Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui entre dans le cadre de mon challenge ABC  et pour la lettre T, j’avoue que ce n’est pas si simple, à part Tolstoï…

 

Le magasin des suicides de Jean Teulé

 

Résumé

 

          La famille Tuvache tient depuis des générations un magasin qui propose à ses « fidèles clients » tous les moyens possibles pour mettre fin à leurs jours.

          Le magasin est sinistre, bien entendu et tous les membres de la famille participe allègrement à inventer des moyens tordus pour arriver à leurs fins (ici, ce serait plutôt à leur Fin). Tous ? Vous avez dit tous ? Et bien nom, il y en a un qui résiste et s’obstine à trouver la vie belle. il s’appelle Alan (comme Alan Turing)  et il est né sans être désiré, par accident de préservatifs, car ses parents voulait tester « le préservatif poreux » de chez « M’en fous la Mort ».

          C’était déjà donc mal parti. Il passe son temps à chantonner, à dessiner de jolies choses et veut absolument convaincre les autres que la joie de vivre existe bien.

          Les autres, ce sont ses parents, Mishima le père qui regarde uniquement les infos sinistres à la télévision, (le poste est réglé pour sélectionner tout seul). Ensuite on a la mère : Lucrèce, le grand frère Vincent, anorexique qui souffre de maux de tête l’obligeant à garder des bandages constamment,  qui cauchemarde à qui mieux, mieux et dessine des horreurs. Il met au point un parc d’attraction sur le thème du suicide.

          Et enfin, nous avons la sœur d’Alan, Marylin, adolescente mal dans sa peau, aussi pulpeuse que Vincent est squelettique, a du mal à trouver sa place, son esprit étant moins inventif et torturé que celui de son grand frère…

          Tous les quatre n’ont qu’un seul but, créer des moyens de suicider efficaces et variés. Les clients sont satisfaits, ils ne reviennent pas se plaindre vu que le résultat est là. Tout irait donc pour le mieux si Alan ne venait pas semer le trouble…

 

 

Ce que j’en pense :

 

          C’est donc un livre dont le but est de nous faire rire, tant les personnages frisent la caricature, tant les moyens proposés pour se suicider sont cocasses : le « Seppuku »,  hara-kiri avec un sabre assez court,  en portant un kimono XXL avec un cœur dessiné à l’endroit où il faut viser, proposé à un sportif, les poisons (moyen féminin par excellence, selon madame Tuvache que explique ses recettes à base de strychnine, ou de noix vomique, la balle de 22 long rifle, plus masculin…

          Il y a des choses drôles : le gâteau d’anniversaire en forme de cercueil, Marylin qui danse lovée dans le foulard que lui a offert Alan, cela ne vous rappelle rien ?

          Durant ma lecture, je ne voyais dans ce livre que la mort. On a le droit d’en rire c’est sûr, de la tourner en dérision, mais il ne faut oublier que la mort hante les personnes dépressives, elle fait partie de leur quotidien, elle est leur compagne de chaque seconde. Parfois j’avais l’impression que c’était elle, le personnage principal et que la joie de vivre d’Alan lui rappelait qu’elle n’était peut-être pas aussi toute puissante qu’elle ne le pensait, tentant de reléguer Alan dans le rôle de l’antidépresseur.

          C’est le premier roman de Jean Teulé que je lis, et contrairement à de nombreux lecteurs, semble-t-il, il ne pas tellement plu. Peut-on rire de tout, et notamment à propos du suicide qui reste un sujet tabou dans notre société anxiogène où règnent la crise, le chômage et la violence et qui étale des piles d’ouvrages sur la quête du bonheur, vers lesquels se précipitent nombres de lecteurs.

          « Le magasin des suicides » peut-il être considéré comme un livre thérapeutique ? Je n’en suis pas sûre. Il amusera les gens bien dans leur tête certes, mais comment réagiront les personnes dépressives qui vont l’ouvrir ?

           J’ai essayé de le prendre à différents degrés, de chercher un éventuel message et en tournant la dernière page, j’en ai trouvé un, c’est pour cela que je ne mets pas une note catastrophique. En effet, il ne s’agit pas simplement d’un catalogue de produits « suicidants », et de situations qui se veulent drôles, mais font rire jaune. Il y a quand même un fil conducteur, on n’est pas dans la moquerie pure et dure.

          Je suis peut-être passée à côté de ce livre, car je baigne dans la morosité depuis quelques temps, ou parce que j'ai beaucoup côtoyé la dépression dans ma vie professionnelle...

          Je vais essayer de lire un autre livre de Jean Teulé pour me faire une idée plus précise de cet auteur, peut-être « Charly », ou "Le Montespan" en tout cas ce ne sera sûrement pas « Héloïse, ouille !». Le langage cru qui le caractérise, dans son écriture et pire encore dans ses prestations télévisées me gêne aux entournures, mais ce n’est pas cela qui me freinera.

          Lu dans le cadre du Challenge ABC.

          Note : 6/10

          La prochaine fois, je vous parlerai de poésie avec "Correspondances" de Valence Rouzeau, un tout autre univers...

 

 

L’auteur :

 

Jean Teulé 1

Jean Teulé, né à Saint-Lô dans la Manche le 26 février 1953,  est un romancier français, qui a également pratiqué la bande dessinée, le cinéma et la télévision.

Cet auteur de bandes dessinées, qu'il élabore à partir de photographies retravaillées, débute à la télévision dans L'assiette anglaise de Bernard Rapp et à Nulle part ailleurs sur Canal+

Après avoir été un homme de télévision, un scénariste, un comédien et un cinéaste, il se consacre à l’écriture. Il a publié, aux Éditions Julliard, "Rainbow pour Rimbaud" (1991), "L'Œil de Pâques" (1992), "Ballade pour un père oublié" (1995), "Darling" (1998) et "Bord cadre" (1999), "Longues Peines", "Les Lois de la gravité", "Ô Verlaine!" (2004), "Je, François Villon" (2006), "Le Magasin des suicides" (2007) (adapté au cinéma par Francis Leconte en 2012), "Le Montespan" (2008), et enfin "Charly 9", en 2011.

Son roman, "Fleur de Tonnerre", est paru aux éditions Julliard en mars 2013 et est adapté au cinéma en 2014. Récemment, il a publié "Héloïse, ouille!"

Jean Teulé 2

 

 

 

 

Extraits :

 

          C’est un petit magasin où n’entre jamais un rayon  rose et gai. Son unique fenêtre, à gauche de la porte d’entrée, est masquée par des cônes en papier, des boîtes en carton empilées. Une ardoise pend à la crémone.

          Accrochés au plafond, des tubes au néon éclairent une dame âgée qui s’approche d’un bébé dans un landau gris.

          Oh, il sourit !

          Une autre femme plus jeune – la commerçante – assise près de la fenêtre et face à la caisse enregistreuse où elle fait ses comptes, s’insurge :

         Comment ça, mon fils sourit ? Mais non, il ne sourit pas. ce doit être un pli de bouche. Pourquoi il sourirait ? P 8

          C’est ainsi que commence le roman dont voici d’autres extraits :

 

          Alan !... combien de fois faudra-t-il te le répéter ? On ne dit pas « au revoir » aux clients qui sortent de chez nous. On leur dit « adieu » puisqu’ils ne reviendront jamais. Est-ce que tu as finir par comprendre ça ?  … et puis cesse de chantonner (elle l’imite) : « Bon-zou-our ! » quand les gens arrivent. Il faut dire d’un air lugubre : « mauvais jour, madame… », ou « Je vous souhaite le grand soir, monsieur. »  Et, surtout, ne souris plus ! Tu veux faire fuir la clientèle ?... P 11

 

          Celle-ci (la cliente) s’en va, portant un sac biodégradable sur lequel on peut lire d’un côté : « Le magasin des suicides » et de l’autre : « vous avez raté votre vie ? Avec nous, vous réussirez votre mort ! » P 19

 

          Marilyn Tuvache a maintenant dix-sept ans. Indolente et avachie, de lourdes mamelles qui pendent, elle a honte de son corps qui l’encombre. Un tee-shirt la boudine, illustré d’un rectangle blanc bordé de noir à l’intérieur duquel on lit : « VIVRE TUE ».  P 20

 

 

Lu en mai 2015

 

challenge ABC Babelio 2014