Après Venise, placeà la Russie...J’ai découvert ce livre grâce à une amie, férue de littérature italienne et je vais tenter de partager mon ressenti.

Le-Sergent-dans-la-neige de Mario Rigoni Stern

 

Quatrième de couverture

 

          La retraite de Russie - celle de la grande armée " européenne " lancée par Hitler contre l'URSS. Pas de grands récits de batailles ; pas de thèses politiques, mais quelques soldats italiens perdus dans cette aventure, qui marchent et qui souffrent, qui ont faim, qui ont froid et qui luttent - ce qui est le plus difficile - pour ne pas perdre définitivement tout sentiment humain. La voix d'un témoin qui ne s'élève jamais mais qui sera entendue par tout le monde.

          Ce classique des lettres italiennes d'après-guerre a été unanimement loué par Vittorini, Calvino et Primo Levi qui écrivit à propos de l'auteur : " Le fait que Rigoni Stern existe est en soi miraculeux.

          Miraculeuse d'abord sa propre survie : celle d'un homme qui s'est toujours campé aux antipodes de la violence et que le destin a contraint à participer à toutes les guerres de son temps. Miracle, enfin, le fait que Rigoni soit parvenu à garder son authenticité dans notre époque de fous. "

 

 

Ce que j’en pense

 

          Dans ce livre, on suit, pas à pas l’auteur tout au long de la retraite des soldats italiens face aux Russes. Il nous raconte les faits comme il les a vécus, le froid, la faim, les stratégies des gradés et leurs lots de bêtises les ordres contradictoires et la fraternité existant entre lui et ses hommes et parfois même avec « l’ennemi ».

          L’auteur nous donne des détails sur son ressenti par rapport à l’absurdité de la guerre et aussi la façon dont il se comporte avec ses hommes.

          Il ne nous fait pas de révélations fracassantes, mais raconte sa vie et son ressenti au jour le jour. C’est son premier livre, écrit dans un style narratif simple, sans fioritures avec beaucoup de descriptions, mais de façon très émouvante car sincère. « Les doigts n’obéissaient plus au cerveau ; je les regardais comme s’ils ne m’appartenaient plus et j‘avais envie de pleurer sur mes propres mains qui ne voulaient plus être à moi. » P 78

          Il parle avec son cœur de sa guerre et il sait nous toucher. « Nous avions l’impression que d’un moment à l’autre, nous allions nous abattre comme de jeunes sapins ployant sous le poids de la neige. »  P 73. On marche avec lui dans la neige.

          Donc une écriture simple mais belle, on n’est pas dans l’exercice de style car l’auteur est toujours au plus près de la réalité, du quotidien des soldats.

          J’ai donc lu ce livre grâce à une amie que je remercie vivement car je ne connaissais absolument pas l’auteur et j’ai passé un bon moment.

          Note : 7,3/10

 

L’auteur



          Auteur italien, Mario Rigoni Stern, est né le 01/11/ 1921 dans la province de Vicence, sur le plateau d’Asiago qui fut le théâtre de terribles combats lors de la Première Guerre mondiale (Fritz Lang et Robert Musil y participèrent). Il est un des romanciers italiens les plus populaires, tout en jouissant d’un large succès critique.

          En 1938, il entre à l’École militaire d’alpinisme d’Aoste : il combattra, dans un régiment de chasseurs alpins, en France, en Grèce, en Albanie, en Russie. Fait prisonnier par les Allemands lorsque l’Italie signe un armistice séparé avec les Alliés (le 8 septembre 1943), il est transféré en Prusse orientale. Il finit par s’évader, gagne l’Autriche et parvient, à pied, à rejoindre son foyer le 5 mai 1945.

          Dès lors, revenu sur le plateau d’Asiago, il n’en bougera plus jusqu’à sa mort le 16/06/2008, habitant la maison qu’il a lui-même construite et devenant employé du cadastre avant de se consacrer entièrement à l’écriture à partir de 1970.

          On lui doit aussi : « Les saisons de Giacomo », « En attendant l’aube »…

 

Extraits

 

            J’essayais de plaisanter mais le sourire s’effaçait vite, sur les barbes longues et sales. Personne ne songeait : « Et si je mourrais ? », mais nous sentions tous une angoisse oppressante en nous demandant : « combien de kilomètres y-a-t-il pour rentrer à la maison. P 41

 

            Je m’acheminai vers la vallée. La neige commençait à tomber. Je pleurais dans la nuit, sans savoir que je pleurais et je n’entendais que mes propres pas dans le sentier obscur. Dans la tanière, épinglée à un pilier, il y avait la crèche en relief que m’avait envoyée ma fiancée, pour Noël. P 68

 

            Le vent se leva. D’abord insensible, puis plus fort, enfin il souffla en tempête. Il arrivait, libre, immense, de la steppe illimitée. A travers l’obscurité glacée, il tombait sur nous, pauvres malheureux, égarés dans la guerre ; il nous secouait, nous ébranlait. Il fallait s’accrocher à la couverture dont nous avions recouvert notre tête et nous épaules. Mais la neige pénétrait quand même, piquant le visage, le cou, les poignets, comme des aiguilles de pin. Nous avancions, l’un derrière l’autre, tête basse. P 73

 

            J’ignore combien de temps nous avons ainsi marché ; chaque pas paraissait un kilomètre et les instants des heures. On n’arrivait jamais ; cela ne finissait jamais. Nous nous sommes arrêtés enfin auprès de quelques isbas isolées. P 95

 

            Ici aussi, sur ce point extrême de la steppe, il y a un coin de chaleur. La neige y est intacte, l’horizon violet et les arbres se dressent vers le ciel : des bouleaux blancs et tendres qui abritent un petit groupe d’isbas… on n’aurait pas cru que la guerre passait par là. C’était en dehors du temps et du monde. Dans le même état que dans mille ans et que dans mille ans probablement. P 104

 

Lu en juillet  2016