Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui traînait depuis longtemps dans ma PAL...

 

La mort à Venise, Tristan de Thomas Mann

 

Quatrième de couverture

          C’est peut-être dans ses nouvelles que l’écrivain allemand Thomas Mann (1875-1955) a mis le meilleur de sa verve ironique et de sa sensibilité, de son émotion discrète, qui se drape volontiers de sarcasme.

          La mort à Venise est le récit de la passion fatale qui saisit un écrivain d’âge mûr à l’apparition d’un adolescent d’une extraordinaire beauté.

          Dans Tristan, le dilemme qui s’offre à l’héroïne est de tenter de vivre en étouffant ses dons d’artiste ou de « mourir de musique ».

          La fin de Lobgoff Piepsam, dans Le chemin du cimetière, prouve que la vie est dure aux faibles mais que la mort vaut mieux que la débâcle d’une constante lâcheté.

 

Ce que j’en pense :

 

           Parlons d’abord de « La mort à Venise » : j’ai beaucoup aimé Aschenbach ce vieil écrivain qui se  consacre à son œuvre de façon quasi obsessionnelle, s’attelant à l’écriture tous les matins de façon perfectionniste et qui semble beaucoup ressembler à l’auteur qui décide de partir en vacances à Venise et tombe amoureux du jeune Tazzio âgé de quatorze ans.

          Thomas Mann décrit très bien les affres de l’amour de façon romantique, la façon dont on attend l’autre, guettant son arrivée à la plage, le moindre de ses mouvements et la façon dont le héros analyse ses sentiments dans ce décor magnifique et triste de Venise où le choléra fait son apparition.

          Avec « Tristan », on aborde un autre thème : un commerçant, imbu de lui-même,   amène sa femme Gabrielle, dans un sanatorium pour un état a priori bénin. Elle est soumise, un peu transparente et on assiste à sa lente transformation alors qu’elle côtoie un écrivain miteux Spinell qui ne songe qu’à la séduire. Ce trio évolue sous nos yeux au son de la musique, des partitions qu’elle joue au piano (on lui a interdit de jouer pour protéger sa santé) et c’est la musique va la libérer dans tous les sens du terme.

          Dans cette deuxième nouvelle l’écrivain est l’antithèse d’Aschenbach, autant le premier était brillant, dur à la tâche, autant celui-ci est un raté dont Thomas Mann se moque allègrement, avec un rythme d’écriture beaucoup plus enlevé.

          Quant à « Le chemin du cimetière » : splendide…

           Ce recueil est le premier livre que je lis de l’auteur et c’est un livre qui se mérite. Le rythme est lent, avec de longues phrase comme je les aime, une atmosphère trouble et troublante. Le style est particulier et j’ai mis du temps à m’habituer à ce rythme lent (il est vrai que je venais juste de terminer « Le vol des cigognes », opus haletant de Jean-Christophe Grangé…

          Par contre, au bout d’une trentaine de pages, je suis entrée dans l’histoire et je n’ai plus lâché le livre. On sent la fascination pour la mythologie, les grands mythes Apollon Dionysos pour la première nouvelle et Tristan et Iseut pour la seconde et Wagner qui nous hante…

          On passe du romantisme lyrique à un style de plus en plus dépouillé, voire caricatural…

          Un seul bémol  qui ne concerne pas Thomas Mann : les notices d’Armand Nivelle sont très intéressantes mais placées en début de chaque nouvelle, elles modifient la découverte du texte. J’aurais préféré les trouver en fin, quitte à relire la nouvelle avec cet éclairage nouveau.

        Bref, une belle rencontre et cap sur « La montagne magique »

       Note : 8,5/10

 

 

L’auteur :

 

        Ecrivain allemand, né le 06/06/1875 à Lübeck et mort à : Zürich, le 12/08/1955.

          On lui doit «Les Buddenbrook», «Tonio Kröger», « La mort à Venise » Un séjour en sanatorium à Davos (sa femme souffre d'une maladie pulmonaire) et la catastrophe de la Grande guerre lui fournissent le sujet de son roman le plus célèbre, «La Montagne magique», paru en 1924. Cette œuvre lui vaut la renommée internationale.

          L'Académie suédoise lui attribue le prix Nobel de littérature en 1929.

         

 

Extraits :

 

          « D’être seul et de se taire, on voit les choses autrement  qu’en société ; en même temps qu’elles gardent plus de flou elles frappent davantage l’esprit ; les pensées en deviennent plus graves, plus singulières et toujours se teintent de mélancolie. Ce que vous voyez, ce que vous percevez, ce dont en société vous vous seriez débarrassé en échangeant un regard, un rire, un jugement, vous occupe plus qu’il ne convient, et par le silence s’approfondit, prend de la signification, devient évènement, aventure, émotion. De la solitude naît l’originalité, la beauté en ce qu’elle a d’osé et d’étrange, le poème. Et de la solitude aussi, les choses fausses, désordonnées, absurdes, coupables. P 56

 

          Ainsi parce que l’enfant parlait une langue étrangère, sa parole revêtait la dignité de la musique ; un soleil glorieux répandait une somptueuse lumière sur lui et la sublime perspective de la mer formait toujours le fond du tableau et en faisait ressortir la beauté. P 85

 

         Son esprit accouchait, le tréfonds de sa culture bouillonna, sa mémoire fit surgir des pensées très anciennes, transmises comme de vieilles légendes à sa jeunesse et que jusque-là sa propre flamme n’avait jamais ravivées. N’était-il pas écrit que le soleil détourne notre attention des choses intellectuelles vers les choses matérielles ? P 88

 

          Les mots ne donnaient nullement l’impression de déferler en lui : pour un individu faisant profession d’écrire, il progressait avec une lenteur pitoyable et à le voir, on était obligé de conclure qu’un écrivain est un homme qui a beaucoup plus de mal à écrire que les autres gens. P 198  extrait de Tristan 

 

Lu en juillet 2016