Je vous parle aujourd’hui du dernier livre lu dans le cadre de mon challenge ABC. Je suis arrivée à 26 cette année, donc pari réussi, (je vous donnerai les détails bientôt). Il fait partie aussi du challenge Destination PAL été 2015.

          A la lettre V, nous avons… Zoé Valdès.

Trafiquants de beauté de Zoé VALDES

 

Résumé

 

          Nous allons suivre dans ce livre quatorze histoires,  avec en toile de fond, une île toute en couleurs et en contraste, Cuba. Une jeune fille de treize ans, discute avec un photographe, portugais ou espagnol, qui mitraille les quartiers délabrés de Cuba. Elle n’a pas froid aux yeux et lui livre le fond de sa pensée avec gouaille mais beaucoup de lucidité.

          Quelques pages plus loin, on trouve Femelle, une femme seule, mariée très jeune et un jour, son mari est parti. Est-elle encore une femme ? Avec des plaisirs intellectuels ou physiques ?

          On va rencontrer ainsi des personnages, le plus souvent des femmes,  tous différents et attachants pour certains.

 

Ce que j’en pense :

 

          C’est le deuxième roman de Zoé Valdès que je lis. Que je tente de lire serait une formulation  mieux appropriée. J’ai lu, il y a quelques années « La douleur du dollar » qui m’a laissé un souvenir mitigé.

          J’ai commencé « Trafiquants de beauté » en 2014 lors de mon premier challenge ABC. En fait, je voulais lire « Café nostalgia » et je ne l’ai pas trouvé. Je l’ai transporté pendant ma cure cette année-là pour m’arrêter piteusement à la quarantième page.

          J’ai donc recommencé entièrement ma lecture cet été et je me suis plus prise au jeu. Comme je l’ai dit, il s’agit d’un recueil de quatorze nouvelles, d’importance inégale (certaines comportent à peine deux ou trois pages) et d’intensité différente, que l’auteure a écrites entre 1988 et 1998, certaines à Cuba, d’autres en France.

          J’ai bien aimé la première, « Portrait d’une enfance havanaise » car cette gamine, adulte trop jeune s’exprime sans détours, provoquant ce pauvre photographe pour tenter de lui faire comprendre que, certes, les rues délabrées de Cuba donnent de jolies photos mais quand on y vit tous les jours, dans une époque plutôt figée dans le passé, comme si le temps s’était arrêté, subie et non choisie, ce n’est quand même pas le Paradis.

          Une autre nouvelle m’a bien plu : « Un trafiquant d’ivoire, quelques pastèques », une idylle imaginaire entre Béatriz, une jeunette de dix-huit ans,  poule d’un homme de près de soixante ans et un poète français, égaré dans le siècle. Elle est seule chez elle, attendant son « titimaniaque », entre deux voyages, et découvre la lecture grâce à une copine. On la voit déambuler dans Le Havane, son litre de yaourt de soja, brinqueballant dans une pochette plastique Bally (l’emballage seulement bien-sûr…), avide de rencontrer l’amour, le vrai.

          Ou « comme un coq en pâte », l’histoire de ce jeune pianiste virtuose, ami de l’auteure, victime d’un accident de la circulation et qui, contre toute attente, récupère et joue même mieux qu’avant. Il va donner un concert à Paris, et rencontre un mécène, tandis qu’un peu plus loin l’auteure  est attablée dans  un café voisin. On rencontre au passage, la difficulté d’être artiste aux yeux du père, le piano, cela ne fait pas très viril, mais doit-on contrarier une vocation ?

          J’ai réussi à terminer le livre, cette année, mais on ne peut quand même pas parler d’enthousiasme débordant. On côtoie La Havane, au jour le jour, entre les difficultés pour acheter de la nourriture, les clichés des touristes, qu’ils soient ou non photographes, sur la vie dans ce pays, l’absence de liberté, l’homophobie qui n’est jamais très loin, les jeunes filles qui ne songent qu’à partir, la télévision abrutissante, lobotomisante, avec ses deux chaînes, l’une pour retransmettre, non stop,  les discours fleuves de Fidel Castro, l’autre qui diffuse, toujours en boucle, des séries.

          Il y a la misère dont on ne parle pas, mais qui est là, avec son cortège de malnutrition, les bus qui sont toujours en retard et pas qu’un peu, cela se chiffre en heures, tout part à la dérive, personne n’est dupe malgré les discours de propagande. Les bars réservés aux touristes, mais interdits aux Cubains eux-mêmes. Les jolies filles qui ne désirent, pour certaines, le plus souvent, qu’une chose , sortir d’ici.

          Ce qui frappe, plus que la liberté réduite, c’est le désespoir, plutôt l’absence d’espoir. La plage est belle, l’océan aussi, il y a des femmes en maillots de bain qui bronzent, mais l’image de carte postale de cette île paradisiaque qui vit ou plutôt survit, dans un autre temps, un autre siècle s’effrite très vite malgré la gouaille, le côté parfois lascif, ou les histoires de fesses qui font plus grincer des dents que vraiment sourire.

          Le style est lapidaire tout en étant chantant, coloré, certaines phrases sont vraiment belles, avec des mots d’argots, les dracullars, les Frankensteins, la musique, les "cuba libre" et l’auteure montre l’envers du décor mais sans émouvoir vraiment.

          Note : 6,5/10

 

 

L’auteur :

 

Zoé Valdès 1

          Zoé Valdés, née le 2 mai 1959 à La Havane à Cuba,  est une romancière, poète et scénariste cubaine exilée en France. Elle possède les nationalités espagnole et française.

          Elle a fait partie de la délégation cubaine à l'UNESCO (1983-1988), puis de l'Office culturel de Cuba à Paris. Elle a aussi dirigé une revue cinématographique, « Cine cubano ».

           En 1995, après la publication en France de son roman « Le néant quotidien » elle est contrainte à l’exil, pour insoumission au régime castriste, accompagnée de son conjoint et de sa fille. Elle réside actuellement en France.

           Treize ans après avoir été élevée au grade de Chevalier des arts et des lettres en 1999, Zoé Valdès reçoit la Grande Médaille de Vermeil de la ville de Paris en mai 2012.

 

 

Extraits :

          Comment ça mon lascar, tu préfères parler d’autre chose ? Je sais que ce genre d’histoires, vous, les photographes, ça vous déprime un max. moi, ce qui me sape le moral, c’est de voir comme la misère peut être jolie sur les photos.  P 11

 

          Ce black doit être vieux comme mes robes, parce que pour qu’un noir ait des cheveux blancs, il doit dater d’avant notre ère – eh ben, tous ces gens, tu les vois, tu les prends en photo, et point final. Après tu te tires dans ton pays, mais tu rates le meilleur de la photo, ce qui est derrière la porte ou derrière le crâne du type aux cheveux blancs. P 12

 

          Femelle aspire au préambule, aux jeux savants, aux caresses annonciatrices. Femelle a toujours eu la soif de connaître, elle l’éprouve encore.  Elle ne peut séparer le corps de l’esprit. Exégète par l’esprit, elle n’est pas pour autant ascète dans sa chair. Elle recherche le plaisir dans le bouillonnement de l’intelligence et du sang. P 26

 

          Elle avait dix-huit ans et elle n’était, comme le disait justement sa copine, La Polonaise, que la « poule » d’un haut fonctionnaire de cinquante-neuf ans. Son « titimaniaque », (homme de pouvoir décati et chasseur de « Titis » ou nymphettes, en somme un pédophile) lui loua une chambre avec une télé russe en couleurs… P 29

 

          … elle découvrit aussi beaucoup d’écrivains qu’elle n’avait jamais lus, Rimbaud par exemple. Et elle lut des tonnes de livres, à tort et à travers, sans prétention, ce qui est la meilleure façon de lire. P 32

 

          Elle avait découvert dans la lecture le chemin visionnaire des mots. P 36

 

          Mon ami, quelle que soit sa légèreté, est ma muse au masculin. Soyons justes, il est frivole sur le plan philosophiques. Le génie de son esprit tient à la victoire poétique, à l’inspiration. Bon sang, que signifie la phrase qui précède ? Rien, elle donne seulement raison à ceux qui soutiennent que poésie et nouvelles ne font pas bon ménage. Comme si dans ce bled qui est le nôtre raconter des boniments, bien plus qu’une manifestation littéraire, était l’expression authentique de l’identité nationale. P 66

 

          Au même instant, j’étais attablée à un café voisin, en train de songer au destin et à la virtuosité du pianiste. Je pensais trop for à lui, car je venais d’acheter à la FNAC, la correspondance entre Lou Andréas-Salomé et Rainer Maria Rilke. Nous nous délections à la lecture de la correspondance de célébrités. Je suis sûre que moi-aussi, à cette seconde, j’ai traversé ses pensées. P 75

 

 

Lu en juillet-août 2015

 

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