Je vous parle aujourd’hui d’un livre particulier, lu dans le cadre du Challenge ABC . Il s'agit de "L'ami retrouvé" de Fred Uhlman

 

L'ami retrouvé de Fred Uhlman

 

Résumé

 

          Âgé de seize ans,  Hans Schwartz, fils unique d’un médecin juif renommé, est un élève réservé qui fait ses études dans un lycée de Würtenberg, le fameux Karl Alexander Gymnasium de Stuttgart.

          Un jour, alors qu’il vient d’avoir seize ans, un nouvel élève est accueilli avec les honneurs dus à son rang : il s’agit de Conrad von Hohenfels, issu d’une illustre famille de Souabe.

          Tout de suite, Conrad va être traité avec respect, voire déférence par les professeurs, courtisé par certains élèves ou groupe qui veulent en faire un des leurs.

          Hans est fasciné par Conrad  et décide de faire de lui son ami, et pour cela il va surmonter sa timidité en s’exprimant davantage en cours et même en sport, avec un essai à la barre fixe. C’est leur timidité qui va permettre à cette amitié de s’installer.

          Nous sommes en 1932 et la bête immonde commence à montrer le bout de son nez.

 

Ce que j’en pense :

 

          J’ai envie de lire ce livre depuis au moins quarante ans  et j’ai toujours remis à plus tard. Ce n’était jamais le bon moment. En participant au challenge ABC, il me fallait un auteur commençant par la lettre U et ils ne sont pas très nombreux.

          J’avais un peu l’impression que ce livre se méritait comme disaient les adultes quand j’étais enfant. Je prenais peut-être des risques en attendant si longtemps, le risque d’être déçue, la peur de passer à côté car je l’avais idéalisé…

          Et bien, non. Ce roman correspond tout à fait à mes attentes. Fred Uhlman nous raconte l’amitié qui unit pendant environ une année entre Hans (derrière lequel se cache probablement Fred) et Conrad. Ils ont des centres d’intérêt communs : la collection de pièces de monnaie, les livres. Conrad est accepté dans la famille de Hans, où règne une certaine harmonie, où les gens s’aiment mais, chose étrange qui intrigue notre héros, jamais Conrad ne le laisse pénétrer dans la demeure familiale.

          L’auteur décrit la naissance de l’amitié, la façon dont il faut l’entretenir car elle fragile, le comportement des adultes qui change lorsqu’un comte leur rend visite, leur déférence soudaine autant qu’inexplicable. Peut-on tout partager avec son ami quand on est issu d’une classe sociale différente ? Qu’y-a-t-il de commun entre une famille juive bourgeoise et cultivée et une famille noble qui n’est considérée que pour son titre.

          Doit-on faire trop de concessions pour conserver intacte une amitié ? Jusqu’à ressentir de la honte quand le père de Hans appelle Conrad Monsieur le Comte avec déférence ? Peut-on éprouver parfois de la haine en même temps que l’amitié ? (lors d’une représentation de Fidelio à l’opéra, où la famille Hohenfels fait son entrée en grande pompe, Conrad guindé, drapé dans la dignité de son titre, ignorant la présence de Hans)

          Fred Uhlman décrit très bien ces familles juives présentes dans le pays depuis très longtemps, qui ne pratiquent pas et qui n’envisagent pas une seconde,  pouvoir être en danger et devoir quitter ce pays qu’ils aiment, cette langue, cette culture germanique qui fait partie d’eux-mêmes et dont ils sont fiers. « Nous étions Souabes avant toute chose, puis Allemands, et puis Juifs. »

          La personnalité du père de Hans est frappante, par sa foi en la nation allemande, il banalise le danger, il ne veut pas y croire car il est partisan de l’absorption complète des Juifs, si cela peut être profitable à l’Allemagne. « Pour lui, le nazisme n’est qu’une maladie de peau sur un corps sain et le seul remède est de faire au patient quelques injections, de le garder au calme et de laisser la nature suivre son cours »

          Fred Uhlman décrit les paysages allemands, Stuttgart dans sa splendeur d’alors et  j’ai eu  l’impression de m’y promener avec lui, comme lorsque Balzac  me faisait visiter sa Touraine sur les traces du héros du « Lys dans la vallée ».

          L’écriture est belle, avec ses passés simples, les mots choisis avec précision. Bien-sûr, les idées héritées du Romantisme sur l’amitié peuvent sembler désuètes voire incompréhensibles pour les jeunes lycéens actuels, tant les valeurs ont changé.

          J’ai beaucoup aimé ce livre ; l’attente ne l’a pas mis sur un piédestal. Je l’ai lu en deux jours (alors que certains l’ont lu en une heure) car un parallèle se faisait dans ma tête avec la montée des intégrismes dans le monde d’aujourd’hui qui n’a tiré aucune leçon du passé (cf les révisionnistes). Je pense que la lecture de ce livre devrait être obligatoire non seulement à l’école mais chez tout un chacun pour obliger à réfléchir. Sans doute est-ce trop tard ?

          Une belle rencontre donc qui rappellera des souvenirs à ceux qui lu ce livre et donnera envie aux autres de s’y plonger. J’aimerais bien trouver « La lettre de Conrad » où l’ami explique pourquoi il a participé à un complot contre Hitler.

          Note 8,5/10

 

 

L’auteur :


           Né à : Stuttgart, Allemagne, le 19 janvier 1901
           Mort à : Londres, le 11 avril 1985

 

Fred UHLMAN 1

          Fred Uhlman est un écrivain et peintre britannique d'origine allemande.

           Dans sa jeunesse, il fréquenta le lycée Eberharde Ludwig de Stuttgart. Il débuta des études de droit en 1927 à l’université de Tübingen, puis à Fribourg et Munich ; il devint avocat.

           Il ne put maintenir son cabinet dans l’Archivstrasse à Stuttgart, ses activités au SPD (Parti social-démocrate d’Allemagne), et quitta son pays pour Paris le 24 mars 1933, échappant ainsi au sort qui attendait de nombreux juifs. À Paris, il se livra à des occupations diverses : projet de création d’un cinéma pour enfants, journalisme, vente de tableaux, commerce de poissons exotiques. C’est là aussi qu’il débuta une carrière de peintre.

           En mars 1936, son séjour à Tossa del Mar en Espagne coïncida avec le début de la guerre civile mais il eut le temps d’y rencontrer sa future épouse, Diana, fille de Sir Henry Page Croft, membre du parlement britannique. Il fut alors obligé de quitter l’Espagne pour le Royaume-Uni en 1938, pays dont il ne connaissait ni la langue, ni les coutumes.

           Là-bas, il installa le Comité des Artistes refugiés, un centre antinazi pour les réfugiés et les combattants d’Espagne, mais quelques mois plus tard, alors que sa femme attendait son premier enfant, il fut fait prisonnier à l’île de Man par les Britanniques en juin 1940, car considéré comme suspect, étant d’origine allemande ; c’est pourquoi il fut enfermé au camp d’Hutchinson, où les internés passaient leur temps à peindre ou à écouter des conférences. Mais, c’est là aussi qu’il put continuer à exercer son ancienne passion, la peinture.

 

          « Je suis à peu près certain d’être le seul docteur en droit canon qui soit devenu peintre professionnel », écrit-il dans son autobiographie « Il fait beau à Paris aujourd'hui » chez  Stock, 1985, p. 97Fred UHLMAN 2



           Libéré, Fred Uhlman sera naturalisé Britannique  et deviendra un peintre célèbre. 

Il dédiera son livre "L'ami retrouvé" à Paul et Millicent

 

Bloomfield.Le roman sera porté à l'écran en 1988 par Jerry Schatzberg, avec Jason Robards et Christien Anholt.

          Il publie ensuite "La Lettre de Conrad" dans laquelle Hans reçoit une lettre de son ami expliquant pourquoi il a participé à un complot contre Hitler.

          Voici un de ses tableaux dont le nom est : "Grain de sel"

 

grain de sel de Fred Uhlman

 

 

Extraits :

          Je puis me rappeler le jour et l’heure où, pour la première fois, mon regard se posa sur ce garçon qui allait devenir la source de mon plus grand bonheur et de mon plus grand désespoir. P 13

 

          Nous le regardions fixement, comme si nous avions vu un fantôme. Probablement tout comme les autres, ce qui me frappa plus que son maintien plein d’assurance, son air aristocratique et son sourire nuancé d’un léger dédain, ce fut son élégance. P 16

 

          Jusqu’à son arrivée, j’avais été sans ami. Il n’y avait pas dans ma classe, un seul garçon qui répondit à mon romanesque idéal de l’amitié, pas un seul que j’admirais réellement, pour qui j’aurais volontiers donné ma vie et qui eût compris mon exigence d’une confiance, d’une abnégation et d’un loyalisme absolu. P 27

 

          Entre seize et dix-huit ans, les jeunes gens allient parfois une naïve innocence et une radieuse pureté de corps et d’esprit à un besoin passionné d’abnégation absolue et désintéressée. Cette phase ne dure généralement que peu de temps mais, à cause de son intensité et de son unicité, elle demeure l’une des expériences les plus précieuses de la vie. P 28

 

          Mon père détestait le sionisme. L’idée même lui paraissait insensée. Réclamer la Palestine après deux mille ans n’avait pas pour lui plus de sens que si les Italiens revendiquaient l’Allemagne parce qu’elle avait été jadis occupée par les Romains p 64

 

          Je connais mon Allemagne. Ce n’est qu’une maladie passagère, quelque chose comme la rougeole, qui disparaîtra dès que s’améliorera la situation économique. Croyez-vous que les compatriotes de Goethe et de Schiller, de Kant et de Beethoven, se laisseront prendre à cette foutaise ? P 66

 

          J’avais l’impression que mes parents n’étaient pas assez reluisants pour lui. Je n’avais jamais eu honte d’eux ; en réalité, j’en avais toujours été plutôt  fier, et j’étais maintenant horrifié de découvrir qu’à cause de Conrad, je me comportais comme un sale petit snob. P 73

                                                                              

challenge ABC Babelio 2014

Lu en juin  2015