Je vous parle aujourd’hui d’un livre entrant dans le cadre de mon challenge 19e siècle. Il s’agit de « Persuasion » de Jane Austen.

 

Persuasion de Jane AUSTEN 2

 

Résumé

 

          Veuf et père de trois filles, le baronnet Walter Eliot est ruiné. Il doit laisser sa propriété en location pour se retirer à Bath. Sa fille Elisabeth le suit tandis que ses deux autres filles restent dans la région, Ann toujours célibataire à 28 ans trouvant refuge chez sa sœur Mary.

           Les nouveaux locataires de la propriété arrivent, il s'agit de l'amiral Croft et de sa femme. Celle-ci a un frère, le Capitaine Wentworth, qui a été fiancé il y a quelques années avec Ann. Celle-ci n'avait pas donné suite à cette liaison, suivant l'avis de son amie, Lady Russell, qui trouvait le capitaine d'un rang inférieur indigne d'Ann.

          Mais les années ont passé, le capitaine rend visite à sa sœur, il a réussi et s'est enrichi, il cherche à se marier. Anna n'a pas oublié Wentworth...

 

Ce que j’en pense :

 

          C’est le deuxième roman de Jane Austen que je lis, et je l’ai beaucoup aimé.

          On retrouve une description précise de la société de l’époque, avec les nobles attachés à leurs privilèges, la nécessité pour les filles de se marier avec quelqu’un de leur rang, ou à défaut un homme qui a une belle situation donc beaucoup d’argent.  

          Les personnages sont bien étudiés, leur fonctionnement psychologique, leurs qualités et leurs défauts, leur snobisme. L’auteure dépeint très bien les relations familiales, la fille aînée dominatrice qui forme pratiquement un couple avec son père, la deuxième sœur, Mary qui s’est « richement mariée » à Charles et qui est énervante au possible avec sa personnalité histrionique, (elle aurait beaucoup plu à Freud), toujours malade pour qu’on s’occupe d’elle, occupant le plus possible le devant de la scène) au détriment de notre héroïne, Ann.

          Ann est une personne posée, qui réfléchit, toujours dans l’empathie, prête à s’effacer pour les autres. Elle lit beaucoup, des poèmes, de la prose mais ne peut partager cela avec personne dans la famille. Elle est tellement différente.

          Jane Austen parle très bien de la persuasion : comment une personne peut faire taire ses sentiments sous l’influence de son entourage. Il y a la famille qui veut absolument pousser Ann à renoncer à son amour pour le capitaine uniquement au nom du prestige du titre, pour le père qui est baronnet, au nom de la mésalliance aussi pour Elisabeth, car ils sont, tous deux, très vaniteux. Il y a la persuasion dans l’intérêt d’Ann, par erreur de jugement comme le fait l’amie dévouée  Lady Russel. « Elle se soumit en silence, mais profondément humiliée »

          Il y a aussi l’auto-persuasion : Ann essaie de modifier son propre raisonnement, ses sentiments parce qu’elle-même est convaincue qu’elle ne peut pas intéresser les autres, en particulier le capitaine. Parfois on se demande même si elle n’agit pas de façon sacrificielle.

         L’auteure nous livre aussi une réflexion sur la soumission par rapport au courage, la patience, la résignation, l’altruisme qui sauve.

          On voit les personnages évoluer, quand ils en sont capables, par touches successives, les mots échangés timidement, les mains qui se frôlent. Parfois, l’auteure ne fait que suggérer et on voit les choses changer. Parfois, Ann peut irriter le lecteur, car on pourrait la croire faible et immature, alors qu’elle est mal à l’aise dans sa famille bouffie d’orgueil, qui juge les gens selon leur rang.

          Jane Austen est en avance sur son époque, elle nous parle du pouvoir des livres sur l’esprit, comme on parle aujourd’hui de l’effet thérapeutique des livres, la préférence pour la prose à la poésie dans certains états émotionnels.

          On retrouve dans « Persuasion » le thème des deux prétendants, l’un sincère, vraiment amoureux, l’autre manipulateur qui intrigue pour arriver à ses fins : le bon et le méchant, face à la jeune fille timide. Ce n’est peut-être plus aussi caricatural dans la société moderne mais est-ce bien sûr ?

          Les descriptions des lieux, (notamment Lyme, Charmouth dans le chapitre 11)  des personnages sont excellentes, et j’ai dévoré ce livre avec le même enthousiasme que « Raisons et sentiments » il y a quelques années. C’est une plume que j’ai eu du plaisir à retrouver. Je pense que je vais lire toute l’œuvre de Jane Austen en gardant pour la fin « Orgueil et préjugés » qui est le meilleur semble-t-il. (En tout cas j’ai adoré le film). Ils sont tous téléchargés sur ma liseuse. Je viens de commencer:  "Emma".

          Note : 9,2/10    Coup de coeur bien sûr!

          Challenge 19e siècle

 

L’auteur :

 


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           Jane AUSTEN est une femme de lettres anglaise, née à Steventon (Hampshire) le 16/12/1775   Elle est depuis longtemps l'un des écrivains anglais les plus largement lus et aimés.

           Elle va passer toute sa vie au sein d'une cellule familiale très unie, appartenant à la petite gentry anglaise. Elle doit son éducation en grande partie à son père et à ses frères aînés, ainsi qu'à ses propres lectures. Le soutien sans faille de sa famille est essentiel pour son évolution en tant qu'écrivain professionnel.


           L'éducation artistique de Jane s'étend du début de son adolescence jusqu'à sa vingt-cinquième année environ. Durant cette période, elle s'essaie à différentes formes littéraires, y compris le roman épistolaire qu'elle expérimente avant de l'abandonner, et écrit et retravaille profondément trois romans majeurs, tout en en commençant un quatrième.


           De 1811 à 1816, avec la parution de « Raison et Sentiment » (publié de façon anonyme en 1811), « Orgueil et Préjugés » (1813), « Mansfield Park » (1814) et « Emma » (1816), elle connaît le succès. Deux autres romans, « Northanger Abbey » (achevé en fait dès 1803) et « Persuasion », font tous deux l'objet d'une publication posthume en 1818 ; en janvier 1817, elle commence son dernier roman, finalement intitulé "Sanditon", qu'elle ne peut achever avant sa mort.
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           L'œuvre de Jane Austen est, entre autres, une critique des romans sentimentaux

de la seconde moitié du 18e  siècle et appartient à la

 

transition qui conduit au réalisme littéraire du 19e siècle. Les intrigues de Jane Austen, bien qu'essentiellement de nature comique, c'est-à-dire avec un dénouement heureux, mettent en lumière la dépendance des femmes à l'égard du mariage pour obtenir statut social et sécurité économique. Comme Samuel Johnson, l'une de ses influences majeures, elle s'intéresse particulièrement aux questions morales.

           Du fait de l'anonymat qu'elle cherche à préserver, sa réputation est modeste de son vivant, avec quelques critiques favorables. Au 19e siècle, ses romans ne sont admirés que par l'élite littéraire. Cependant, la parution en 1869 de « Souvenir de Jane Austen », écrit par son neveu, la fait connaître d'un public plus large. On découvre alors une personnalité attirante, et, du coup, l'intérêt populaire pour ses œuvres prend son essor. Dans les années 1940, Jane Austen était largement reconnue sur le plan académique comme « grand écrivain anglais ». Durant la seconde moitié du 20e siècle, se multiplient les recherches sur ses romans, qui sont analysés sous divers aspects.

          Elle décède à Winchester (Hampshire) le 18/07/1817

 

 

Extraits :

 

 

          Quelques mois avaient vu le commencement et la fin de leur liaison ; mais le chagrin d’Ann fut durable. Ce souvenir assombrit sa jeunesse et elle perdit sa fraîcheur et sa gaieté. Sept années s’étaient écoulées depuis, mais le temps seul avait un peu effacé ces tristes impressions. Aucun voyage, aucun évènement extérieur n’était venu la distraire.

 

          Mary, mieux douée qu’Elisabeth, ne valait pas sa sœur Ann comme intelligence et comme caractère. Quand elle était bien portante, heureuse et entourée, elle était gaie et aimable, mais la moindre indisposition l’abattait. Elle n’avait aucune ressource contre la solitude et, ayant hérité de la personnalité des Elliot, elle était toujours prête à se croire négligée et méconnue.

 

          Il l’avait trouvé tristement changée et avait dit son impression. Il ne pardonnait pas à Ann Elliot ; elle l’avait rejeté, abandonné, avait montré une faiblesse de caractère que la nature confiante, décidée du jeune homme ne supportait pas. Elle l’avait sacrifié pour satisfaire d’autres personnes. C’était de la timidité et de la faiblesse. Chapitre 7

 

          Le sort des poètes est d’être malheureux, et il n’est pas donné à ceux qui éprouvent des sentiments vifs d’en goûter les jouissances dans la vie réelle.

 

          Elle l’engagea (Benwick qui a perdu sa femme) à faire dans ses lectures une plus grande place à la prose ; et comme il lui demandait de préciser, elle nomma quelques uns de nos meilleurs moralistes, des collections de lettres admirables, des mémoires de nobles esprits malheureux ; tout ce qui lui parut propre à élever et fortifier l’âme par les plus hauts préceptes et les plus forts exemples de résignation morale et religieuse. Chapitre 11

 

          … Je mériterais le mépris si j’osais supposer que la véritable affection et la confiance appartiennent seulement aux femmes. Non, je vous crois capables dans le mariage de toutes les grandes et nobles choses. Je crois que vous pouvez supporter beaucoup tant que… (Permettez-moi de le dire), tant que vous avez un but. Je veux dire tant que la femme que vous aimez existe et vit pour vous. Le seul privilège que je réclame pour mon sexe (et il n’est pas très enviable, n’en soyez pas jaloux), c’est d’aimer plus longtemps quand il n’y a plus ni vie ni espoir »

 

challenge 19e

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Lu en mai 2015