Ce livre était dans ma bibliothèque depuis un bon moment car, mise en appétit par certaines critiques, j’avais acheté le livre. Je ne sais pas si cela tient au roman, à l’auteur, ou à ma fatigue actuelle, mais j’ai eu beaucoup de mal à faire une synthèse et écrire cette critique.

          Je passe un peu du coq à l’âne et je reviens sur certaines choses car ce roman a suscité des interrogations:  je suis une sexagénaire donc le héros me renvoie sûrement à mes propres réflexions…

 

une fille qui danse Julian Barnes

 

Résumé

 

          Sexagénaire à la retraite Tony Webster a divorcé au terme d’un mariage tout aussi terne que sa vie. Soudain, c’est l’heure des bilans et les souvenirs remontent, les années lycée avec ses copains, notamment Adrian, lycéen brillant, Véronica, un amour de jeunesse dont il ne semble garder que le souvenir plutôt désagréable d’un week-end  passé dans la famille de la jeune fille. Mise à part la mère, toute la famille l’avait traité avec mépris.

          Il est néanmoins « sorti » quelques mois avec elle, mais un jour elle s’est tournée vers Adrian, ce qu’il l’a beaucoup perturbé, au point d’envoyer  une lettre à son ami pour lui dire ce qu’il pensait de ladite famille. Quelques mois plus tard, Adrian va se suicider.

          Une  question lancinante se pose alors : pourquoi Adrian, ce jeune homme si brillant, a-t-il mis fin à ses jours ? Quel est le rôle joué par la lettre envoyée par Tony ?

          Un jour, il reçoit le courrier d’un notaire, une sorte de testament qui va tout bouleverser. Désabusé, avec le sentiment qu’il a plus subi sa vie qu’il ne l’a vécue, Tony s’interroge, laisse remonter les souvenirs… Véronica, cette fille qui danse un soir devant lui… Les choses auraient-elles pu être différentes ?

 

Ce que j’en pense :

 

          Tony Webster est un héros sympathique, qui prend conscience au bout d’une longue introspection, qu’il est peut-être passé à côté de sa vie. Il croyait avoir réussi, socialement dans son métier et dans son mariage, menant une vie rangée, à l’aise financièrement, le rêve de sa génération, dans les années soixante.

          Il pensait avoir fait table rase du passé, et enfoui tout au fond de sa mémoire ce qui s’était passé avec son amour de jeunesse Véronica, croyant lui avoir réglé son compte après la fameuse lettre. C’était un jeune homme, puis un homme mûr, plutôt pragmatique : en tournant le dos au passé, il pensait le tenir à distance et maîtriser sa vie.

          Mais le passé n’est jamais très loin, surtout quand on a éludé le problème au lieu d’y réfléchir. Quand il reçoit la lettre du notaire, lui annonçant que la mère de Véronica lui lègue cinq cents livres et le journal intime d’Adrian des questions vont se poser, l’obligeant à cheminer vers la vérité.

          J’ai aimé le voir s’empêtrer dans ses sentiments, ses certitudes puis ses doutes, se attitudes maladroites avec Véronica qui ne va jamais lui donner le moindre élément pour qu’il y voit un peu plus clair. Il détricote le passé, revoit les évènements sous un autre jour, il a mûri depuis, il réfléchit différemment, il sait qu’il n’y a jamais de certitudes. Une phrase illustre très bien les choses : « Mais, je dois souligner de nouveau que c’est mon interprétation actuelle de ce qui s’est passé alors. Ou plutôt, mon souvenir actuel de ma façon d’interpréter ce qui se passait à ce moment-là. » P 61

          Même si c’est douloureux, si parfois on a envie de le bousculer un peu pour qu’il aille plus loin, plus vite dans cette introspection.

          J’ai aimé aussi la manière dont Julian Barnes nous décrit les années soixante, l’éducation de l’époque, et aussi le quatuor de jeunes lycéens ambitieux, imbus d’eux-mêmes, persuadés qu’ils savent tout, une ambiance qui me rappelle « Le cercle des poètes disparus ».

          Julian Barnes parle de fort belle manière des traumatismes, du suicide, l’hypocrisie de la société : « Mais, aux yeux de la loin si on se tue, on est par définition fou, du moins au moment où on commet l’acte. La loi, et la société, et la religion disent toutes qu’il est impossible d’être sain d’esprit et de corps et de se tuer ». P 70

          C’est le premier roman de Julian Barnes que je lis et il m’a plu, malgré quelques longueurs car on sent la fragilité de cet homme et on le voit évoluer, progresser à tâtons, essayer de comprendre sa propre histoire, mais aussi celle de ceux qui l’entourent. L’auteur nous livre, dans ce roman,  une réflexion profonde sur les imperfections de la mémoire.

          Je ne sais pas si j’ai aimé ce roman ou si j’ai été séduite par certaines phrases, certaines réflexions sur la vie, la mort, le temps qui passe. « On croyait faire preuve de maturité, quand on était seulement en sécurité. On croyait être responsable, mais n’était que lâche. Ce qu’on appelait réalisme s’est révélé être une façon d’éviter les choses plutôt que de les affronter ». P 125 En tout cas, c’est un livre qui fait réfléchir, qui trouble, désarçonne, dérange car un brin moralisateur et que j’ai repris avec plaisir pour trouver des extraits significatifs.

          Note : 7,6/10

          http://culturebox.francetvinfo.fr/livres/romans/vertiges-de-la-memoire-une-fille-qui-danse-de-julian-barnes-131027

 

L’auteur :

 

          Julian Barnes,  romancier anglais,  frère cadet du philosophe Jonathan Barnes est né le 19 janvier 1946 à Leicester.

          Après des études de langues et de littérature à Oxford, il  se consacre à l’écriture. On lui doit entre autres, « Metroland »,  « Le perroquet de Flaubert » qui lui vaut le prix Médicis essai en 1986, « Love etc. », « dix ans après ».

         « Une fille qui danse » sort en 2013

 

"Une fille qui danse", le livre événement de Julian Barnes

Extraits :

 

          Nous vivons dans le temps – il nous tient et nous façonne – mais je n’ai jamais eu l’impression de bien le comprendre. P 14

 

          Et pourtant, il suffit du moindre plaisir ou de la moindre peine pour nous faire prendre conscience de la malléabilité du temps. Certaines émotions l’accélèrent, d’autres le ralentissent ; parfois, il semble  disparaître – jusqu’à l’instant fatal où il disparait vraiment, pour ne jamais revenir. P 14

 

          Dans un roman, Adrian n’aurait pas accepté les choses telles qu’elles lui étaient présentées. A quoi bon se trouver dans une situation digne d’un roman, si le protagoniste ne se comporte pas comme il le ferait dans un livre ?  P 29

 

          Il existait,  apparemment, quelque code masculin secret, transmis de suaves aînés de vingt ans à de tremblants cadets de dix-huit ans, lequel, une fois maîtrisé, permettait d’emballer les filles et, dans certaines circonstances, de se les faire. Mais, je ne l’ai jamais appris ni compris, et ne le comprends probablement toujours pas. Ma « méthode » consistait à ne pas avoir de méthodes ; les autres, sûrement à juste titre, jugeaient cela inepte. P 33

 

          Certains reconnaissent le traumatisme, et tentent de l’atténuer ; certains passent leur vie à s’efforcer d’aider d’autres traumatisés, et puis il y a ceux et celles dont la préoccupation première est d’éviter tout autre traumatisme pour eux-mêmes, à tout prix. Et ce sont ceux-là qui sont impitoyables, et auxquels il vaut mieux prendre garde. P 64

 

          Il (Adrian) avait un meilleur intellect et un tempérament plus rigoureux que moi ; il pensait logiquement, puis agissait selon les conclusions de cette pensée logique. Alors que la plupart d’entre nous, je le soupçonne, font le contraire : nous prenons une décision instinctive, puis construisons un raisonnement afin de l’étayer et de la justifier. Et appelons le résultat « bon sens ». p 75

 

          Il me semble que cela peut être une des différences entre la jeunesse et la vieillesse : quand on est jeune, on invente différents avenirs pour soi-même ; quand on est vieux, on invente différents passés pour les autres. P 109

 

          J’ai parfois tenté d’imaginer le désespoir qui mène au suicide, cette nuit de l’âme dans laquelle seule la mort apparaît comme un point de lumière : autrement dit, le contraire de la condition normale de l’existence. P 117

 

          Le temps... donnez-nous assez de temps et nos décisions les mieux étayées paraîtront bancales, nos certitudes fantaisistes. P 125

 

 

Lu en avril 2016