Le hasard faisant bien les choses, les deux livres de la rentrée littéraire 2015 pour lesquels j’étais sur une liste d’attente à la médiathèque, depuis quelques temps déjà, sont arrivés en même temps dans mon escarcelle… j’ai parlé il y a quelques jours du livre de Delphine de Vigan, place maintenant à : « Le livre des Baltimore » de Joël Dicker.

 

Le livre des Baltimore de Joël Dicker

 

Quatrième de couverture

 

          Jusqu’au jour du Drame, il y avait deux familles Goldman. Les Goldman-de-Baltimore et les Goldman-de-Montclair.

          Les Goldman-de-Montclair, dont est issu Marcus Goldman, l’auteur  de « La vérité sur l’affaire Harry Quebert », sont une famille de la classe moyenne, habitant une petite maison à Montclair, dans le New Jersey.

          Les Goldman-de-Baltimore sont une famille prospère à qui tout sourit, vivant dans une luxueuse maison d’une banlieue riche de Baltimore, à qui Marcus vouait une admiration dans borne.

          Huit ans après le Drame, c’est l’histoire de sa famille que Marcus Goldman décide cette fois de raconter, lorsqu’en février 2012, il quitte l’hiver new-yorkais pour la chaleur tropicale de Boca Raton, en Floride, où il vient de s’atteler à son prochain roman.

          Au gré des souvenirs de sa jeunesse, Marcus revient sur la vie et le destin des Les Goldman-de-Baltimore et la fascination qu’il éprouva jadis pour cette famille de l’Amérique huppée, entre vacances à Miami, la maison de vacances dans les Hamptons et les frasques dans les écoles privées. Mais les années passent et le vernis des Baltimore s’effrite à mesure que le Drame se profile. Jusqu’au jour où tout bascule. Et cette question : qu’est-il vraiment arrivé aux Goldman-de-Baltimore ?

 

Ce que j’en pense :

 

          Ayant plutôt apprécié « La vérité sur l’affaire Harry Québert », page turner qui m’a accompagné pendant l’été 2013 (ou 2014 ?), et sa prestation pétillante à la Grande Librairie, je m’étais dis pourquoi pas…

          Cette histoire avait tous les ingrédients pour me plaire : saga familiale, secrets de familles, une ravissante jeune fille puis femme dont tout le clan tombe amoureux, un écrivain qui est à la recherche d’un thème pour son deuxième roman, le premier ayant été, bien-sûr un best-seller….

          Certes, au début, on prend du plaisir à faire la connaissance de Marcus (en fait, on le connait déjà si on a lu « La vérité… », de son cousin Hillel, enfant surdoué évidemment en échec qui se fait harceler par les autres élèves, jusqu’au jour où débarque dans sa vie Woody, le sportif accompli, abandonné par sa famille et quasiment adopté par les Goldman-de-Baltimore, formant ainsi le « gang des Goldman ».

          Cela partait assez bien, avec le patriarche Goldman qui a constitué à la sueur de son front sa propre entreprise qu’il veut transmettre à ses deux fils, Nathan père de Marcus et Saul, père d’Hillel.

          On a droit à tous les clichés sur la richesse des uns, la vie plus ordinaire des autres, les jalousies, le sacro-saint football, l’argent qui dégouline partout…. J’ai commencé à déchanter. Page 180, j’ai jeté un coup d’œil à la fin : zut encore presque  trois cents pages…. Vais-je y arriver?

          Les allées et venues sans arrêt entre les différentes époques pour maintenir le lecteur éveillé, le Drame, toujours écrit avec un D majuscule, donc on pense que cela va être apocalyptique…. En fait, j’ai terminé le livre pour connaître le fameux Drame….

          J’avais envie de lectures légères depuis les attentats, avec le besoin de ne pas trop réfléchir et mettre mes neurones en vacances. Et bien, j’ai été servie. J’ai tourné les pages comme pour Harry Québert, mais plus avec le même enthousiasme. Et j’ai eu l’impression de me retrouver dans « Dallas » ou « les Feux de l’Amour », avec les mêmes coups tordus, on s’aime, on se déchire, on se re-aime, le fric en abondance et… c’est à peu près tout.

          Je retiens quand même le fait que Joël Dicker sait nous appâter pour aller au bout du livre afin de connaître à tout prix ce fameux Drame. On lui reconnaît quelques « fulgurances » telle celle-ci :

          Désormais, les gens veulent de l’image. Les gens ne veulent plus réfléchir, ils veulent être guidés. Ils sont asservis du matin au soir et quand ils rentrent chez eux, ils sont perdus : leur maître et patron, cette main bienfaitrice qui les nourrit, n’est plus là pour les battre ou les conduire. Heureusement il y a la télévision. L’homme l’allume, se prosterne et lui remet son destin. P 132

          Peut-être en attendais-je trop ? Peut-être devrais-je moins me laisser influencer par François Busnel ? Me méfier encore davantage des best-sellers ? Quoi qu’il en soit, ce livre a eu l’effet escompté, une lecture simple, pas besoin de réfléchir.

          Et il faut reconnaître que la deuxième moitié du livre (notamment les 3e et 4e parties) sont plus captivantes. Joël Dicker explore davantage la personnalité de chacun, ce que les êtres sont réellement et ce que le héros projette sur eux. Il démonte le mirage du rêve américain, la violence de la société…

          Donc, une fois encore, un avis très mitigé, et l’impression que l’auteur aurait pu aller plus loin, dans la recherche des personnages en étant plus sobre sur les niveaux de vie, et certains clichés.

 

          Note : 7/10 (pour la deuxième moitié du  roman)

 

 

L’auteur :

 

          Joël Dicker est né à Genève en 1985.

          Son premier roman, « Les derniers jours de nos pères » a reçu le Prix des écrivains genevois en 2010.

          Il a publié en 2012 « La vérité sur l’affaire Harry Quebert » qui a obtenu successivement le Prix de la Vocation Bleustein-Blanchet, le grand Prix du Roman de l’Académie Française, et le 25e Prix Goncourt des Lycéens.

 

"Le Livre des Baltimore" de Joël Dicker, un grand roman sur la fragilité des destins

Extraits :

 

         Les Baltimore étaient les servis, nous étions les servants. P 31

 

          Il y a eu une époque où les vedettes en Amérique étaient des cosmonautes et des scientifiques. Aujourd’hui, nos vedettes sont des gens qui ne font rien et passent leur temps à se photographier, eux-mêmes ou leur assiette. P 49

 

          Vous savez, Goldman, l’édition c’est fini. Les enfants de vos enfants regarderont les livres avec la même curiosité que nous regardons les hiéroglyphes des pharaons. Ils vous diront : « Grand-père, à quoi servaient les livres ? » et vous répondrez : « à rêver. Ou, à couper des arbres, je ne sais plus. P 132

 

          Ils invitent des amis, se rendent à des soirées de charité : la présence de tiers leur évite l’ennui. Les discussions embrayent avec plus de facilité. Mais dans la voiture du retour plus un mot. Ils parlent d’un tel, ou d’un autre. Jamais d’eux. Ils ont été tellement occupés avec leurs enfants qu’ils ne se sont pas rendu compte qu’ils n’avaient plus rien à se dire. P 388

 

          J’en vins à me demander si, enfant, c’était moi qui avais rêvé à leur place. Si au fond, je ne les avais pas perçus différemment de ce qu’ils étaient réellement. Avaient-ils été réellement ces êtres hors du commun que j’avais tant admirés. Et si tout ceci n’avait été qu’une création de mon propre esprit ? Et si, depuis toujours, j’étais moi-même mon propre Baltimore ? P 399

 

          Les drames sont inévitables. Ils n’ont pas beaucoup d’importance, au fond. Ce qui compte, c’est la façon dont on parvient à les surmonter.

          Beaucoup d’entre nous cherchons à donner un sens à nos vies, mais nos vies n’ont de sens que si nous sommes capables d’accomplir ces trois destinées : aimer, être aimé et savoir pardonner.  P 468

 

 

Lu en décembre 2015

 

 

Rentrée littéraire 2015