Je vous parle aujourd’hui d’un livre découvert lors d’une opération masse critique spéciale et je remercie vivement Babelio et les éditions Flammarion qui m’ont permis de le découvrir. Il s’agit donc de « Vladimir Vladimirovich » de Bernard Chambaz.

 

Vladimir Vladimirovich de Bernard Chambaz

 

Résumé

 

          C’est l’histoire de Vladimir Vladimirovich qui, comble de malchance est l’homonyme de… Vladimir Vladimirovich Poutine qui joue les tsars dans le monde et se répand sur nos écrans, torse-nu à cheval, ou après un éblouissant papillon dans l’eau glacée, vient de pêcher un saumon énorme (que l’on a accroché loin des caméras, au bout de la ligne) quand il ne terrasse pas un adversaire au judo ou plonge en remontant des amphores de l’épave d’un navire échoué depuis longtemps (on remarque au passage qu’elles sont très propres, pas de coquillages accrochés…)

          Son dernier exploit, Poutine en deltaplane qui montre aux grues le chemin pour effectuer leur migration saisonnière. Comment faisaient-elles dans les siècles précédents, on ne sait plus, toujours est-il que le Tsar s’est trouvé là à point nommé pour les remettre dans le droit chemin.

          En regardant le match de hockey des jeux olympiques de Sotchi, que les Russes perdent alors qu’il était impensable qu’il ne soit pas en finale, Vladimir Vladimirovich  est frappé par le regard triste de Poutine, ses yeux de phoque…

          Une image de trop ? En tout cas notre Vladimir Vladimirovich Poutine, commun des mortels, machiniste de son métier,  commence à ne plus trop supporter cet homonyme et décide de récolter toutes les informations qu’il peut, pour écrire une pseudo-biographie du grand homme.

          On connait tous les diminutifs de Vladimir, notre héros va choisir de l’appeler Volodka, en ironisant parfois avec Volodka 1er et cela donne un roman surprenant dans lequel on se laisse entraîner avec plaisir…

 

Ce que j’en pense :

 

          Il s’agit en fait, de l’histoire de deux destins qui s’entremêlent, à tel point qu’on pourrait se demander qui est qui ? Qui est le double de l’autre ?

          L’auteur alterne ainsi les chapitres consacrés à la vie de Vladimir Vladimirovich qui note dans ses petits carnets rouge, noir tout ce qu’il trouve sur le président, collectionnant au passage les coupures de journaux qu’il trouve et les chapitres consacrés à Volodka, avec en toile de fond la nostalgie de l’ex URSS, et ses grandes figures : Staline et ses purges, ses colères, son intolérance à la contradiction qui voit des espions partout et les élimine, le NKVD, qui deviendra KGB rebaptisé FSB (ça fait moins peur), la conquête de l’espace, Gagarine, Eltsine et tant d’autres, les affaires : le Koursk, la prise d’otages dans l’école, dans l’opéra de Moscou.

          On voit le petit Volodka, pas forcément brillant mais appliqué don l’objectif est de travailler au KGB, remplir ses petites fiches de renseignements, apprendre l’allemand pour être nommé à Dresde où il assistera (pas physiquement) catastrophé à la chute du mur de Berlin. Sa petite vie de tous les jours d’espion appliqué avec sa femme Lioudmila et leurs deux filles, c’est drôle on ne l’imagine pas racontant des histoires à ses filles ou les cajolant, ce qu’il n’a probablement pas fait d’ailleurs…

          La vie de Vladimir Vladimirovich  est intéressante, son questionnement sur l’identité, sur la vie, sur le bien fondé des actes de Volodka. Il a été conducteur de tram, il peint à ses heures et a décidé d’écrire. Il ne parvient pas à oublier Tatiana sa femme dont il s’est séparée, il est attirée par Galina, il ne sait plus très bien où il en est, un peu à l’image de son peuple.

          Il est très attachant car on le voit évoluer, comme si l’âge (il a le même âge que Volodka) l’autorisait à regarder les évènements, la vie de tous les jours, au deuxième degré, s’affranchissant de l’action lobotomisante  des médias. Il livre l’information, mais l’interprète à défaut de la critiquer, avec beaucoup d’humour parfois.

          J’ai bien aimé ce chassé croisé entre les deux destins sur fond de jeux olympiques qui devaient montrer au monde la puissance de la Russie. C’est curieux, cela fait penser aux JO de Berlin à la gloire d’un autre maître du monde en 1936…

           Au passage, on a des allusions à Gogol qui occupe une place importante dans  le roman, et à son manteau « Gogol me tire par la manche », à Pouchkine… ce livre fait montre d’une grande sensibilité vis-à-vis de la Russie, de l’âme Russe, sa culture…

          J’ai beaucoup de choses à dire sur ce roman, mais je laisse les lecteurs le découvrir, car il fourmille d’anecdotes, il brocarde l’interprétation des évènements d’Ukraine… et tant d’autres, mais j’avoue que j’ai un peu décroché, du moins mon enthousiasme s’est ralenti, quand Vladimir Vladimirovich évoque Kim Jong-Un qui recherche tous ses homonymes dans son pays en les priant instamment de changer de nom car il ne peut y avoir qu’un Kim…

          Là, Volodka commençait franchement à m’énerver, avec ses yeux de phoques et son côté pervers de plus en plus évident et je me suis plus intéressée à la vie de Vladimir Vladimirovich… certains passages m’ont, d’ailleurs, rappelé une anecdote dont on a peu parler dans les médias : lors d’une rencontre au sommet avec Angela Merkel et Hollande pour un éventuel cessez-le-feu  en Ukraine, sachant pertinemment que la chancelière avait une peur bleue de chiens, il est arrivé avec molosses en laisse, histoire de la déstabiliser…

          Bon moment garanti. Si on cherche une biographie de Poutine, cela met en appétit mais comme le dit le héros avec humour, c’est une pseudo-biographie…

          J’aime la Russie, sa littérature, sa culture en général, son histoire (et l’Histoire en général). Je suis russophone, même si j’ai beaucoup oublié, par absence de pratique. Dans ce roman, j’ai retrouvé tout cela et surtout l’envie de découvrir les auteurs russes actuels que je connais très peu, je me suis arrêtée à Soljenitsyne…

          Note : 7,2/10

           C'est mon premier livre de la rentrée littéraire 2015 et cela commence plutôt bien...

 

L’auteur :

 

          Bernard Chambaz est né à Boulogne-Billancourt le 18/05/1949. Son père, Jacques Chambaz, fit partie du bureau politique du PCF de 1974 à 1979. Après une agrégation de lettres modernes et d'histoire, il se tourne vers l'écriture. En 2003, il se consacre au cyclisme en effectuant un Tour de France, sur le parcours de la Grande Boucle, pour les cent ans de l'épreuve

          Prix Goncourt du premier roman en 1993, Bernard Chambaz est historien, poète et romancier. Il est l’auteur de nombreux récits et romans parmi lesquels Yankee(prix Louis Guilloux), Ghetto (Seuil, 2009), Plonger (Gallimard, 2011) et Dernières nouvelles du martin-pêcheur (Flammarion, 2014, prix Louis Nucéra, prix Jouvenel de l’Académie française, Grand prix de littérature sportive).

 

Bernard CHAMBAZ

 

          http://www.dailymotion.com/video/x2vi8nc

 

Extraits :

 

          A la fin du match,  le Palais des glaces s’était métamorphosé en tombeau. Une image avait alors frappé Vladimir Vladimirovich : la tristesse dans les yeux de Poutine – une tristesse qu’on voit seulement dans les yeux des phoques. P 14

 

          Tout le monde l’appelait Poutine ou Vladimir Vladimirovich sans arrière-pensée d’aucune sorte, au dépôt des tramways, à l’académie de peinture, à la patinoire, au magasin du coin. On ne voyait pas en lui un homonyme du président et personne ne s’avisait qu’ils avaient le même âge. Il était machiniste et peintre du dimanche quand il n’avait pas de machine à conduire, il était devenu machiniste parce qu’il n’avait pas pu garder son poste de professeur à l’université. Au début, le quiproquo l’avait amusé. Cependant, il s’était vite lassé. Il s’était senti peu à peu dépossédé de lui-même. A vrai dire, il ne savait plus très bien qui il était et – comme il ne savait plus très bien dans quel pays il habitait – la vie était parfois compliquée. P 20

 

          Ce que Vladimir Vladimirovich a préféré, c’est le voyage de la torche olympique. Elle aura connu tous les ciels, tous les fuseaux horaires, tous les moyens de locomotion… A son grand regret il n’a pas été retenu pour la porter… Le président Poutine – lui – ne porte la flamme que pour l’allumer. Ce jour-là, il a l’air heureux, un léger sourire aux lèvres, comme s’il ne pouvait être que légèrement heureux. P 34

 

          Vladimir Vladimirovich reprend son calepin. Il note : prédateur – celui qui vit de sa proie. Il le referme, l’ouvre à nouveau pour écrire : proie – être vivant dont un animal s’empare pour le dévorer. Puis il va chercher ses cahiers dans le tiroir. Et il se dit que tout se passe comme s’il était cerné par le président Poutine et comme si le Président Poutine était cerné par les fantômes de Staline. P 72

 

          Vladimir est un prénom courant qui signifie en russe « le souverain de la paix ». Quand les parents choisissent ce prénom, ils ne peuvent cependant ignorer qu’ils placent leur enfant sous le patronage de deux figures tutélaires : Lénine, à fortiori pour un garçon né à Leningrad ; Vladimir 1er, le Saint, surnommé le Soleil Rouge, le grand prince de Kiev qui régna au tournant du premier millénaire et posa les fondements de la grandeur russe. P 73

 

           Ce type m’encombre, même si nous sortons tous du manteau de Gogol, décidément nous avons trop de points communs, MAIS QU’EST-CE QUE J’Y PEUX. P 195

 

          ... la statue de Gogol effondré sur sa chaise, absorbé par les plis de son manteau. P 273

 

Lu en septembre 2015