Je vous parle aujourd’hui d’un livre très particulier que j’ai eu l’occasion de découvrir via l’opération Masse Critique de juin. Il s'agit en fait d'un roman graphique.

          Je remercie chaleureusement babelio.com et les éditions Les impressions nouvelles de m’avoir permis une telle aventure.

 

Le divan illustré de Michel LONGUET

 

Résumé

 

          Il est difficile de résumer ce livre et je vous donne donc, une fois n’est pas coutume, la quatrième page de couverture.

          « Le samedi 29 septembre 2001, j’entre en analyse sous la houlette de Madame W. Je vous écoute, dit-elle, en me montrant son divan… De retour chez moi, je consigne chaque séance. Le Divan illustré raconte donc mon enfance, la famille et ses secrets qui, petit à petit, remontent à la surface comme des bulles du fond d’un étang. La famille est une forteresse où il se passe des choses abominables, a-bo-mi-na-bles, me dit Madame W. Au fil de nos séances, sortiront de leur placard des fantômes de la collaboration. Et peu à peu, m’apparaîtra un lien entre les secrets d’une famille sous l’occupation allemande et ce masochisme qui m’a poursuivi toute ma vie. »

 

Ce que j’en pense :

 

          C’est très difficile de commenter un livre comme celui-ci… L’auteur nous raconte ses séances de psychanalyse en alternant le bilan de la séance, les commentaires de Madame W. et des croquis que lui ont inspirés ces séances.

          Il termine chaque séance par le dessin du divan sur lequel il est allongé, mais ne se rappelle jamais vraiment comment est le divan en question, s’il a des pieds ou non, comment sont les rayures, combien il en a et s’il n’y aurait pas une couverture, jamais la même ce qui expliquerait sa mémoire défectueuse. Mais, est-ce qu’on regarde vraiment le  divan sur lequel on s’allonge chez le psy ? Il s’écoule peut de temps avant de s’y allonger et on a tendance à s’y précipiter pour commencer la séance et parler de son petit moi.

          Bien-sûr, il va nous raconter son enfance, ses parents, la famille en général, la guerre, la résistance, les comportements de chacun à cette période et comme toujours il y aura un cadavre dans le placard… son père est-il bien son père ? Sa mère ne serait-elle pas incestueuse ? Qu’en est-il de sa sexualité ?

          Le divan a-t-il des pieds ? La question revient… pieds… phallus… prendre son pied ?

          J’ai beaucoup aimé ses errances, ses questionnements sur la sexualité, il tâtonne, et deux scènes sont hilarantes : la colère vis-à-vis de Michel Serrault à propos de la cage aux folles bien sûr, car il ne s’identifie pas à Zaza Napoli, ce n’est pas parce qu’on est homosexuel qu’on aime se travestir.

          L’épisode de la mouche (le thème de la mouche revient plusieurs fois) avec toutes les allusions qu’on peut trouver : mouche, mouchard, espion (dans les Renseignements) avec des dessins superbes. Mais  aussi, allusion au film « La mouche » : Cette histoire de mari transformé en mouche (ou plutôt en demi-mouche) permet à Madame Delambre de se faire passer pour folle. Et le spectateur finit peu à peu par admettre qu’elle est une victime. Or, il n’en est rien. P 136

          Quand aux dessins, (croquis conviendrait mieux), ils sont très suggestifs, sur le plan sexuel avec les touche-pipi avec les cousins, parfois scabreux même, scatologiques (ce qui n’est pas trop ma tasse de thé).

          Il y est beaucoup questions de cochons, au propre et au figuré (son père est éleveur). Il y a de la violence dans certains dessins, violence qui illustre tous les tourments présents et passés de l’analysé, l’analysant… brefs tous les monstres qui peuvent hanter tout un chacun.

          Et toujours dans les monstres,  la mouche, par contre,  est superbe, dans les détails et l’homme-mouche (demi-mouche) aussi.

          Donc, avis mitigé. Je me suis amusée avec les « libres associations » chères au jargon psychanalytique, mais je n’ai pas trop accroché avec les croquis. C’est néanmoins un excellent travail de la part de l’auteur, car l’exercice n’était pas évident.

          Le livre est très beau, on dirait en fait en carnet de croquis.

          Note : entre 7 (combien j’ai aimé) et 8 (pour le travail)    

 

L’auteur :

 

Michel-Longuet 2

          Michel Longuet est né en 1945 à Reims. Après des études d’architecture, il a commencé une carrière d’illustrateur, collaborant notamment à la revue Minuit et à Télérama. Également cinéaste, ses courts-métrages d’animation ont été primés à Berlin (Ours d’argent) et Annecy.

          Il est l’auteur de Chassés-croisés (Minuit 1972), des illustrations de l’Abécédaire de l’Odéon (Actes Sud, 2008) et d’Adresses fantômes (Grasset 2013).

          Depuis 1993, il tient un journal illustré dont sont tirées les illustrations de ses livres.

 

          Lien     http://michel.longuet.free.fr/

 

 

 

Extraits :

 

https://www.facebook.com/photo.php?fbid=10205813995822078&set=a.2409629653124.2123784.1622726554&type=1

 

          J’ai aussi évoqué le grand amour de jeunesse de ma mère : Pierre Laval (comme le chef du gouvernement de Vichy). Pierre Laval ! s’exclame Madame W. avec un nom pareil, ça ne devait pas être facile à la Libération. Oh ! me dit-elle, on finira bien par trouver un cadavre dans le placard. P 27

 

          Dans « Pierre et Jean» de Guy de Maupassant, leur mère s’appelle Louise (comme ma grand-mère). Le fils aîné, Pierre disparaît (comme mon oncle Pierre). Et Jean, le benjamin, hérite de l’amant de sa mère (comme mon père qui s’appelait Jean). Dans le livre, c’est un adultère. Chez nous, un secret de famille. P 28

 

          Dès ce moment, nous comprenons l’étrange relation qui unit cet acteur à son personnage qu’il va ridiculiser, éreinter, piétiner, en usant pour parfaire ses effets de toutes les nuances de son talent. Se déplaçant en marchant sur des œufs ou parler en façonnant sa bouche aux dimensions d’un cul de poule feront office de garniture. P 100

 

          Pendant que Monsieur Serrault faisait sa mijaurée, je ne pus tout à coup m’empêcher de m’exclamer en le regardant droit dans les yeux : c’est elle !

          Ce côté froufroutant, cette façon de se parer de toutes les vertus de la terre en n’en laissant pas la moindre miette à quiconque, cette obstination à régner en s’éclipsant pas une porte pour revenir dans votre dos par une autre, c’était bien elle. Et, je la revis, matrone, me poursuivant à travers toute mon enfance. P 101

 

          Afin de donner une idée des croquis, j'ajoute 3 photos prises avec mon portable dans des conditions plutôt difficiles, le livre sur mes genoux, coincé contre mon bureau !!!

          Il s'agit de l'homme-mouche, la deuxième un croquis inspiré des dessins de George Grosz et la dernière représente "mon père, en deuil de mon grand-père, tenant une cigarette du bout des doigts. Comme Meursault dans l'Etranger" mais la cigarette a disparu en prenant la photo !!!

 

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Lu en juin 2015