Lorsque l’auteur Henning Mankell a disparu, je me suis dis qu’il devenait impérieux de lire un de ses romans. J’ai vu beaucoup d’épisodes de la série Wallander, mais j’ai préféré opter pour ce roman, pour mieux m'immerger dans son univers.

 

les chaussures italiennes Henning Mankel 2

 

Résumé

 

          C’est l’histoire de Fredrik Welin, âgé de la soixantaine, qui vit reclus en parfait misogyne sur son île, sur la Baltique, battue par les vents au rythme des saisons, avec pour seules compagnes sa chatte et sa chienne âgées toutes les deux. Seul Janson,  le facteur vient le voir régulièrement avec son hydrocoptère, rompant la solitude.

          Tous les matins, armé d’une hache il remonte le ponton pour aller faire un trou dans la glace et s’immerger dans l’eau glacée.   Pourquoi s’impose-t-il une vie aussi austère ? Une faute à payer ? Une désillusion, voire un chagrin d’amour ?

          Un jour, il voit apparaître sur la glace une silhouette avec un déambulateur : c’est Harriett son amour de jeunesse qui vient lui rendre visite. Atteinte d’un cancer, cette dernière veut faire le point sur sa vie et comprendre pourquoi Fredrik l’a quittée autrefois.

 

Ce que j’en pense :

 

          On fait peu à peu la connaissance de cet homme curieux et sympathique bien que rustique et austère. Dans une autre vie il a été médecin mais un drame est arrivé et il a quitté l’hôpital où il était chirurgien pour revenir sur la terre de ses ancêtres.

          Son seul contact avec son métier d’avant, c’est Janson, hypochondriaque qui lui offre régulièrement quelques symptômes mais Fredrik refuse de le considérer comme un patient, car il pense avoir tourné la page de la médecine. Outre le rituel de l’immersion, il tient son journal, autre rituel…

          Ce loup solitaire cohabite avec une fourmilière qui s’est constituée au fil des années, envahissant peu à peu, une des pièces de la maison, sans qu’il essaie de la déloger : deux sociétés qui cohabitent, une civilisée, l’autre solitaire qui a rompu tout lien avec les autres hommes. Comment en est-il arrivé à tout quitter pour se terrer sur cette île et que signifie ce rituel du bain glacé qui ressemble à un châtiment expiatoire ?

          Le premier contact avec Harriet fait des étincelles on s’en doute, car elle vient envahir son territoire. Elle veut des réponses à ses questions, et notre héros va être obligé d’ouvrir une brèche dans son armure. Il lui avait promis autrefois de m’emmener vers un lac perdu qu’il avait découvert avec son père et elle entend bien lui faire respecter cette promesse.

          Leur équipée est tellement surprenante, improbable, qu’on adhère tout de suite, car on a envie de savoir ce qui s’est passé entre eux et on ne sera pas déçu du voyage, car on va faire la connaissance d’autres personnages hauts en couleurs, Agnès qui accueille dans sa ferme des jeunes filles en état de  grande souffrance, Louise qui vit dans une caravane, eu peu en marge elle-aussi, écologiste qui écrit aux grandes décideurs de ce monde pour qu’ils changent leurs comportements, et le vieil homme italien qui confectionne des chaussures sur mesure.

          La Nature et ses éléments est aussi un personnage important du roman, car l’auteur lui reconnaît ses droits, il décrit bien la façon dont l’homme et elle devrait cohabiter, dans le respect. On voit défiler les saisons, la description des solstices, de la beauté des tempêtes,  par exemple, est à couper le souffle.

          Une belle histoire, des personnages avec des failles, des cadavres un peu bizarres entretiennent le rythme de l’écriture, avec les colères, les disputes… Henning Mankell nous parle de la vie, de la solitude, de la mort, de l’humain, de l’amour, simplement avec lucidité, (Un court instant j’ai osé me voir, tel que j’avais été et tel que j’étais devenu.) peut-on lire  P 106, sans complaisance et c’est ce qui nous touche.

          J’ai bien aimé ce roman, il m’a fait voyager, l’histoire m’a plu donc, c’est un auteur que je vais continuer à découvrir.

          Note : 8/10

 

 

L’auteur :

 

          Né en 1948 en Suède Henning Mankell est l’un des maîtres incontestés du roman policier avec le légendaire inspecteur Kurt Wallander, incarné à l’écran par Kenneth Branagh  et s’est également imposé en littérature.

          Il a reçu plusieurs prix : le prix Niels Holgersson en 1991, le prix clé de verre en 1992 pour « Meurtriers sans visage », le prix du meilleur policier suédois à 2 reprises, et en 2000 le prix mystère de la critique pour « le guerrier solitaire ».

         Mondialement connu, il partageait sa vie entre la Suède et le Mozambique où il a monté une troupe de théâtre : « le teatro avenida ». Atteint d’un cancer il s’est éteint en octobre 2015 à Göteborg.

 

 

Extraits :

 

          J’avais du mal à concevoir qu’elle puisse être si près de la mort – un être humain tout près de la dernière frontière, là où un autre monde, ou un autre obscurité  prend le relais. P 54

 

          La mort ne me fait pas peur. Ce que je n’aime pas, c’est l’idée que je vais devoir rester morte si longtemps. P 80

 

          Quand on voyage en voiture dans un paysage hivernal, on peut avoir la sensation d’avoir franchi le mur du son. Tout est silence, au-dedans comme au dehors. L’été, le printemps, l’automne ne sont jamais silencieux. L’hiver, lui, est muet. P 82

 

          Il arrive un moment où on n’a plus la force de nier ce qui arrive. La mort, d’ailleurs, c’est la seule chose évidente qui existe, dans la vie. Même un fou le sent quand c’est l’heure de partir. P 93

 

          Au bord du petit lac, j’avais vu sa solitude. A présent, je comprenais qu’elle était aussi la mienne.

         Ça me faisait peur. Je n’en voulais pas.

         Je ne voulais pas être un homme qui se trempait dans un trou d’eau glacé pour vérifier qu’il était encore vivant. P 99

 

          Il est aussi facile de se perdre à l’intérieur de soi que sur les chemins des bois ou dans les rues des villes. P 156

 

          Le journal que je tenais, et où il était essentiellement question de jaseurs disparus et des maux dont souffraient ma chienne et ma chatte avait pour but de me rappeler chaque jour la vie creuse que je menais. Je parlais des oiseaux pour confirmer l’existence d’un vide. P 225

 

 

Lu en janvier 2016