Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai prévu de lire, il y a fort longtemps, commencé, puis posé, puis recommencé. Il s’agit de « La peau de chagrin » d’Honoré de Balzac. C’est la première fois que je vais rédiger une chronique sur cet auteur que j’aime énormément. Donc, exercice périlleux ! Comment parler d’un auteur qu’on met hors catégories sans avoir l’impression de commettre un sacrilège ?

 

La peau de chagrin de Balzac

 

 

Résumé

 

           C’est l’histoire d’un jeune homme Raphaël de Valentin, marquis ruiné qui vit chichement dans une chambre dans un vieil hôtel miteux, sous le regard bienveillant de sa logeuse et de la fille de celle-ci Pauline. Sa vie dénuée de tout sens le pousse à jouer son ultime pièce d’or à la roulette.

          Le destin ne lui sourit pas, il décide de se suicider et se dirige vers les quais de la Seine..

         Chemin faisant, il rencontre un antiquaire qui lui confie une « peau de chagrin », censée exaucée tous ses désirs. Notre jeune homme accepte et son destin va bien sûr basculer.

          Après cette rencontre, il renonce au suicide et rencontre alors une bande de joyeux lurons qui l’emmène ripailler chez un notaire. Tout devrait donc commencer à lui sourire. Lors de cette soirée, il raconte aux autres invités sa rencontre avec Rastignac dont on a fait la connaissance dans « Le père Goriot » tout le monde se souvient de la célèbre phrase « à nous deux Paris » à la fin du livre…  

          Rastignac lui a fait connaître Foedora devant laquelle les jeunes gens se pâment, se meurent d’amour… et qui l’entraînera vers cette décision fatale du suicide.

 

Ce que j’en pense :

 

          Raphaël de Valentin est un personnage particulier dans l’œuvre de Balzac, « Raphaël le débauché » qui brûle la chandelle par les deux bouts en signant un pacte avec le diable. Il veut réussir sa vie et surtout ne plus être pauvre, car l’argent semble être la seule réponse dans la vie. Est-ce qu’obtenir ce que l’on désire passe uniquement par la nécessité d’être riche ?

          Balzac pose différentes questions avec ce roman : le bonheur réside-t-il dans la richesse, dans l’avoir ou ne va-t-il pas plutôt se nicher dans l’être ? Posséder, l’argent mais aussi l’autre, ou exister ? Est-ce que l’amour s’achète ?

          On retrouve aussi la différence entre être et paraître, les biens terrestres et les biens spirituels, et l’auteur nous pousse à réfléchir sur la nature et l’origine du bonheur : Raphaël met sur le compte de la peau de chagrin l’exaucement, la satisfaction du moins de ses désirs, comme si tout devait venir de l’extérieur, l’homme n’y étant personnellement pour rien, ce qui va conduire à la société de consommation, avoir toujours plus, posséder encore et toujours, dans une fuite à l’infini.

          Balzac nous fait réfléchir aussi sur la place de l’homme dans la nature, la nécessité d’une communion entre les deux, l’homme étant en interdépendance avec la nature.

          J’aime l’écriture de Balzac, même si parfois, il nous noie sous les détails. Elle est fluide, aérienne. On a l’impression de voir la scène sur un écran, justement grâce à ces détails. On a le son et l’image. On peut rêver. Je voyais Foedora se déplacer dans l’espace, traitant les autres avec mépris, ignorant l’un, favorisant l’autre pour entretenir les rivalités. Elle n’existe que par sa cour et ses artifices.

          Le personnage de Pauline est plus simple, elle n’est pas calculatrice, attendant exigeant tout des autres comme le fait Foedora. L’une est naturelle parfois même nunuche par sa sincérité alors que l’autre est dans le virtuel, dans l’apparence, personnifiant ainsi ce que Balzac veut faire passer comme message (l’être et le paraître, la réalité et le virtuel dirait-on de nos jours, le principe de réalité et  le principe de plaisir (clin d’œil aux disciples de Freud !!).

          Il décrit de belle manière, la superstition, l’obsession par une idée, une pensée qui l’envahit,  l’excès de pouvoir que Raphaël accorde à la peau de chagrin, qui en rétrécissant, raccourcit sa vie, le fait vieillir prématurément, lui vole sa vie, comme s'il y avait un conflit entre le désir et la longévité.

          J’aime beaucoup cet auteur, je lis chacun de ses romans, avec lenteur, en dégustant comme une friandise, même s’ils ne sont pas tous égaux, j’ai besoin de prendre mon temps, car j’ai envie très souvent de noter des phrases entières pour m’en souvenir…

          Je dois à Balzac une découverte importante : comme je l’ai déjà dit, à treize ans environ, j’ai reçu « Eugénie Grandet » à la distribution des prix (une cérémonie qui me laisse de très bons souvenirs, n’en déplaise à certains ministres…) et cela fut un coup de foudre, c’est le livre qui a changé ma vie comme dirait François Busnel (La Grande Librairie); je découvrais les grands auteurs pour la première fois, c’était l’entrée dans la cour des grands….

          Ensuite, Balzac m’a fait rêver avec le beau Lucien Chardon de Rubempré, ou avec « Le lys dans la vallée », et cela marche encore, heureusement car j’ai toute « la Comédie Humaine » à dévorer ou à relire selon les cas…..

          Donc encore un coup de cœur… j’espère que ma critique vous aura donné envie de lire ce roman si ce n’est déjà fait…

          Challenge « 19e siècle »

 

stickers-3d-feutrine-6-coeurs-rouges

 

L’auteur :

 

          Honoré de Balzac est né à Tours , le 20/05/1799 et meurt à : Paris , le 18/08/1850

balzac5-nadar_maxi

Balzac4 daguerreotype de Bisson

Balzac sa cafetiere



           Romancier, dramaturge, critique littéraire, critique d'art, essayiste, journaliste et imprimeur, il a laissé l'une des plus imposantes œuvres romanesques de la littérature française, avec 93 romans et nouvelles parus de 1829 à 1855, réunis sous le titre "La Comédie humaine". À cela s'ajoutent "Les Cent Contes drolatiques", ainsi que des romans de jeunesse publiés sous des pseudonymes et quelque vingt-cinq œuvres ébauchées.

           Il est un maître du roman français, dont il a abordé plusieurs genres : le roman historique et politique, avec "Les Chouans", le roman philosophique avec "Le Chef-d'œuvre inconnu", le roman fantastique avec "La Peau de chagrin" ou encore le roman poétique avec "Le Lys dans la vallée". Mais ses romans réalistes et psychologiques les plus célèbres, tels "Le Père Goriot", "Eugénie Grandet" ou "Illusions Perdues", lui ont valu une qualification réductrice d' «auteur réaliste», qui ignore son aspect visionnaire et la puissance de son imagination créatrice.

http://www.babelio.com/auteur/Honore-de-Balzac/25532

 

          Pour une biographie détaillée, je vous renvoie à l’excellent ouvrage de Roger Pierrot : « Honoré de Balzac », mais on peut passer un bon moment avec les biographies que lui ont consacrées Henri Troyat ou Stefan Zweig (que je n’ai pas encore lue)

 

Extraits :

Extrait-de-La-Peau-de-chagrin-p-117

 

          Enfin, existe-t-il chose plus déplaisante qu’une maison de plaisir ? Singulier problème ! Toujours en opposition avec lui-même, trompant ses espérances par ses maux présents,  et ses maux par un avenir qui ne lui appartient pas, l’homme imprime à tous ses actes le caractère de l’inconséquence et de la faiblesse. Ici-bas, rien n’est complet que le malheur. P 11

 

          Oh ! lui dit Emile, qui l’écoutait, tu prends le coupé de l’argent de change pour le bonheur. Va, tu  serais bientôt ennuyé de la fortune en t’apercevant qu’elle te ravirait la chance d’être un homme supérieur. Entre les pauvretés de la richesse et les richesses de la pauvreté, l’artiste n’a-t-il jamais balancé ? P 44

 

          Emportés par une espèce de tempête, ces esprits semblaient, comme la mer irritée contre ses falaises, vouloir ébranler toutes les lois entre lesquelles flottent les civilisations, satisfaisant ainsi sans le savoir à la volonté de Dieu, qui laisse dans la nature le bien et le mal en gardant pour lui seul le secret de leur lutte perpétuelle. P 47

 

          La liberté enfante l’anarchie, l’anarchie conduit au despotisme, et le despotisme ramène à la liberté. P 49

 

          Le despotisme fait illégalement de grandes choses, la liberté ne se donne même pas la peine d’en faire légalement des petites. P 51

 

          Le matérialisme et le spiritualisme sont deux jolies raquettes avec lesquelles des charlatans en robe font aller le même volant. P 53

 

          Bientôt quelques rires éclatèrent, le murmure augmenta, les voix s’élevèrent. L’orgie domptée pendant un moment, menaça de se réveiller. Ces alternatives de silence et de bruit, eurent une vague ressemblance avec une symphonie de Beethoven. P 59

 

          Pour juger un homme, au moins faut-il être dans le secret de sa pensée, de ses malheurs, de ses émotions ; ne vouloir connaître de sa vie que les évènements matériels, c’est faire de la chronologie, l’histoire des sots.

 

          Notre conscience est un juge infaillible, quand nous ne l’avons pas encore assassinée. P 118

 

          La débauche est certainement un art comme la poésie, et veut des âmes fortes. Pour en saisir les mystères, pour en savourer les beautés, l’homme doit en quelque sorte s’adonner à de consciencieuses études. Comme toutes les sciences, elle est d’abord repoussante, épineuse. D’immenses obstacles environnent les grands plaisirs de l’homme, non ses jouissances de détail, mais les systèmes qui érigent en habitude ses sensations les plus rares, les résument, les lui fertilisent en lui créant une vie dramatique dans sa vie, en nécessitant une exorbitante, une prompte dissipation de ses forces.

 

Lu en octobre 2015