Comme vous avez pu le constater, mes lectures sont très éclectiques et les choix sont en lien avec l’intensité des symptômes de ma maladie chronique. Dans les périodes de fatigue intense, je prends un polar pour mettre mon cerveau en mode « pause » et protéger mes neurones. Il m’arrive donc d’avoir plusieurs livres en route en même temps…

         Je vous parle donc aujourd’hui d’un livre avec lequel j’ai passé de très bons moments :

Fractures de Franck Thilliez

 

Résumé

 

          C’est l’histoire d’Alice Dehaene qui suit une psychothérapie d’un genre particulier avec le Dr Luc Graham afin de traquer les zones d’ombre qui peuplent sa vie.

          Son père, Claude, était journaliste et couvrait les évènements du Liban (massacres de Sabra et Chatila) dont il revenu en bien triste état, rongé par la culpabilité de n’avoir pas pu sauver une famille qui le cachait et d’avoir assisté, impuissant à l’exécution de tous ses membres. Au retour, victime d’un syndrome de stress post-traumatique, il sera suivi en thérapie mais il abandonnera rapidement le traitement et son métier de journaliste pour aller s’installer dans un coin retiré à la campagne.

          Un soir, il se retrouve aux urgences après avoir reçu des coups de couteau qu’il dit s’être infligés lui-même. Au même moment, l’assistante sociale du service psychiatrique trouve un corps recroquevillé sur lui-même, toujours en vie mais mutique, catatonique.

 

 

Ce que j’en pense :

 

          On plonge dans l’histoire de la folie avec ce roman, qui aborde les personnalités multiples, le stress post-traumatique. C’est tempête sous un crâne avec l’héroïne Alice qu’on suit avec plaisir dans sa quête pour trouver l’origine de ses « trous noirs » au cours desquels, elle agit sans garder aucun souvenir. Quelques heures de sa vie qui lui échappent, régulièrement, quand le stress devient trop important.

          Franck Thilliez nous tient en haleine jusqu’au bout du roman, on a comprend bien que le père d’Alice n’est pas rentré indemne du Liban, mais qu’est ce qui peut bien relier ce homme, avec Luc Graham, le psychiatre fragile, un peu déjanté comme on les aime dans polars, tellement investi dans son métier, ses patients avec lesquels il ne garde pas toujours une neutralité bienveillante, Dorothée, la jumelle d’Alice censée être décédée, l’homme retrouvé dans l’abribus, cet autre que l’on découvre assassiné…

          A côté des personnalités multiples, on a également la multiplicité des dates, avec des va et vient entre le présent et le passé, tel Alexandre qui retenu, captif, dans un endroit très bizarre après s’être fait enlever à son domicile.

         Parmi tous ces personnages, il y a aussi Julie Roqueval, assistante sociale en milieu psychiatrique qui se transforme en enquêtrice. Elle est pleine de bonnes intentions, pleine d’empathie, troublée par ce psychiatre énigmatique, et quelquefois se révèle un peu énervante car elle sort de son rôle, en jouant les experts : qui dit sang, dit ADN…

          On comprend très vite que tous les personnages sont reliés entre eux par quelque chose qui nous échappe et après avoir franchi la barre fatidique des cinquante premières pages qui sont déroutantes, on plonge dans l’histoire, on se laisse envahir par les évènements, les personnages comme si on faisait partie du scénario et on n’a plus envie de lever la tête…

          L’auteur aborde très bien le traumatisme, dans l’âge adulte mais aussi par le biais de l’enfance maltraitée, le deuil souvent impossible mais, je n’en dirai pas plus car cela pourrait donner des indices, et il vaut mieux découvrir le livre.

          J’ai découvert Franck Thilliez avec un roman assez récent « Puzzle » cet été et j’ai adoré donc j’ai eu envie de continuer l’expérience et, même si « Fractures » est moins envoûtant, j’ai pris beaucoup de plaisir avec ces personnages tordus, torturés par la vie. Donc, je vais continuer à explorer le monde de cet auteur qui me plaît décidément beaucoup.

 

          Note : 7,7/10

 

          Une mention spéciale pour la très bonne description de l’exercice de la psychiatrie, en milieu hospitalier mais aussi en libéral, dans une société stressée et stressante, qui veut tout, tout de suite, la surcharge de travail, l’empathie dont le médecin doit faire preuve envers le patient… le tout au détriment d’une vie familiale réduite à l’état de peau de chagrin, avec au bout le spectre du burn-out…

 

 

Un extrait :

 

          « Luc file à présent vers l’accueil. Il accélère. Courir dans les couloirs, monter, descendre, croiser, rencontrer, diagnostiquer, rassurer… S’user à la tâche avec ce sentiment d’importance de tenir un rôle dans ce microcosme dont la plupart des gens, dans la rue, se fichent et ignorent l’existence. »

 

          Je n’aurais pas orthographié ainsi, le pluriel me heurte, mais c’est le choix de l’auteur…

 

 

Lu en septembre 2015