J’ai été choisie par babelio via masse critique spécial pour recevoir, lire et chroniquer ce livre, premier roman de l’auteure américaine Valerie Geary et l’expérience était très tentante.

 

celles de la rivière de Valérie Geary

Quatrième de couverture

 

 

          La femme qu’emporte la rivière Crooked flotte entre deux eaux. Sur la rive, deux fillettes qui jouent dans l’après-midi ensoleillé. Elles sont les premières à découvrir le corps et, soudain, leurs jeux cessent. Leur enfance bascule dans la dureté du monde des adultes.

          La veille, leur père les a laissées seules suffisamment longtemps pour qu’elles puissent le croire coupable de meurtre. Pour ne pas le perdre, comme elles ont perdu leur mère quelques semaines auparavant, elles décident de mentir sur son emploi du temps… et resserrent bien malgré elles les mailles du soupçon autour de lui, le livrant en pâture à une petite ville dont les préjugés et les rancunes lui laissent peu de chances…

 

 

Ce que j’en pense :

 

          Ce premier roman de Valérie Geary est assez particulier. On plonge rapidement dans un univers étrange, alors qu’on pourrait se croire, au début du moins, dans une intrigue policière. C’est loin d’être aussi simple en fait.

          On a d'abord l'histoire de ces deux soeurs : Olivia, alias Ollie, neuf ans et Samantha alias Sam, quinze ans et des liens très forts qui les unissent entre elles, mais aussi à leur père que Sam appelle Ours et de leur mode de vie particulier, cet été-là.

          Après la découverte du corps de la jeune femme, les deux sœurs ont un comportement pour le moins étrange. Elles ne disent rien, comme si elles craignaient que leur père, qui bizarrement les a laissées seules la nuit précédente, y soit pour quelque chose.

          Ce cadavre fait remonter également des souvenirs douloureux : leur mère est morte d’une crise cardiaque récemment, et leurs grands-parents étant en vacances, leur garde a été confiée à leur père, un homme étrange qui vit solitaire, en communion avec la nature, dans un tipi installé sur un champ où il élève des abeilles. Seul lien avec la « civilisation » le couple de fermiers auquel il loue le champ.

          Depuis la mort de leur mère, Ollie n’arrive plus à parler. Elle a déjà réagi de cette manière quelques années plus tôt à la mort de sa tante. Les deux filles vont découvrir des indices qu’elles ne montreront pas forcément à la police, pour protéger leur père ?

          En fait, toute l’histoire va tourner autour de vieux démons : les gens qui ne se comportent pas selon mes normes en vigueur sont forcément mauvais, louches, donc des assassins en puissance. Le démon de l’intolérance n’est jamais très loin.

          Le roman est raconté de façon alternative par Ollie et Sam, et c’est ce qui fait son charme. En effet, Sam est une ado, la tête bien sur les épaules, elle va à  la recherche de la vérité car elle est persuadée que son père est innocent. Elle se conduit en détective parfois de façon caricaturale.

          Ollie est un être très sensible. Elle ne peut plus parler car elle voit les fantômes, elle a des prémonitions qui exaspèrent sa sœur aînée qui n’hésite pas à la bousculer car elle ne croit pas à ces balivernes.

          J’ai bien aimé le rapport à la nature de l’auteure, la description des abeilles, leur comportement entre elles, les rapports hiérarchisés… comme si l’auteure leur donnait une âme et pourquoi pas après tout. Il y a aussi l’écoute de la nature, des arbres, les bruits de la rivière, tout est vivant.

          J’ai eu envie de lire ce livre car le titre, assez énigmatique, m’a plu. Je ne connaissais pas les éditions « Mosaïc », "qui traduisent des auteurs essentiellement anglo-saxons" qui sont des best sellers dans leur pays d'origine" (Mosaïc appartient à Hachette Livre et à Harper Collins).

        D’autre part, j’aime bien les récits quelque peu ésotériques, avec des fantômes qui guident une enquête, des prémonitions, des personnages farfelus et là j’ai été servie…

          C’est le premier roman de Valérie Geary, l’écriture me plaît, servie par une traduction de qualité; on s’attache à ces deux gamines, et peu à peu, passé un premier moment de déstabilisation,  on se prend au jeu, et on le dévore car l’alternance des récits d’Olllie et de ceux de Sam crée un suspense …

          J’ai passé un bon moment et, par les temps qui courent, c’est appréciable….

          Note : 7/10

         Un grand merci à Babelio et aux éditions "Mosaïc" pour m'avoir permis cette découverte...

 

L’auteur :

 

          Valérie Geary a grandi à Albany, dans l'Oregon. Diplômée en littérature anglaise à l'Université de Californie du Sud, elle a travaillé d'abord dans une librairie avant de commencer à publier ses nouvelles.

           "Crooked river" ("Celles de la rivière") est son premier roman.

           Elle vit à Portland, dans l'Oregon avec son mari.

 

Extraits :

 

          Les abeilles sont petites et elles volent vite ; les pister, c’est comme essayer de suivre un grain de poussière sous le soleil. Le mieux à faire est de se focaliser sur leur mouvement, sans regarder où l’on met les pieds, et de courir aussi vite et aussi droit que possible.

 

          Toutes les explications et les excuses du monde ne changeraient rien à ce qui s’est passé. On porte le poids de son passé avec soi, quoi que l’on fasse pour s’en libérer… après tout j’étais venue ici pour connaître la vérité, et Ours me la donnait – qu’elle me plaise ou non.

 

          Ce n'est pas parce qu'on ne peut pas voir quelque chose que ça n'existe pas.

 

          Les gens ne peuvent pas faire semblant d'être quelqu'un d'autre pendant très longtemps. Au bout d'un moment, il devient trop fatigant de mentir, et leur vraie nature finit par ressortir.

 

 

Lu en novembre 2015