Je propose aujourd’hui un petit retour dans mon siècle préféré avec ce livre de Jane Austen.

 

Emma de Jane AUSTEN

 

 

Résumé

 

          C’est l’histoire d’Emma Woodhouse, jeune femme de vingt-et-un ans qui vit seule avec son père dans leur propriété de Hartfields. Sa sœur Isabelle, plus âgée, a épousé John Knightley, dont elle est très amoureuse ; ils ont cinq enfants et vivent à Londres. Tous reviennent de temps en temps dans la propriété, pas assez au goût de Mr Woodhouse.

          Autour de cette famille appréciée de tous gravite Miss Taylor l’ancienne gouvernante d’Emma qui a épousé à l’instigation de cette dernière Mr Weston, la jeune femme ayant trouvé dans l’organisation de ce mariage des dons de marieuse qu’elle compte bien réutiliser… Ils habitent la propriété de Randalls, tout près d’Emma.

          On rencontre aussi Harriet Smith qui devient une amie d’Emma qui veut la faire monter dans l’échelle sociale en lui trouvant un mari de rang plus élevé. Très (trop) consciente de son rang dans la société de l’époque, elle a tendance à se mêler de tout, privilégiant certaines personnes qu’elle juge plus dignes que les autres de son intérêt, mettant ainsi de côté arbitrairement une autre jeune femme qui aurait peu devenir son amie : Jane Fairfax.

          Rajoutons George, le frère de John Knightley, trente-sept ans, Franck Churchill, le fils de Mr Weston, à peu près du même âge qu’Emma, dont l’arrivée est toujours annoncée comme imminente et évoque plutôt l’Arlésienne, un pasteur Mr Elton et nous aurons une petite société fort intéressante vivant dans ce petit village de Highbury.

 

Ce que j’en pense :

 

          Jane Austen nous dépeint très bien la vie de tous les jours, dans la campagne anglaise, où la principale distraction pour ne pas dire occupation est d’aller chez les uns ou les autres, dîner ou prendre le thé en parlant de la pluie et du beau temps, en prenant bien soin de donner son avis éclairé sur tout.

          On prend garde à ne pas s’enrhumer, étant donné la météo, à alimenter la conversation, comme le feu dans la cheminée, en passant par les couvertures dans la voiture. Quand on ne se parle pas, on s’écrit, on se perd en tergiversation pour le moindre petit événement : un piano arrive chez Jane, qui a bien pu l’envoyer ? Dans quel but ? Que cela cache-t-il ?

          Bien installée dans son rôle de marieuse qui lui a si bien réussi avec Mme Weston, Emma décide de se remettre à l’ouvrage, en essayant de démontrer à son amie Harriet que le vicaire, Elton est amoureux d’elle, se mettant parfois dans des situations équivoques dont elle a du mal à se sortir. Certes, on aime son enthousiasme, la bienveillance dont elle fait preuve avec son père qui ronchonne tout le temps et n’est jamais content.

          Elle est pleine de bonne volonté, intelligente dans sa façon de s’exprimer, de voir les choses quand elle veut bien être de bonne foi. Ce qui donne des joutes verbales avec George Knightley assez agréables, car il n’hésite pas à lui exprimer clairement sa façon de penser.

          Elle a décidé de ne pas se marier et de vivre seule, se consacrant à son père. Seulement voilà, elle devient très vite irritante par son snobisme, son esprit de castes, son orgueil aussi qui la pousse à se montrer dure, ironique… Je pense que Jane Austen cherche à la rendre plutôt antipathique au lecteur, en tout cas, elle y parvient très bien…

          On devine très vite que chacun veut construire sa vie, si possible par un bon mariage, ce qui entraîne des quiproquos, et aussi se construire tout court, car la plupart sont jeunes. Parfois on se demande ce qui est le plus important, l’amour, la place sociale et Jane Austen nous régale avec des personnages caricaturaux, parfois odieux, arrivistes, avides de cancans, tel le vicaire parfois franchement stupide parlant pour ne rien dire telle Melle Bates, tante de Jane Fairfax, ou immature comme Franck Churchill, alors que d’autres sont parés de presque toutes les qualités tel George Knightley.

          C’est le troisième roman de Jane Austen que je lis. J’ai bien aimé « Raison et sentiments », de même que « Persuasion ». J’ai eu plus de mal commencer à m’intéresser à celui-ci, car il ya des longueurs, et je n’ai jamais baigné dans l’aristocratie anglaise, donc leurs codes m’irritent un peu, de même que leurs vies étriquées, centrées sur eux-mêmes, (cela leur ferait du bien de travailler un peu quand même…), mais on peut concéder une chose à l'auteure: au moins, à cette époque, les gens se parlaient, ils échangeaient leurs opinions propres, non inspirées des journaux télévisés comme à  notre époque. Le stress qui a empli nos vies, ne semblait pas de mise à l'époque, du moins dans la haute société. Etait-ce pire qu'à l'heure actuelle, je n'en suis pas sûre...

          Les héros ont une certaine culture, ils lisent. Du moins certains. Emma et Jane jouent du piano. Leurs discussions peuvent être intéressantes. Leur côté caricatural s’il heurte au début, les rend attachants et on a une belle description de la société de l’époque, mais aussi de la campagne anglaise, des paysages qu’on visualise sans peine, et comme toujours les thèmes chers à l’auteure sont présents : les sentiments, les émotions, la raison, les préjugés, tout y est très bien analysé.

          On voit progresser Emma, qui en fait est aussi intransigeante envers elle-même qu’elle l’est envers les autres et son évolution est quand même agréable à suivre.

          Cette fois encore, le charme de Jane Austen a fonctionné donc je vais continuer à découvrir son œuvre en gardant « Orgueil et préjugés » pour la fin car j’ai beaucoup aimé le film.

           Un pavé de 512 pages qui se laisse dévorer avec plaisir, même si l'on soupire parfois, quand les discussions s'éternisent.

          Note : 8,5/10

 

L’auteur :

 

Jane AUSTEN 1

          Jane AUSTEN est une femme de lettres anglaise, née à Steventon (Hampshire) le 16/12/1775   Elle est depuis longtemps l'un des écrivains anglais les plus largement lus et aimés. Je ne reviendrai pas sur sa vie, je lui ai consacré une biographie détaillée dans ma critique de "Persuasion".

          L'œuvre de Jane Austen est, entre autres, une critique des romans sentimentaux de la seconde moitié du 18e  siècle et appartient à la transition qui conduit au réalisme littéraire du 19e siècle. Les intrigues de Jane Austen, bien qu'essentiellement de nature comique, c'est-à-dire avec un dénouement heureux, mettent en lumière la dépendance des femmes à l'égard du mariage pour obtenir statut social et sécurité économique. Comme Samuel Johnson, l'une de ses influences majeures, elle s'intéresse particulièrement aux questions morales.

        Elle décède à Winchester (Hampshire) le 18/07/1817Emma page originale

 

 

 

 

 

 

 

Extraits :

 

          Elle aimait tout le monde, s’intéressait au bonheur de chacun et découvrait des mérites à tous ceux qui l’approchaient. Elle se considérait comme favorisée de la fortune et comblée de bénédictions.  Chap. 3

 

          Harriet Smith devint bientôt intime à Hartfield. Mettant sans tarder ses projets à exécution, Emma encouragea la jeune fille à venir souvent ; elle avait de suite compris combien il serait agréable d’avoir quelqu’un pour l’accompagner dans ses promenades, car M. Woodhouse ne dépassait jamais la grille du parc. Du reste, à mesure qu’Emma connaissait mieux Harriet, elle se sentait de plus en plus disposée à se l’attacher. Elle savait qu’elle ne pourrait jamais retrouver une amie comme Mme Weston : pour cette dernière elle éprouvait une affection faite de reconnaissance et d’estime ; pour Harriet, au contraire, son amitié serait une protection. Mlle Smith, assurément, n’était pas intelligente, mais elle avait une nature douce et était toute prête à se laisser guider ; elle montrait un goût naturel pour la bonne compagnie et la véritable élégance. Emma chercha tout d’abord à découvrir qui étaient les parents d’Harriet, mais celle-ci ne put lui donner aucun éclaircissement à ce sujet et elle en fut réduite aux conjectures. Chap. 4

 

          Un jeune fermier à pied  ou à cheval est la dernière personne qui puisse éveiller ma curiosité ; il appartient précisément à une classe sociale avec laquelle je n’ai aucun point de contact ; à un ou deux échelons au-dessus, je pourrais remarquer un homme à cause de sa bonne mine : je penserais pouvoir être utile à sa famille, mais un fermier ne peut avoir besoin de mon aide en aucune manière. Chap. 4

 

          Le malheur de votre naissance doit vous rendre particulièrement attentive à choisir votre entourage. Vous êtes certainement la fille d’un homme comme il faut et vous devez vous efforcer à conserver votre rang, sinon il ne manquera pas de gens pour essayer de vous dégrader.

 

          Ce qui a gâté Emma, c’est d’être la plus intelligente de sa famille ; elle a toujours fait preuve de vivacité, d’esprit et d’assurance : Isabelle, au contraire, était timide et d’intelligence moyenne. Depuis l’âge de douze ans, c’est la volonté d’Emma qui a prévalu à Hartfield. En perdant sa mère, elle a perdu la seule personne qui aurait pu lui tenir tête. Elle a hérité de l’intelligence de Mme Woodhouse, mais le joug maternel lui a manqué. Chap. 5

 

          Or, aussi longtemps que les hommes ne feront pas preuve, en face de la beauté, d’un détachement philosophique et qu’ils persisteront à tomber amoureux de gracieux visages et non de pures intelligences, une jeune fille douée des agréments physiques d’Harriet a bien des chances d’être admirée et recherchée ; elle est à même en conséquence de pouvoir choisir… Je me trompe fort si votre sexe, en général, ne considère pas ces deux dons – la beauté et la bonne grâce – comme primordiaux chez la femme. Chap. 8

 

 

Lu en août-septembre 2015

 

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