J’ai découvert ce livre grâce à des critiques sur Babelio, notamment celle de Pyrouette. J’ai donc tenté ma chance et c’est plutôt une bonne surprise.

 

Avis de tempête de Susan Fletcher

 

Résumé

 

          Moïra est au chevet de sa jeune sœur Amy, plongée dans un coma profond depuis cinq ans à la suite d’un accident. Elle essaie de lui parler pour la stimuler, mais que raconter à une personne qu’elle connaît au fond si peu car elles ont une différence d’âge assez importante, ont vécu loin l’une de l’autre puisque Moïra était en pension quand elle est née et surtout parce qu’elle a très mal accueilli l’arrivée de cette petite sœur, qu’elle a rejeté dès le départ.

          Elle va donc lui raconter sa vie d’enfant surdouée, admise dans une grande école après avoir obtenue une bourse, son rapport aux autres et peu à peu ouvrir son cœur et parler de ses émotions.

 

Ce que j’en pense :

 

          Parfois des critiques enthousiastes concernant un livre dormant dans ma pile à lire peuvent provoquer des déconvenues (cf. « L’île des oubliés » par exemple), je redoutais une bluette en ouvrant ce livre que j’ai abordé  avec un peu de méfiance.

          En fait, après un démarrage un peu difficile car je découvrais le style de l’auteure, je me suis vite attachée à Moïra, cette jeune écorchée vive, douée en sciences, en mathématiques, aux résultats scolaires brillants et évidement ce qui va avec : les camarades de classe la rejettent car elle est différente, c’est une handicapée des sentiments qui se trouve inintéressante, laide avec ses grandes mains et ses grands pieds, sa maigreur, on l’appelait « Sac d’os ».

          Comme toujours, dans de pareilles circonstances, elle rejette les autres avant d’être rejetée. Elle est dure envers elle-même et envers les autres, sans concession ce qui la rend attachante : « Mais toi, plus que quiconque, tu sais ce qu’il y a de dur en moi. Un cœur de silex, et des yeux de silex. Une fille de pierre, cette pierre dont on fait les murs. Qui fait battre sa queue de sirène. » P 203

          Elle raconte son enfance  sans encombres jusqu’à la naissance d’Amy qu’elle a vécu comme une trahison de la part de ses parents, et elle a d’emblée détesté ce bébé qui faisait irruption dans sa vie, lui volant la première place. Elle aurait pu aller dans une école près de chez elle mais elle a choisi l’exil, ne rentrant à la maison que pour les vacances.

          Elle a subi stoïquement les brimades des autres élèves, parfois très proche du masochisme et sans se rebeller car elle avait une mauvaise image d’elle-même. Alors, elle fait ce qu’elle sait faire de mieux, fuir dans les études. Apprendre, connaître tout sur tout. Cette soif d’apprendre lui permet de faire face.

          Derrière l’armure se cache une personnalité hypersensible qui ne veut pas montrer ses faiblesses et qui ne sait pas comment aller vers les autres, comment leur parler. Elle a toujours un air méfiant, maussade : « Non, pas maussade…mais sérieux : comme si l’objet de mes pensées étaient la paix mondiale, ou le remède à toutes les maladies. Comme si j’étais un puits de sagesse, dépositaire de secrets enfouis dans les tréfonds. » P 117

          Au début, assise près d’Amy, elle lui parle parce qu’on lui a dit qu’il était bon de stimuler une personne dans le coma et elle ne sait pas quoi dire. Comment parler de cette jalousie quasi maladive, de son désir de voir disparaître le bébé qu’elle éprouvait autrefois. Elle s’aperçoit qu’elle est passée à côté de la vie, à côté de cette petite sœur dont elle ne sait rien mais aussi à côté de la vie de ses parents : sa mère lui écrivait en pension mais elle ne répondait jamais.

          Deux personnes ont su se frayer un chemin : sa tante Til, comédienne à Londres, fantasque autant que Moïra est sérieuse et bien-sûr Ray son époux, artiste peintre, si différent d’elle. « Je me dis qu’elle (Til) était comme le vent, et que le vent, ce n’est pas une chose sur laquelle on peut compter.»P 143

          Parfois, l’auteure emploie le « Je », parle au nom de Moïra et parfois, elle revient à la troisième personne pour décrire la vie de cette famille, ce qui est déroutant au départ. Et au fur et à mesure que l’histoire se déroule, on s’habitue à ce style particulier qui évoque l’ambiance d’un cabinet de psychanalyse, Amy jouant l’analyste muet, neutre dans son lit, tandis que Moïra raconte.

          La nature est omniprésente dans ce roman, l’auteure décrit de façon magistrale la mer, les paysages sauvages, le rythme des saisons.

          J’ai bien aimé ce roman car l’auteure nous décrit avec une écriture énergique, rythmée comme les marées abruptes, une  héroïne a une forte personnalité et s’analyse sans concession. Il y a une petite musique Susan Fletcher qui entraîne le lecteur loin, l’interpelle. Bref j’ai passé un bon moment avec ce livre et je renouvellerai volontiers l’expérience avec, notamment « Un bûcher sous la neige ».

          Note : 7,6/10

 

 

L’auteur :

 

           Susan Fletcher est née à Birmingham en 1979.

          Après avoir obtenu une maîtrise d’anglais à l’université de York, elle part pendant un an visiter l’Australie et la Nouvelle-Zélande. De retour en Angleterre, elle obtient une maîtrise en création littéraire.

           Avant de se consacrer à l’écriture, elle a effectué de nombreux petits boulots comme serveuse, libraire, ou encore correctrice.

          « La fille de l’Irlandais », son premier roman, a été couronné par les deux prix littéraires les plus prestigieux attribués en Grande-Bretagne. Suivront : « Avis de tempête »,  « Un bûcher sous la neige »

 

 

Extraits :

 

          Je me suis souvent demandé s’il y avait des rêves dans ton étrange sommeil noir et, si c’était le cas, ce qu’ils pouvaient être…Ou bien est-ce que tu rêves de toi ? Telle que tu étais avant ? P 20

 

          Ce que je ne sais pas bien non plus, c’est comment on montre son amour, car j’ai rarement eu l’occasion de le faire. Mais, c’est ce genre d’attentions que les gens se rappellent pieusement, cela, je le sais. P 90

 

          Il y a des jours où le monde paraît si vaste que c’est trop pour vous. Il vous arrache toutes les choses auxquelles on tient. On se sent aussi petit qu’une graine, ou qu’un grain de sable sur une plage. P 109

 

          Ce que nous avons, ce que nous sommes, il faut s’y faire. Quel autre choix y-a-t-il ? P 141

 

          J’avais appris une leçon, une leçon que tu n’as sans doute pas encore apprise toi-même, et que tu n’auras pas le temps d’apprendre, et c’est la suivante : on suit son cours. On est toujours soi, et on persévère, malgré les deuils, les erreurs. Les femmes en particulier. Nous savons garder des secrets. Nous lestons d’un poids nos culpabilités, nos passions, nos haines, nos mensonges, et nous les laissons s’enfoncer, au point qu’on pourrait croire que rien de tout cela n’a jamais existé. Mais nous ne sommes pas dupes. Mes secrets, je peux tous les compter. P 143

 

          Il y a différentes sortes d’amour, et différents stades de l’amour. Même dans mes périodes les plus féroces, je crois qu’il y a toujours eu de l’amour en moi, sous une forme ou sous une autre. P 378

 

          Et voici une autre vérité : les adultes ne savent pas tout, et il y aura toujours dans le monde et en nous-mêmes des mystères sombres et informes. P 379

 

          Si nous voulons nous rendre malheureux, nous y parvenons. Si nous voulons être seuls, nous le sommes tôt ou tard. P 402

 

 

Lu en  mai 2016