Parfois, le hasard fait bien les choses… je m’étais « oubliée » le jour de l’opération Masse critique » j’avais bien repéré quelques titres les jours précédents et « flashé sur ce titre : « Le gueuloir, perles de correspondances » de Gustave Flaubert. Avec tout de suite, une évidence « il me le faut absolument, il est pour moi ».

          Quand je me suis connectée avec quelques heures de retard, il était encore disponible. Donc coché immédiatement avec trois ou quatre autres qui n’avaient pas tenté beaucoup de lecteurs (on ne sait jamais, mieux vaut en cocher plusieurs !!!).

          Et bingo, je l’ai eu. Déjà, notre histoire à tous les deux démarrait bien…

 

le gueuloir perles de correspondance Gustave Flaubert

 

Résumé

 

          Il s’agit d’un recueil de correspondances échangées par Gustave Flaubert et ses « amis » au fil de sa vie, de son évolution, de son œuvre, regroupées par Thierry Gillyboeuf, accompagnées de dessins de Daniel Maja aux éditions « Le Castor Astral ». Ce livre est déjà un petit bijou par sa présentation, sa mise ne page, les dessins en noir et blanc ressemblant à des caricatures qui donnent du cachet à cet ouvrage. Donc un bel objet.

          « Le gueuloir réunit les principales fulgurances glanées dans la correspondance de Gustave Flaubert. Les femmes, les bourgeois les gens de lettres, l’Art, la morale, la politique, la religion : en grand pourfendeur de la bêtise, l’Excessif (tel qu’il aimait à se surnommer lui-même) n’épargne personne. Ripailleur et tonitruant, il se montre tout autant épris d’absolu que sensible jusqu’à la mélancolie», nous annonce la quatrième de couverture.

 

Ce que j’en pense :

 

          Ces perles tirées des "correspondances" sont classées par ordre chronologique et s’étendent du  13 septembre 1838 au 3 mai 1880 et s’adressent à différents personnes. Elles sont accompagnées d'illustrations proches de la Caricature qui leur donnent du relief.

          Tout d'abord, quelques mots sur le titre, "Le Gueuloir": Flaubert s'enfermait dans une pièce de sa "boîte" du Croisset qu'il arpentait de long en large en récitant, en grondant les phrases qu'il venait d'écrire pour mieux se les approprier, les améliorer.

          On trouve ainsi Ernest Chevalier, avec lequel il a formé un journal manuscrit «Arts et progrès », Maxime Du Camp et  Louis Bouilhet, qui l’ont encouragé à se lancer dans l’écriture de Madame Bovary, Laurent Pichat, Ernest Feydeau, (à partir de 1858), aux frères Goncourt (à partir de 1862).

          On trouve des femmes aussi avec une privilégiée Louise Colet, jusqu’en 1857, mais aussi  sa nièce, Caroline Flaubert Hamard, avec la quelle il correspondra toute sa vie, Madame Roger des Genettes, la Princesse Mathilde 1866, George Sand que l’on rencontre en 1867 sans oublier sa mère.

          On croise au passage Guy de Maupassant, et même Tourguéniev…

          Bien sûr, j’ai eu envie d’en savoir davantage sur Louise Colet, poétesse qui a côtoyé tout le monde littéraire de l’époque, et fut la maîtresse de Flaubert alors qu’il était loin d’être connu, mais aussi celle de Vigny, Musset et d’autres encore. Leur rupture en 1856 fut douloureuse et Louise est tombée dans l’oubli, alors qu’elle a reçu le prix de l’Académie Française… (Petite digression qui ne figure pas dans le livre)

          Non seulement les correspondants sont variés mais les thèmes également, il aborde aussi bien  l’amour, que l’Art qu’il écrit toujours avec une majuscule, le talent, la critique, la politique, la religion

          Ce livre est jubilatoire. Flaubert a un esprit malicieux, caustique parfois, lucide, sans concessions qui me plaît énormément. Certaines phrases sont toujours d’actualité, hélas, preuve qu’on ne retient rien des enseignements de l’Histoire.

         On le voit tour à tour lucide, caustique, puis survient la sphère de l’intime, qui se glisse subrepticement dévoilant un être sensible, qui se fait peu d’illusions sur ses contemporains.  Il nous surprend, c’est un magicien des mots. Qui oserait écrire ainsi de nos jours sans narcissisme.

          Bref, j’ai adoré le style, j’aime l’auteur donc c’était sûr que ce gueuloir me plairait. Je l’ai consommé comme une gourmandise, par petits bouts, pour bien apprécier chaque phrase, y revenir, souligner certaines. Il est assez court, 164 pages, mais d’une telle densité. C’est un peu comme manger des yeux la carte d’un chef étoilé.

          Bref, je remercie vivement Masse Critique Babelio, et les éditions « Le Castor Astral » pour ce magnifique cadeau que je conseille à tous de lire. Il n’est nul besoin d’aimer Flaubert pour l’apprécier, et quand on l’aime, on n’a qu’une envie le relire. Ce qui était déjà dans mes prévisions… Le Castor Astral publie également "Le Candidat" et "Le Dictionnaire des idées reçues"

          Note : 9,4/10

 

 

L’auteur :

 

Gustave-Flaubert_731

 

http://flaubert.univ-rouen.fr/biographie/  site très bien fait sur sa biographie

http://omnilogie.fr/O/Le_gueuloir_de_Flaubert

https://skriban.wordpress.com/2011/09/17/dans-le-gueuloir-de-gustave/

http://flaubert.univ-rouen.fr/biographie/mathilde_salon.php : salon de la Princesse Mathilde

 

 

Extraits :

 

          L’amitié n’est que l’égoïsme des gens du cœur. A Ernest Chevalier 29 mars 1841.

 

          Une belle chose qu’un souvenir ; c’est presque un désir qu’on regrette. A Ernest Chevalier 29 mars 1841.

 

          La félicité est un manteau de couleur rouge qui a une doublure en lambeaux ;  quand on veut s’en recouvrir, tout part au vent, et l’on reste empêtré dans ces guenilles froides que l’on avait jugées si chaudes. A Maxime Du Camp, 7 avril 1846.

 

          Quand  le soleil brille, il y a autant de rubis dans le fumier que de perles dans la rosée. A Louise Colet, 6 septembre 1846.

 

          On fait de la critique quand on ne peut pas faire de l’Art, de même qu’on se met mouchard quand on ne peut pas être soldat. Je voudrais bien savoir ce que les poètes de tout temps ont eu de commun dans leurs œuvres avec ceux qui en ont fait l’analyse ! A Louise Colet, 14 octobre 1846.

 

          Modère les emportements de ton esprit qui t’ont tant fait souffrir. La fièvre ôte de l’esprit ; la colère n’a pas de force, c’est un colosse dont les genoux chancellent et qui se blesse lui-même encore plus que les autres. A Louise Colet, 13 décembre 1846.

 

          Le bonheur est un mensonge dont la recherche causse toutes les calamités de la vie. Mais il y a des paix sereines qui  l’imitent et qui sont supérieures peut-être. A Louise Colet, octobre 1847.

 

          La bêtise est quelque chose d’inébranlable ; rien ne l’attaque sans se briser contre elle. Elle est de la nature du granit, dure et résistante. A Louis Bouilhet, 6 octobre 1850.

 

          Le cœur dans ses affections,  comme l’humanité dans ses idées, s’étend sans cesse en cercle plus élargis. A Louise Colet, 20-21 mars 1852.

 

          L’Art est une représentation, nous ne devons penser qu’à représenter. Il faut que l’esprit de l’artiste soit comme la mer, assez vaste pour qu’on n’en voie pas les bords, assez pur pour que les étoiles du ciel s’y mirent jusqu’au fond. A Louise Colet, 13 septembre 1852.

 

          La censure, quelle qu’elle soit, me paraît une monstruosité, une chose pire que l’homicide ; l’attentat contre la pensée est un crime de lèse-âme. A Louise Colet, 9 décembre 1853.

 

          Ecrivons, nom d’un pétard ! Ficelons nos phrases, serrons-les comme des andouilles et des carottes de tabac. Masturbons le vieil art jusque dans le plus profond de ses jointures. Il faut que tout en pète, Monsieur.  A Ernest Feydeau, décembre 1858.

 

 

Lu en février 2016