâce à Lydia j’ai pu lire toute la série. Loucher est vraiment le terme qui s’impose car la couverture du livre est sublime. Comme chacun le sait j’apprécie beaucoup les romans abordant les secrets de famille, et le Japon m’attire, donc ce livre était pour moi et  j’ai littéralement dévoré …

          Aki Shimazaki raconte avec beaucoup de pudeur, de réserve l’histoire de cette femme Yukiko, de ses parents et de Yukio, le garçon avec qui elle jouait et qu’elle voulait épouser plus tard et du destin qui bascule lorsque la bombe explose sur Nagasaki.

          Elle qui refusait de parler de cette tragédie, et refusait qu’on la traite de rescapée, s’est mise à parler avec son petit-fils, quelques temps avant de mourir. « Quant à la guerre et à la bombe atomique tombée sur Nagasaki, ma mère refusait d’en parler. De plus, elle me défendait de dire à l’extérieur qu’elle était une survivante de la bombe ».

          La bombe atomique est omniprésente dans le récit, mais sans catastrophisme, il y a eu une vie avant et une vie après.

          J’ai aimé la façon dont l’auteure parle du Japon et de ses coutumes difficiles, le poids des familles dans le choix de l’épouse, la nécessité de ne pas faire une mésalliance qui déshonore la famille, presque des castes, et également du désir de domination et d’extension du pays et du rejet des étrangers.

          Aki Shimazaki nous livre au passage une réflexion sur le rôle de la femme, la manipulation, la guerre et l’état d’esprit de l’époque : le code de l’honneur, il vaut mieux mourir qu’être fait prisonnier « On dit qu’être fait prisonnier, c’est assez honteux ; mais être tué par eux, c’est le pire affront pour un soldat. Mon père dit qu’il ne sait comment s’en excuser auprès de l’empereur ».

          J’aime beaucoup la sonorité particulière des mots japonais, Tsubaki, titre de ce tome 1 signifie camélia et cette fleur, qui est la préférée de Yukiko, illumine et embaume le texte.

          J’ai beaucoup aimé cette histoire pleine de poésie, et la  fluidité, la sobriété de l'écriture et j’ai hâte de lire la suite.

          Note : 8/10

 

L’auteur :

 

          Née, en 1954 à Gifu au Japon, Aki Shimazaki  a émigré au Canada en 1981  où elle passe ses premières années à Vancouver, travaillant pour une société d’informatique, puis Toronto et vit à Montréal depuis 1991.

          Elle est l’auteur d’une pentalogie intitulée « Le Poids des secrets »,

          On lui doit également une deuxième pentalogie « Au cœur du Yamato », et une nouvelle série romanesque est en cours.

 

Extraits :

 

          Le rouge des camélias est aussi vif que le vert des feuilles. Les fleurs tombent à la fin de la saison, une à une, sans perdre leur forme : corolle, étamines et pistil restent toujours ensemble. Ma mère ramassait les fleurs par terre, encore fraîches, et les jetait dans le bassin. Les fleurs rouges au cœur jaune flottaient sur l’eau pendant quelques jours.

 

          Avant de partir, mon père voulait se marier. Un couple de sa famille organisa miai avec ma mère : il s’agit d’une rencontre arrangée en vue d’un mariage. Ma mère était enfant unique, sa mère était morte aussi d’une leucémie cinq ans après la bombe atomique. Restée seule, ma mère décida d’accepter le mariage avec mon père.

 

           Vivre dans ce monde, c’est déjà assez compliqué. Pourquoi doit-on chercher une autre complication ? 

 

          Je voyais des boutons de camélias, bien tenus par les calices. C’étaient les camélias qui fleurissent en hiver. Dans la campagne près de Tokyo, quand il neigeait, je trouvais les fleurs dans le bois de bambous. Le blanc de la neige, le vert des feuilles de bambous et le rouge des camélias. C’était une beauté sereine et solitaire. »

 

          C’est une mentalité dangereuse qu’on a ici. On ne cherche que le pouvoir. On ne fait pas la guerre pour la liberté.

 

          L’empoisonnement, les bombes atomiques, l’Holocauste, le massacre de Nankin… Était-ce nécessaire ? C’était, selon elle, une question inutile après une pareille catastrophe. Ce qu’on peut faire, peut-être, c’est essayer de connaître les motivations des gestes.

 

Lu en août 2016