Cet j’ai décidé de me faire plaisir en relisant des romans que j’avais beaucoup aimé il y a quelques décennies et pour commencer « Anna Karénine »

 

Anna Karénine de Léon Tolstoï

Résumé

 

         Anna Karénine arrive à la gare de Moscou, à  la demande de son frère, Stiva Oblonski, coureur de jupons invétéré dont la femme vient de découvrir la dernière incartade. Celui-ci espère ainsi raisonner son épouse Dolly qui veut mettre un terme à leur mariage.

          Sur le quai, elle croise le comte Vronski, venue chercher sa mère. Leurs regards se croisent. Un drame se produit à la gare, un employé étant écrasé par un train.

          Ils vont danser ensemble à un bal quelques heures plus tard et tombent amoureux, ce qui va avoir de funestes conséquences.

 

Ce que j’en pense :

 

          Ce roman est un chef-d’œuvre. Je l’avais beaucoup aimé lors de ma première lecture à l’adolescence. J’étais dans ma période « Romantisme », plongée à fond dans le 19e siècle avec un professeur de russe qui m’a laissé plein de souvenirs, donc je salivais en lisant Balzac, Stendhal et autres…

          Un demi-siècle plus tard, j’ai eu à nouveau un coup de foudre pour la langue, l’écriture de Tolstoï. C’est une belle histoire, très bien construite pendant laquelle on découvre trois couples dont les destins sont liés sans forcément se côtoyer au quotidien.

          Anna est une belle femme qui a fait un mariage de raison avec Alexis Karénine, haut fonctionnaire en vue dans la ville de Saint-Pétersbourg dont elle a eu un fils Serge. Tous deux mènent une vie aisée, sortent le soir ou invitent des amis.

          Son frère Stiva Oblonski a épousé Dolly qu’il trompe avec tous les jupons qui passent et mène une vie oisive, opportuniste et un comportement d’éternel adolescent qui le rend très vite insupportable.

          Le troisième couple est formé par Kitty, la jeune sœur de Dolly et Lévine, un ami de Stivia. Un couple qui se construit et repose sur l'amour en opposition avec la passion d'Anna pour Vronsvki. Tolstoï nous propose ainsi plusieurs facettes du mariage, du couple...

          Anna n’est pas seulement belle, elle est intelligente, sensible et après,  avoir longtemps résisté, elle finira par choisir de partir avec Vronski, sacrifiant son fils au passage. Tolstoï décrit très bien ses périodes d’hésitation, ses tourments de mère, la façon dont elle est écartelée entre le devoir et l’amour ou plutôt la passion, car elle ne sait pas mentir.

          Tous les personnages sont étudiés en détails, leurs qualités, leurs défauts, Tolstoï n’en fait jamais des icônes mais des êtres de chair. Il réussit même à nous émouvoir quand il plonge dans l’âme de Karénine qui au premier abord nous paraît froid insensible, mais qui est prêt à fermer les yeux pour que la vie continuer comme avant.

          Un autre personnage intéressant : Lévine. Amoureux d’abord éconduit de Kitty, il se réfugie dans ses terres et essaie de moderniser l’agriculture, pour améliorer ou rentabiliser les récoltes, ce qui ne plaît pas forcément aux paysans qui n’ont pas envie de changer leurs habitudes. Il lit beaucoup, en particulier tout ce qu’il peut trouver dans ce domaine et on voit apparaître des idées de réformes, (nous sommes à la fin du 19e siècle). Un contraste important avec le mode de vie des gens aisés de la noblesse.

          On sent que Tolstoï aime ce personnage ; il s’identifie un peu à lui, son nom est inspiré de son propre prénom Lev. Il lui prête aussi une réflexion sur la vie et la mort.

          Anna et Lévine sont les deux personnages que j’ai préférés dans cette deuxième lecture, car ils sont puissants, avec leurs forces et leurs faiblesses, ils évoluent tout au long du roman, ils tiennent les rênes de leur existence.

          Kitty, qui sort juste de l’adolescence au début du livre et paraît plutôt « nunuche », grandit au fur et à mesure des évènements qui jalonnent cette histoire.

          Contrairement à la première lecture, Vronski a fini par m’exaspérer car il ne fait rien pour modifier le cours des choses. Il est empêtré dans son ego, préoccupé de lui-même, bien pâle par rapport à Anna.

          Une description magnifique de la Russie de l’époque, ses mœurs, les nobles englués dans leurs privilèges et leurs vies oisives, qui sont persuadés que cela ne changera jamais, les paysans dont il nous offre des tableaux magnifiques (les moissons, le dur labeur, les petites joies…) et certains comme Lévine qui réfléchissent, essaient d’améliorer le quotidien des autres et se préoccupent de l’âme, de la vie et comment lui donner un sens et aussi l’importance de la religion à l’époque et le poids des conventions.

          Même les personnages secondaires sont attachants et bien étudiés: les frères de Lévine (Nicolas en particulier), les parents de Kitty, Serge le fils d’Anna, Iachvine l’ami débauché de Vronski…

          Un coup de cœur pour la deuxième fois, ce livre, pavé de 900 pages, qui se dévore est un pur chef-d’œuvre. Il y a longtemps que je veux lire « guerre et paix » qui me fait un peu peur, mais je pense que je vais oser.

          10/10 évidemment…

 

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L’auteur :

 

          Né à : Iasnaïa Poliana , le 09/09/1828
          Mort à : Astapovo , le 20/11/1910

          Léon Tolstoï, comte Lev Nikolaïevitch Tolstoï (en russe : Лев Николаевич Толстой), est l'un des plus grands romanciers russes.

          Ses chefs-d'œuvre littéraires sont : « La Guerre et la Paix » et « Anna Karénine », fresques sur la vie en Russie au XIXème siècle. Il est également connu comme essayiste, dramaturge, et réformateur, faisant de lui le membre le plus influent de l'aristocratique famille Tolstoï. Il préférait vivre à la campagne, près des paysans et loin de l’aristocratie ; il aimait enseigner aux enfants des paysans.

          On lui doit aussi : « La mort d’Yvan Ilitch », « La sonate à Kreutzer » mais aussi des essais comme « L'éducation religieuse » ou « La liberté dans l’école ».

 

 

Extraits :

 

          Il est très difficile de choisir, tant ce livre est bien écrit, j’ai donc opté pour des extraits révélant les protagonistes.

 

          Les familles heureuses se ressemblent toutes ; les familles malheureuses sont malheureuses chacune à leur façon. P 3 ainsi commence le roman

 

          Il regrettait seulement de ne pas avoir mieux caché son jeu. Mais il comprenait bien toute la gravité de la situation et plaignait sa femme ses enfants et lui-même… il s’imaginait vaguement qu’elle s’en doutait depuis longtemps et fermait volontairement les yeux.  Il trouvait même que Dolly, fanée, vieillie, fatiguée, excellente mère de famille certes mais sans aucune qualité qui la mît hors de  pair aurait dû en bonne justice faire preuve d’indulgence. L’erreur avait été grande. P 6

 

          Stépan Arcadievitch ne choisissait pas plus ses façons de penser que les formes de ses chapeaux ou de ses redingotes : il les adoptait parce que c’était celles de tout le monde. Comme il vivait dans une société où une certaine activité intellectuelle est considérée comme l’apanage de l’âge mûr, les opinions lui étaient aussi nécessaires que les chapeaux…  Joignez à cela que, d’humeur fort plaisante,  Stépan Arcadievitch s’amusait volontiers à scandaliser les gens tranquilles… Le libéralisme lui devint donc une habitude : il aimait son journal comme son cigare après le dîner, pour le plaisir de sentir un léger brouillard flotter autour de son cerveau. P 10   ainsi raisonne Oblonski

 

          Jamais, il n’avait fait de rapprochements entre les conclusions de la science sur l’origine de l’homme, sur les réflexes, la biologie, la sociologie et les questions qui depuis quelques temps le préoccupaient de plus en plus, à savoir le sens de la vie et celui de la mort. P 30   à propos de Lévine

 

          Oh ! Le bel âge que le vôtre ! Je me rappelle encore ce brouillard bleuâtre, comme il en traîne sur les montagnes de la Suisse, qui recouvre toutes choses à cet âge heureux où finit l’enfance ; mais bientôt, à la vaste esplanade où nous prenions nos ébats succède un chemin étroit qui va se resserrant de plus en plus et dans lequel nous nous engageons avec une joie mêlée d’angoisse, quelque lumineux qu’il nous paraisse… Qui n’a point passé par là ? P 85   Anna

 

          Et la société est ainsi faite que plus les pauvres bougres se donneront du mal, plus les proprios et les mercantis  s’engraisseront à leurs dépens. Voilà ce qu’il faut changer radicalement, conclut-il, scrutant son frère du regard. P 102

 

          Lévine le sentait bien, mais cette maison était pour lui tout un monde où avaient vécu et trépassé son père et sa mère. Ils y avaient mené une existence qui lui semblait l’idéal de la perfection et qu’il rêvait de recommencer avec une famille à lui. P 110

 

          C’est une sottise de se laisser dominer par le passé, par la vie ambiante. Il faut lutter pour vivre mieux, beaucoup mieux. P 111

 

          La causerie reprenait sur un ton charmant, mais trop anodin pour qu’il pût se maintenir. Restait le seul moyen infaillible : la médisance ; il  fallut bien y recourir. P 152

 

          Sans doute est-il pénible à une femme d’être privée d’ombre. P 154

 

          L’impression qu’il éprouvait maintenant était celle d’un homme qui passe tranquillement sur un pont au dessus d’un    précipice et s’aperçoit que le pont est démonté et l’abîme béant. Ce gouffre était pour lui la vie réelle et le pont l’existence artificielle qu’il avait seule connue jusqu’alors. Pour la première fois, l’idée que sa femme pût aimer un autre homme lui venait à l’esprit et cette idée le terrifiait. P 162  réflexion de Karénine sur sa femme

 

          D’ailleurs me montrer jaloux serait humiliant pour nous deux. P 162

 

          « Oui, jadis elle était malheureuse, mais fière et tranquille. Maintenant quelque peine qu’elle se donne pour ne pas le faire voir, elle a perdu et son calme et sa dignité. Il faut en finir. P 208

 

          Dieu leur avait donné et la lumière du jour et la force de leurs bras ; l’une et l’autre avaient été consacrées au labeur et ce labeur trouvait en lui-même sa récompense. Nul ne songeait à se demander les raisons de ce travail et qui jouirait de ses fruits : c’étaient là des questions secondaires et insignifiantes. P 309  Lévine parlant des paysans

 

          Il y a quelques instants on ne voyait au ciel que deux bandes blanches ! Ainsi se sont modifiées, sans que j’y prenne garde, les idées que j’avais sur la vie. P 310    Lévine

 

 

Lu en juillet 2015