Je vous parle aujourd’hui d’un livre par lequel je débute mon Challenge XIXe siècle.

 

Oliver Twist de Charles Dickens

 

 

Résumé

 

         Oliver nait dans un hospice où sa mère vient d’accoucher de façon dramatique et y laisse la vie comme c’était fréquent à l’époque. Il nait de père inconnu et personne ne connaît de détail même insignifiant sur lui, car sa mère a été découverte dans la rue, sans alliance ni papiers.

          Monsieur Bumble, le bedeau de l’église qui dirige cet hospice lui donne un nom. Il y a beaucoup d’orphelins à cette époque et il leur attribue un nom en suivant l’ordre alphabétique ; pour lui, il en est à la lettre T et ce sera Twist.

          Il réside dans cet hospice jusqu’à l’âge de neuf ans. Il y est maltraité, mal nourri et considéré comme un esclave. Un jour, les enfants ont tellement faim, qu’ils tirent au sort le nom de celui qui va aller demander « un peu plus de gruau » ce qui lui vaut le fouet, et l’enfermement.

          Le jour de ses neuf ans, la date limite au-delà de laquelle la loi ne permet plus de le garder à l’hospice, le bedeau le place chez un ramoneur : il est de petite taille, maigre à cause de la malnutrition, il pourra donc facilement entrer dans les conduits.

          La maltraitance continue, hélas et un jour il s’échappe et part pour Londres à pieds.

 

Ce que j’en pense :

 

          J’ai choisi « Oliver Twist » de Charles Dickens, car je voulais un livre adressé plutôt aux enfants, de façon à me remettre dans l’ambiance de ce siècle qui est mon préféré en littérature. Je venais de terminer « Soumission » de Michel Houellebecq, "Le météorologue" d'Olivier Rolin et quelques autres joyeusetés de la littérature actuelle, et donc  je voulais changer de planète.

          Pourquoi ce livre me direz-vous ? Parce qu’Oliver Twist a été diffusé lors des fêtes de Noël et aussi parce que la chaîne ARTE a proposé dans ses programmes de 2014 « La petite Doritt » de Charles Dickens, livre alors introuvable sur internet car épuisé. J’ai donc acheté « Oliver Twist » car j’avais très envie de relire cet auteur et notamment « Les grandes espérances » que j’avais beaucoup aimé à l’adolescence.

          "Oliver Twist" m’a plu autant que la première fois. Dickens décrit de belle façon la vie des orphelins à cette époque Victorienne. Les accouchements se font dans des conditions sordides, les mères mourant souvent en couches, (fièvre puerpérale très fréquente à l’époque, Semmelweis ne mettra en évidence l’importance de l’hygiène à partir de 1847).

          De plus, Oliver naît de père inconnu, et on connait la façon dont les femmes adultères étaient considérées : des femmes de rien, des putes… donc pas de raison de les ménager. Il tombe ainsi sous la loi dite « Loi sur les pauvres » (Poor Law) qui leur donne droit à une ration alimentaire minimale.

          Pendant leurs neuf premières années, les enfants travaillent dans un atelier attenant à l’hospice où ils fabriquent de la filasse. L’auteur décrit très bien ces « fermes à bébés » qui maltraitaient les enfants, avec des châtiments corporels, une alimentation insuffisante. Puis l’exploitation chez les employeurs,  lorsque les neuf ans sont révolus. Là aussi, tout est prétexte à recevoir des coups, car ces enfants orphelins éveillent peu la compassion quelque soit le milieu où ils vivent.

          La souffrance, l’injustice entraînent un cercle vicieux avec, les fugues, la délinquance, car les adultes savent très bien exploiter les enfants pour leur apprendre à voler les passants dans la rue. Cela nous permet de rencontrer des personnages hauts en couleurs, bandits notoires et malfaisants tels, Kack Dawkins dit "le Matois", Fagin qui lui apprend les techniques de vol, Bill Sikes...

          Dickens nous décrit un enfant, qui garde des valeurs morales après tout ce qu’il a traversé depuis sa naissance, et qui aurait pu ou dû le mener tout droit dans la délinquance. Il ne voit que le bon côté des gens, il ne sent pas quand on le manipule. Est-ce de la naïveté ?

          Certains personnages sont attachants, tel Mr Brownlow, Mrs Bedwin, ou Nancy du côté des malfrats, d’autres répugnants de méchanceté, de pouvoir : Sikes, Monks… Le bien ou le mal en somme.

          Comme dans d’autres romans de l’époque, le héros est souvent pur, et comme Cendrillon, l’histoire va-t-elle se terminer en conte de fées ? On ne peut s’empêcher de penser à Cosette

          On a donc une belle description des bas-fonds,  de la société qui est cruelle avec les enfants, des pouvoirs et des méfaits des institutions de l’époque : l’église, l’administration. On peut aussi voir au-delà de notre héros, une étude de l’enfance, de l’adolescence, montrant que ces enfants n’ont aucuns droits, qu’ils sont obligés de travailler très jeunes, et peuvent basculer dans la délinquance,  que la maltraitance est quotidienne. Bref, un tableau détaillé de l’injustice sociale que l’auteur dénoncera toujours.

          Selon Dickens, l’enfant est innocent par nature, et c’est la société qui va le façonner et déterminer son évolution future. Certes, on est obligé de constater que pour lui, il n’y a que deux possibilités, le bien ou le mal, mais il ne faut pas oublier l’empreinte de l’église, toute puissante à l’époque.

          Lors de la première lecture, c’était ce côté-là qui m’avait plu : une belle histoire qui se termine avec une morale. Cette fois-ci, j’ai plus été touchée par les conditions de vie, la violence de la société à l’égard des plus démunis physiquement et mentalement et hélas, les choses ne se sont guère améliorées.

          Un roman bien écrit et qui fait du bien. Des personnages bien décrits, qui bien sûr datent un peu mais qui nous touchent. Et je retiens la petite musique gaie, légère qu’on entend en arrière plan, comme une petite note d’optimisme, d’espoir, l’humour de l’auteur n’est jamais bien loin et il ne sombre pas dans le pathos.

 

          Note : 8/10

 

L’auteur :

 

 

Charles Dickens 1

         Né le 07/02/1812, Charles John Huffam Dickens est considéré comme le plus grand romancier de l'époque victorienne. Dès ses premiers écrits, il est devenu immensément célèbre, sa popularité ne cessant de croître au fil de ses publications.

          Il a fondé et publié plusieurs hebdomadaires, composé quinze romans majeurs, cinq livres de moindre envergure (novellas en anglais), des centaines de nouvelles et d'articles portant sur des sujets littéraires ou de société. Sa passion pour le théâtre l'a poussé à écrire et mettre en scène des pièces, jouer la comédie et faire des lectures publiques de ses œuvres qui, lors de tournées souvent harassantes, sont vite devenues extrêmement populaires en Grande-Bretagne et aux États-Unis.

 

         Charles Dickens 2 Charles Dickens a été un infatigable défenseur du droit des enfants, de l'éducation pourtous, de la condition féminine et de nombreuses autres causes, dont celle des prostituées.

          Il est apprécié pour son humour, sa satire des mœurs et des caractères. 

          Ses œuvres ont presque toutes été publiées en feuilletons hebdomadaires ou mensuels, genre inauguré par lui-même en 1836 : ce format est contraignant mais il permet de réagir rapidement, quitte à modifier l'action et les personnages en cours de route. Les intrigues sont soignées et s'enrichissent souvent d'événements contemporains, même si l'histoire se déroule antérieurement.

          L'ensemble de son œuvre a été loué par des écrivains de renom, comme William Makepeace Thackeray, Léon Tolstoï, Gilbert Keith Chesterton ou George Orwell, pour son réalisme, son esprit comique, son art de la caractérisation et l'acuité de sa satire. Certains, cependant, comme Charlotte Brontë, Virginia Woolf, Oscar Wilde ou Henry James, lui ont reproché de manquer de régularité dans le style, de privilégier la veine sentimentale et de se contenter d'analyses psychologiques superficielles.

 

 

Extraits :

 

          Juste au moment où un enfant était venu à bout d’exister avec la plus mince portion de la plus chétive nourriture, il arrivait, huit ou neuf fois sur dix, qu’il avait la méchanceté de tomber malade de froid et de faim, ou de se laisser choir dans le feu par négligence, ou d’étouffer par accident ; alors le malheureux petit être partait pour l’autre monde, où il allait retrouver des parents qu’il n’avait pas connus dans celui-ci. 

 

          Mais il devait à la nature ou à ses parents un esprit vif et droit, qui n’avait pas eu de peine à se développer sans être gêné par la matière, grâce au régime de privations de l’établissement, et c’est peut-être à cela qu’il était même redevable d’avoir pu atteindre le neuvième anniversaire de sa naissance ; quoi qu’il en soit, ce jour-là il avait neuf ans, et il était dans la cave au charbon avec deux de ses petits compagnons, qui, après avoir partagé avec lui une volée de coups, avaient été enfermés pour avoir eu l’audace de se plaindre de ce qu’ils avaient faim.

 

           Nous nommons nos enfants trouvés par ordre alphabétique ; le dernier était à la lettre S, je le nommai Swubble ; celui-ci était à la lettre T, je le nommai Twist ; le suivant s’appellera Unwin, un autre Vilkent. J’ai des noms tout prêts d’un bout à l’autre de l’alphabet ; et arrivé au Z, on recommence.

 

          Après avoir commis le crime impardonnable de redemander du gruau, Olivier resta pendant huit jours étroitement enfermé dans le cachot où l’avaient envoyé la miséricorde et la sagesse du conseil d’administration.

 

          Quoique Olivier eût assez à faire pour ne pas perdre de vue son guide, il ne put s’empêcher de jeter en passant quelques regards furtifs des deux côtés de la rue : c’était l’endroit le plus sale et le plus misérable qu’il eût jamais vu. La rue était étroite et humide, et l’air était chargé de miasmes fétides. Il y avait un assez grand nombre de petites boutiques, dont tout l’étalage consistait en un tas d’enfants qui criaient à qui mieux mieux, malgré l’heure avancée de la nuit. Les seuls endroits qui parussent prospérer au milieu de la misère générale, étaient les tavernes, où des Irlandais de la lie du peuple, c’est-à-dire la lie de l’espèce humaine, se querellaient de toutes leurs forces. De petites ruelles et des passages couverts, qui çà et là aboutissaient à la rue principale, laissaient voir quelques chétives maisons, devant lesquelles des hommes et des femmes ivres se vautraient dans la boue ; et parfois on voyait sortir avec précaution de ces repaires des individus à figure sinistre, dont, selon toute apparence, les intentions n’étaient ni louables ni rassurantes.

 

 

 

Lu en mai 2015