Je vous parle aujourd’hui du dernier livre de Philippe BESSON : « Vivre vite », consacré à James Dean, mort tragiquement il y a 60 ans lors d'un accident de la route. Il avait 24 ans.

 

 

Vivre vite de Philippe Besson

 

Résumé

 

          Le livre commence sur la lettre posthume de Mildred Dean, née Wilson, la mère de James Dean, décédée lorsque celui-ci avait neuf ans. Elle y raconte sa rencontre avec le père de Jimmy, Winton, prothésiste dentaire, la santé fragile de cet enfant, leur vie à la campagne à la ferme de Back Creek, dans l’Indiana,  chez Ortense la sœur de Winton et son mari et leur fille Joan avec laquelle il s’entend bien.

          Puis, Winton a été muté à Los Angeles et la famille est partie pour la Californie et Jimmy est tombé amoureux des plages, de l’océan, mais la vie n’était pas simple pour cet enfant myope, avec ses grosses lunettes et son accent du Midwest dont les autres se moquaient à l’école…

         Elle lui raconte des histoires, puis inventent des pièces de théâtre pour eux deux, avec des costumes qu’elle confectionne ; il apprend la danse, au grand dam de Winton.

          La mort de Mildred va engendrer une cascade de traumatismes, déjà le décès en lui-même, mais aussi le fait que le père de Jimmy préfère le confier à sa sœur car il travaille beaucoup et n’a pas le temps de s’occuper de lui, donc un deuxième abandon.

          Ortense et Marcus s’occupent bien de lui « On a beaucoup écrit que mon frère a abandonné son fils. C’est une accusation vraiment injuste… S’il avait gardé Jimmy, ils seraient morts tous les deux »

           Sa vie à la ferme se passe bien, c’est un enfant fragile, sensible, qui aime faire des bêtises mais doué pour tout ce qu’il touche, les animaux dont il s’occupe,  le sport aussi bien que les petits rôles qu’il interprète à l’école  où il fait une rencontre importante : Adeline Brookshire, professeur d’art dramatique…

 

Ce que j’en pense :

 

          Ce roman choral (biographie romancée) nous raconte l’histoire de James Dean, à travers des témoignages attribués à des personnes qui l’ont connu : la famille, les professeurs de théâtre, les agents, les  acteurs, les scénaristes qui alternent avec les réflexions de James Dean lui-même… On croise, au passage, Elia Kazan, Tenessee Williams, Marlon Brando, Elizabeth Taylor …

          C’est une belle idée, pour nous faire comprendre la fragilité de Jimmy, son côté fantasque, son goût pour le risque, en moto, en voiture plus tard ; il aime se mettre en danger.

          La mère est assez particulière, je trouve. Elle prend sa maladie à la légère, comme si un cancer de l’utérus était une maladie honteuse et se demande quel péché elle a commis pour être malade. Elle refuse d’en parler, on pourrait parler de déni.

          Sa relation avec Adeline, son professeur de théâtre, son égérie est bien décrite. Elle a décelé le talent de Jimmy, son art de l’improvisation, la façon dont il a conscience de ses personnages, comme s’il s’identifiait à eux, il n’a pas besoin de jouer, il est. Tous les regards convergent sur lui, comme plus tard il attirera la lumière au cinéma !

          L’auteur nous parle avec tendresse de ce jeune homme, post adolescent, beau comme un Dieu, mi ange mi démon, au regard perpétuellement dans le vide de par sa myopie, la nonchalance affichée, pour tenter de cacher la mélancolie, brisé par le chagrin, la perte  de sa mère, et l’abandon du père dont il restera toujours à distance, sans pouvoir établir une relation.

          Philippe Besson nous décrit bien son caractère tourmenté, fantasque,  Kazan dira : « je n’ai jamais eu autant qu’avec lui l’impression de manipuler de la nitroglycérine et rétrospectivement les fureurs perfectionnisme de Marlon Brando m’apparaissaient comme une aimable plaisanterie »P 185 ),  son hypersensibilité, ses aventures amoureuses avec des femmes et aussi des hommes, son amour de la vitesse, de la mise en danger.

          L’auteur décrit très bien, le contraste entre le Midwest et la Californie, les ruraux et le milieu artistique, la dureté des travaux à la ferme face à la vie d’artiste avec les jeans troués, le whisky facile, les beuveries,  l’atmosphère des studios avec les moyens de l’époque, les tabous sur la sexualité. L’étude sociologique de l’époque est très bien faite.

          En fait, j’ai été déçue. L’idée était originale certes, mais je n’ai pas été vraiment emballée peut-être parce que je connaissais déjà l’ histoire de James Dean, ou parce qu’il s’agit du milieu du cinéma, peut-être aussi parce qu’il n’était pas mon acteur américain préféré (et oui, j’aime les bruns ténébreux, style George Clooney, même quand il sert le café…), j’aurais été peut-être plus touchée s’il s’était agit de la vie de Montgomery Clift qu’on croise dans le film, ou Antony Perkins qui étaient des tourmentés, eux aussi.

          C’est le premier roman de Philippe Besson qui me laisse frustrée. J’ai passé un bon moment, certes, mais il aurait peut-être pu aller plus loin. Lui qui parle si bien, d’habitude, de l’intime, de la sexualité, on a l’impression qu’il avait peur d’abîmer la légende, d’écorner l’aura de l’acteur romantique, mort dans des conditions dramatiques et devenu mythique après avoir tourné seulement trois films (et quels films !).

Note : 7,2

 

 

L’auteur :

Philippe BESSON 07-02-2015À propos de l'auteur, cette fois, pour change, je donne la parole aux critiques litt éraires :

« Si Philippe Besson était pianiste il jouerait du Brahms, avec un soupçon de Satie. De livre en livre, ce garçon qui aime fouiller le mystère des hommes autant que celui des femmes dessine l'entre-deux du cœur. »
Pierre Vavasseur, Le Parisien

« Le talent de Philippe Besson, la manière tendre et douce qui lui attire de plus en plus de lecteurs, consiste à montrer que les mouvements du cœur forment l'essentiel d'une vie humaine. »
Dominique Fernandez, Le Nouvel Observateur

Philippe BESSON



« La prouesse de Philippe Besson est d'arriver à bâtir à propos d'un fait banal un récit remarquable et simple à la fois. »
Mohammed Aïssaoui, Le Figaro

« On reconnaît un écrivain à la force de ses obsessions. Il en est ainsi de Philippe Besson qui, de livre en livre, creuse ses interrogations sur l'écriture, la création, la solitude, le lien familial et le lien amoureux. »
Michèle Gazier, Télérama

« Romancier des sentiments, explorateur de l'intime. »
Joseph Macé-Scaron, Marianne

 

 

Extraits :

 

          Je suis morte le 14 juillet 1950. Jimmy avait neuf ans.

Les mères devraient s’efforcer de ne pas mourir quand leurs enfants sont si jeunes. Elles devraient attendre un peu. Pour qu’ils ne soient pas tristes, les enfants. Pour que ça ne fasse pas un vide qu’ils auront peut-être du mal à combler.

Dieu m’est témoin que je ne l’ai pas fait exprès. La maladie a été là un jour. Quand je m’en suis rendue compte, il était trop tard. Je n’ai rien pu empêcher. Voilà, je suis morte quand il avait neuf ans. P 11

 

          On disait de moi que j’étais un joli brin de fille. Je me souviens que j’étais souriante  en tout cas. Ce serait une calamité de ne pas sourire quand on a dix-neuf ans. P 12

 

          Je pense qu’on ne survit pas à la mort de sa mère. Bien sûr, on continue à respirer de l’air, à grandir, à sourire. Mais, c’est mort à l’intérieur. On a quelque chose de mort à l’intérieur. P 42

 

          Jimmy ne parlait pas beaucoup de sa mère… la nuit, il sortait en cachette et allait pleurer sur sa tombe. Il cherchait à comprendre pourquoi elle l’avait laissé. Je crois que, jusqu’à la fin, il a cherché à comprendre ? p 49

 

          Car désormais, je ne pense plus qu’à une chose, une seule, devenir acteur. Si je ne deviens pas acteur, autant être rien.

          Pas de méprise : je n’ai pas particulièrement envie de voir ma tête sur des affiches, je ne rêve pas de gloire. Non. Simplement, je ressens des vibrations dès que j’enfile le costume d’un autre et que j’invente un mensonge en espérant qu’on va me croire. C’est dans les moments où je joue que je suis au plus près de la personne que je veux être. P 111

 

          Et, surtout, il avait une beauté à couper le souffle. Il ne possédait à peu près aucun des canons de l'époque. Il était mal fichu, un peu voûté. Ses cheveux, c'était n'importe quoi. Sauf qu'il dégageait une énergie que je qualifierais  de sexuelle. Je ne connaissais que deux types comme lui, pourtant dans des genres différents: Brando et Clift. Et j'étais expert en garçons, je vous prie de me croire. P 160

 

 

Lu en février  2015