Je vous parle aujourd’hui d’un livre que l’auteur m’a proposé gentiment de découvrir et de donner mon avis. Je le remercie pour ce cadeau ainsi que les éditions Thierry Sajat.

 

Correspondances de Valence ROUZAUD

 

Résumé

 

          Ce livre est un recueil de lettres que l’auteur envoie à diverses personnes. Parfois, au contraire, il n’y a pas de destinataire, comme s’il s’écrivait à lui-même dans le cadre d’un journal ou comme si elles s’adressaient au lecteur créant ainsi une intimité.

          Elles sont toutes datées et le lieu où elles son écrites est mentionné, comme une lettre qu’on enverrait à sa grand-mère ou à un ou une amie, ou à quelqu’un de moins proche.

          L'auteur aborde toute une série de thèmes très intéressants...

 

Ce que j’en pense :

 

          J’aime  la poésie, j’en lis souvent, mais c’est la première fois que je vais commenter un livre dont chaque lettre est un poème en prose. C’est donc un exercice que je redoute.

          J’ai commencé à lire ce livre comme un roman avant de me rendre compte que j’avais envie de prendre mon temps, d’en savourer chaque page, comme une friandise. Alors, je l’ai posé sur la table de chevet, et j’ai lu les lettres qui composent  ces « correspondances », goutte à goutte, tranquillement.

          Ce sont de petits textes dont on s’imprègne et qui nous entraînent vers la réflexion, la méditation parfois. Il nous parle de l’écriture « Ecrire avec son cœur, c’est être un général sans armée ». P 20, du temps, de l’éphémère, ou des chômeurs et plus loin des ses états d’âme, de la solitude et du statut précaire du poète de nos jours, comme à l’époque de Verlaine.

         J’ai retrouvé au passage, mes amis Verlaine, Rimbaud ou Musset et surtout Hugo : «Le génie, c’est d’être soi et tout à la fois. Ainsi va Victor Hugo, les mots pour souliers, son œuvre est un verger ». P 31. Il dédie un poème à chacun de ses préférés, et en lisant me revenaient ces vers de Rutebeuf : ce sont amis que vent emporte, et le vent devant ma porte les emporta…

          Derrière les lignes, on sent le rebelle qui se retrouve démuni dans la société actuelle et cherche à exprimer son désarroi, à nous le faire partager et nous entraîne avec lui sur la vague. On peut parler de nostalgie : « Fatigué de mon époque, mais jamais de poésie ». P 34

          On ressent un peu la rancœur, ou plutôt le regret, la tristesse de l’auteur car les éditeurs de nos jours n’osent pas publier de la poésie. Ce n’est pas rentable, cela intéresse peu de gens pensent-ils, mais ils gagneraient à en publier davantage, car il y aurait un désir de découvrir de nouveaux talents.

          C’est comme si les poètes avaient disparu durant les dernières décennies du 20e siècle, comme si on n’écoutait plus le langage du rêve, comme si l’art dit contemporain avait tout emporté avec lui.

          Il égratigne au passage l’hypocrisie des médias (« France Culture sous ment … Gallimard nous ment»), les critiques littéraires et les états généraux de la Poésie : cela dure si peu de temps avant qu’on oublie, un peu comme la journée de la femme, ou celle du handicap… 

          Je note aussi la très belle préface écrite pas Louis Delorme, dans laquelle il nous cite : « Les poètes sont des enfants qui détournent les avions avec des cerfs-volants ».

          En plus, je remercie Valence Rouzaud pour sa délicatesse : il  a joint au livre des extraits de ses autres œuvres : "mon âme est en ciseaux" et surtout de "Rentiers" qui m’ont beaucoup plu. J’oubliais, c’est un livre petit par la taille (65 pages), mais avec une jolie couverture blanche, toute simple et la mise en page est très belle, l’écriture en italiques donne de l’espace et de la douceur au texte.

          Comme vous pouvez le constater, c’est un  livre qui m'a fait du bien  et permis des moments de paix intérieure dans ce monde qui ne me plaît plus trop. Ce n’est pas facile de rédiger la critique d’un livre de poésie, car on a peur d’abîmer le texte.

          Cela fait beaucoup de premières fois : il n’y a pas longtemps,  première critique de nouvelles avec Russel Banks, il y a quelques jours, première critique d’un auteur du 19e siècle, avec Dickens, j’aime tellement ce siècle que j’avais l’impression de commettre un sacrilège. C’est dur de parler de ces auteurs qui sont des monuments de la nature, que j’ai beaucoup lus…

          Note : 8,2/10

 

 

L’auteur :

 

           J’ai trouvé fort peu de renseignements sur la vie de l’auteur et aucune photo.

          Valence Rouzaud est un poète français auquel on doit notamment: "Mon âme est en ciseaux" (1998), "Rentier" (2000), "Vingt et une orties" (2006) et "Correspondances" (2012).

          Il écrit aussi dans des revues spécialisées comme Les Amis de Thalie, La Cigogne, Diérèse.

 

 

Extraits :

 

          « Sur la terre des jardins, la nature est la lumière et l’homme est une ampoule. Pourtant, je dois regagner la ville pour un salaire de sable. P 11

 

          Navigateur, j’ai vu aussi que démarrent « les états généraux de la Poésie ». Curieux ! Le poème, comme le rêve, c’est personnel. En fait, rien de grave, beaucoup de théorie, nos éphémères vont briller à travers le micro. P 14

 

          Mille vies à celui qui possède un crayon, par son trait, étayée par de grands espaces, la poésie est un monde sans Etat. D’ailleurs, derrière les lèvres pincées des lois se cache un grand chêne. N’en est-il pas l’outil roi ?  P 18

 

          Les mots ne sont-ils pas des maisons hantées, repensées par les vivants ? P 19

 

          Sous le climat changeant de l’idéal, avec ses incendies et ses jours de pluie… C’est dur la poésie, ça va bien plus loin que les princes du poster saignant le cœur des jeunes filles, ou du placard doré du journal intime meublé d’une île. P 24

 

          Distant comme un astre et fier comme un arbre, je vous écris d’un lieu où, sous l’automne, loup parmi les loups, je suis le plus heureux des hommes. P 28

 

          Rien ne mène plus à l’universel qu’un homme qui s’interroge. La foule marche, l’artiste fait des bonds. P 39

 

          La vie prend un tout autre sens pour qui sait la fleurir de ses pensées. L’art, d’une averse fait un orage et du verre, un vitrail . P 40

 

 

Lu en avril et mai 2015