Je vous parle aujourd’hui du deuxième polar de cet été. Il s’agit de mon premier roman de Franck Thilliez dont je vois passer tant de critiques enthousiastes ou moins… Je l'ai lu dans le cadre de mon challenge "Destination PAL

          Il fait partie de mes achats compulsifs : certains se ruent sur les vêtements pendant les soldes, alors que moi, je me précipite sur les livres, par paquets de cinq et même six, une fois. Pour l’anecdote, mon mari scrutait la boîte aux lettres avec effarement, se demandant si j’avais encore tout mon bon sens…

 

puzzle de Franck Thilliez

 

 

Résumé

          Ilan et Chloé sont tous les deux fans de chasses au trésor, jeux vidéo, traquant la toile y compris dans ses coins les plus obscurs, connus des seuls initiés. Ils ont longtemps cherché sur internet des éléments leur permettant d’être choisis pour participer au jeu ultime, « Paranoïa ».

          Cet univers occupait tellement leur esprit que leur couple a volé en éclats et ils ont fini par se séparer. Un jour Chloé débarque chez Ilan, persuadée qu’elle est arrivée très proche de la sélection.

          Ils sont convoqués pour passer des tests psychologiques pour un laboratoire, ce qui est en fait le stade terminal de la sélection. Les huit meilleurs joueurs sont convoqués et le jeu va commencer.

          Le jour J, ils reçoivent tous la règle N° 1 : « Quoi qu’il arrive, rien de ce que vous allez vivre n’est la réalité. Il s’agit d’un jeu ».

          Plus tard, la deuxième règle, plus étrange : « L’un d’entre vous va mourir » et le suspense s’installe.


        

Ce que j’en pense :

 

          Ce roman commence avec l’entretien d’un patient, Lucas Chardon, psychotique, paranoïaque, interné dans une UMD depuis quatre mois, avec sa psychiatre Sandy Cléor. Il est encore entravé car il vient de subir des électrochocs et s’apprête à lui raconté ce qui s’est passé le vingt-deux décembre.

          Puis l’auteur nous raconte la découverte des corps retrouvés morts dans un chalet le vingt deux décembre de l’année précédente par l’adjudant chef Pierre Boniface. Tous les participants à une chasse au trésor, ont été assassinés. Un suspect a été arrêté qui crie son innocence.

           Une fois, ces deux éléments placés, on fait la connaissance d’Ilan Dedisset, créateur de jeux-vidéos avec plus ou moins de succès, et pompiste dans une station service la nuit. Il a perdu ses parents dans un accident de la circulation et il est persuadé qu’il s’agit d’un assassinat car ils effectuaient des travaux dérangeants sur la mémoire. Ceci l’a donc fragilisé.

          Pendant tout le roman, on va revoir apparaître Lucas Chardon et l’assassinat du vingt-deux décembre, de temps à autre dans le déroulement du jeu. Son transfert dans une unité psychiatrique va être l’occasion de croiser nos héros, sans que l’on sache s’il s’agit ou non d’une partie du jeu.

          Quand je vous aurai dit que l’organisateur du jeu s’appelle Hadès et que « la divine comédie », (notamment l’enfer), de Dante est omniprésente, je pense que vous aurez envie d’en savoir davantage…

          C’est le premier roman de Franck Thilliez que je me procure et je l’ai lu de façon addictive, tant l’univers est étrange. Le théâtre du jeu est un ancien hôpital psychiatrique appelé « Swansong », ce qui donne déjà une idée de l’ambiance qui règne. Les différents protagonistes, qui ne se font pas de cadeaux car l’enjeu est important : trois cent mille euros.

          J’ai aimé bien sûr tout le côté psychiatrique de l’histoire, de la personnalité de l’assassin présumé, des joueurs, à l’univers de l’hôpital psychiatrique avec ses salles d’électrochocs, salle d’opération pour réaliser les lobotomies à l’époque, le fameux leucotome, la salle d’autopsie, tout y est.

          On ne sait jamais où on en est, car le doute est entretenu sans cesse, la vérité d’un moment est entièrement remise en question quelques pages plus loin, on est happé par l’histoire notamment par sa noirceur, par l’agressivité latente ou patente des héros.

          J’ai aimé le côté rapide, stressant de l’écriture, qui nous laisse à peine le temps de respirer, d’intégrer certaines données qu’on est déjà ailleurs, l’auteur entretenant sans cesse le doute sur la réalité ou non des évènements. La mémoire joue un rôle important dans l’histoire. La mémoire d’Ilan qui vacille parfois notamment à propos de l’accident de ses parents, la mémoire des autres joueurs aussi : est-ce qu’ils ont vraiment vu ou vécu telle chose, où leur perception est-elle déformée par le jeu. De quoi veut-on se souvenir ? Peut-on manipuler les souvenirs, et reconstruire l’histoire autrement ? (cf. le fameux test utilisé par la CIA : le sujet retient-il mieux une série de mots quand on lui inflige une douleur sous forme de stimulation électrique de plus en plus désagréable).

          J’ai tourné les pages fébrilement, le nez dans le bouquin, reprenant mon souffle de temps en temps  et, à certains moments, je ne savais plus si c’était mon cerveau qui fonctionnait ou si j’étais dans l’histoire. Une impression très particulière, les phrases m’imprégnaient littéralement et j’avais l’impression de participer moi-même au jeu et de ne pas pouvoir m’en échapper. Je me suis laissé portée par l’histoire, sans chercher à comprendre à tout prix.

          Franck Thilliez réussit à nous faire approcher la folie de très près, tutoyant sans cesse la ligne, la folie en tant que telle mais aussi la folie du milieu des jeux-vidéos sur lesquels certaines personnes peuvent rester scotchées pendant des heures devant leur ordinateur, ne sachant plus faire la différence entre le réel et le virtuel.

          En tout cas, cela a été une expérience très forte, bluffante car c’est ma première lecture dans ce genre et j’ai très envie de lire un autre de ses romans pour me faire une idée plus précise de cet auteur et j’ai marché à fond.

          Note : 8/10

        Je ne sais pas si j'irai voir le film, car j'ai peur que le côté haletant ne soit trahi, comme cela a été le cas pour l'adaptation du livre de Christophe Grangé: "Les rivières pourpres" qui m'a beaucoup déçue à l'époque.

 

 

L’auteur :

 

Franck Thilliez          Né en 1973 à Annecy, Franck Thilliez, ingénieur en nouvelles technologies, vit actuellement dans le Pas-de-Calais. Il est l'auteur de Train d'enfer pour Ange rouge (La Vie du Rail, 2003), La Chambre des morts (Le Passage, 2005), Deuils de miel (La Vie du Rail, 2006), La Forêt des ombres (Le Passage, 2006), La Mémoire fantôme (Le Passage, 2007), L'Anneau de Moebius(Le Passage, 2008) et Fractures(Le Passage, 2009). La Chambre des morts, adapté au cinéma en 2007, a reçu le prix des lecteurs Quais du Polar 2006 et le Prix SNCF du polar français 2007.


          Plus récemment, Franck Thilliez a publié Le Syndrome E (2010), GATACA(2011), Atomka    (2012) et Angor(2014) – quatre enquêtes réunissant Franck Sharko et Lucie Henebelle – ainsi queVertige(2011) et Puzzle(2013), tous parus chez Fleuve Éditions. L'ensemble de ses titres, salués par la critique, se sont classés à leur sortie dans la liste des meilleures ventes. Son dernier roman, Pandemia, paraît en mai 2015 chez le même éditeur.

 

         

         

Extraits :

          Je vous livre un extrait du roman, car il est difficile de tirer de véritables citations quand on parle de thriller, polar…

 

          « Ilan jeta un œil à son plateau –repas. Il laissa le plat principal – du porc et de la purée – et mangea la crème brûlée devant la fenêtre grillagée donnant sur l’extérieur. Il ne distingua que la nuit noire et les flocons qui venaient s’écraser sur la vitre. Il resta là, songeant aux candidats qui patientaient aussi dans les autres pièces. Quelles épreuves avaient-ils subi pour arriver jusqu’ici ? Il imagina leur état de tension, leur excitation. Il y avait une sacrée somme à la clé…

          Au moment où il finissait son dessert, la petite enceinte crépita.

          Bonsoir à tous, ici Virgile Hadès. Tout d’abord, félicitations. Vous êtes la crème des chasseurs de trésors. Des joueurs acharnés, intelligents, qui chercheront à aller jusqu’au bout, j’en suis certain. Comme vous avez pu le constater, Paranoïa dispose de plusieurs strates de sélection, vous les avez franchies avec succès, et vous voici à présent aux frontières du jeu pour une course à trois cent mille euros minimum. Cet hôpital est votre aire de jeu. Ses moindres recoins, ses salles les plus reculées vous appartiennent le temps de la partie. Il a été construit en 1872, sa structure est admirable. Vu du ciel, il ressemble à une chauve-souris géante aux ailes déployées. Il a été abandonné depuis plus de cinq ans et accueillait des adultes des deux sexes. Les femmes se trouvaient dans une aile, les hommes dans l’autre. Chaque aile était divisée en quatre zones, de A à D. Une zone à chaque étage. L’aile D au troisième accueillait les cas extrêmes : psychotiques, déments, hystériques, schizophrènes. Vous vous situez dans la zone A de l’aile des hommes qu’on appelait « la dure-mère », allez savoir pourquoi. »   P 173-174

 

Lu en août 2015

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