Et voici un polar pour changer, avec ce troisième opus des enquêtes du département V et de l'inspecteur Carl Morck de Jussi Adler-Olsen :

 

Delivrance Jussi Adler-Olsen

 

 

Résumé

 

          Deux enfants sont attachés dans un hangar depuis près de trois jours. L’un des deux, en essayant de desserrer les liens découvre une bouteille en verre. Il va déchirer le vieux papier sur lequel il est assis et, à l’aide d’une écharde il va écrire, avec son sang,  un message tout en ayant les mains liées dans le dos, réussir à le glisser dans la bouteille et le faire tomber dans l’eau.

          La bouteille est retrouvée en Ecosse, analysée et elle va atterrir sur le bureau de l’inspecteur Morck au département V de la police de Copenhague. Entre temps, dix ans se seront écoulés, d’autres crimes auront été commis.

          Une enquête palpitante se met en place avec le fidèle Afez el Assad et la truculente secrétaire punk complètement déjantée et va nous entraîner dans les milieux religieux sectaires.

 

Ce que j’en pense :

 

          C’est avec un immense plaisir que j’ai retrouvé pour la troisième fois ce trio haut en couleurs et la plume de Jussi Adler-Olsen.

          Le thème de l’enquête est très intéressant car l’auteur nous emmène sur les traces d’un tueur en série particulier : il éprouve   une haine viscérale envers les communautés religieuses, parmi lesquelles il choisit méticuleusement ses victimes. En général, ce sont des familles nombreuses, et il repère les deux enfants qu’il va enlever en fonction de la valeur que la famille leur accorde.

          Il y en un qui est plus faible, qu’il pourra mieux ferrer, et le deuxième est celui qui va être le plus digne d’être sauvé selon la perception des parents, le tout étant que ceux-ci payent la rançon exigée et ne disent rien à personne sous le coup de la honte.

          Le tueur a une personnalité bien étudiée, il fascine par son côté retors, psychorigide, sa ruse, la façon dont il s’introduit dans la communauté religieuse qu’il a ciblée, dont il se fait intégrer, pratiquement adouber par tous les membres ; la double face (double personnalité n’est pas le terme adéquat, cela va bien au-delà) aussi est intéressante : cet homme  réussit à passer pour un individu normal, il est marié, avec un bébé mais il exerce une telle emprise sur sa femme qu’elle ne pose jamais de questions, sur sa vie, son travail…

          Le roman commence tranquillement, le prologue nous plante déjà le décor, puis la trame s’étoffe, les pistes se multiplient. Pris dans le quotidien du département V, les problèmes de l’inspecteur Morck qui gère son équipe mais aussi son copain Harry tétraplégique qu’il a recueilli chez lui, son ex-femme envahissante, son sous-sol qui est pris sous le feu d’un inspecteur pour cause d’amiante.

          J’ai retrouvé Assad avec plaisir, avec son thé hyper-sucré et ses gâteaux qui le sont tout autant et le personnage s’étoffe, il est beaucoup moins lisse et sans histoire qu’on ne pouvait le penser dans les deux premiers romans.

          Rose prend également de l’étoffe dans ce troisième opus et notre secrétaire punk va nous réserver de belles surprises. Les histoires personnelles s’entremêlent avec l’intrigue et l’histoire du tueur apportant de la couleur et un peu de douceur dans cette histoire sombre.

         J’ai fini le roman en apnée, dévorant les pages, dans l’impossibilité presque de faire une pause et j’ai adoré. J’ai beaucoup aimé « Miséricorde », un peu moins palpité avec « Profanation » mais avec « Délivrance » me voici groupie de Jussi Adler-Olsen.

         Longtemps, j’ai considéré le polar comme de la littérature mineure et j’ai eu des phases : Mary Higgins-Clarke, puis Patricia Cornwell avant qu’elle ne devienne tellement psychorigide et trash que je ne parte en courant,  puis la période Elizabeth George qui me plaît toujours. Et puis j’ai découvert les polars nordiques et j’aime bien leur univers.

         J’ai toujours du mal à attribuer une note à un polar car l’intrigue me plaît mais le style de l’écriture me laisse toujours sur ma faim…

         Note : 8/10  

 

 

L’auteur :

 

          Jussi Adler-Olsen, de son vrai nom Carl Valdemar est né le 2 aout 1950, à Copenhague est un auteur de polars Danois.

           Fils d'un docteur en psychiatrie, il a étudié la médecine, la sociologie, le cinéma et la politique. Un parcours personnel qui lui permettra d'écrire sur des sujets aussi variés les uns que les autres.

           Ancien éditeur, il connaît un succès sans précédent en Europe et de nombreux prix avec les enquêtes du  Département V mené par l'inspecteur Mork et son assistant Afez El Assad,  section spécialisée dans les affaires classées au Danemark. Cette série best-seller devrait au total compter onze volumes.

 

 

Extraits :

 

          Le fils cadet et sa sœur, quatrième de la fratrie rassemblaient tous les critères pour que ça marche. Ils étaient entreprenants, c’étaient les deux plus beaux parmi les enfants, ils étaient des éléments moteurs et leur mère les considérait probablement comme la prunelle de ses yeux… le genre d’individus à finir excommuniés ou à accéder à la prêtrise. Des croyants remplis de joie de vivre. Le profil idéal. P 58

 

          Les cris d’Assad accueillirent Carl dès son arrivée dans le sous-sol. Les cordes vocales d’Assad se portaient à merveille. On aurait dit qu’une famille de singes hurleurs de Bornéo avait envahi les lieux. P 64

 

          Comme il venait de le dire : il avait du pain sur la planche. En présentant bien les choses, il pourrait même avoir l’air de bosser dur tout en rattrapent le manque de sommeil qui devenait décidément une constante chez lui. Les deux autres n’avaient qu’à continuer avec leurs jeux de boy-scouts pendant ce temps-là. P 67

 

          Aligné en rang d’oignons, tous les membres de cette famille, qui à dater de cette seconde ne connaîtraient plus jamais la paix et la confiance en leur prochain agitaient joyeusement la main en regardant partir la voiture. Ils allaient bientôt devoir remballer leurs sourires et apprendre dans la douleur que le Mal ne se laissait pas combattre par des messes hebdomadaires et le sacrifice de technologies qu’offre le monde moderne. P 202

 

Lu en avril 2016