Je vous parle aujourd’hui du premier roman que je lis de Serge JONCOUR : il s’agit de « L’écrivain national » qui constitue le vingt et unième du challenge 1% rentrée littéraire 2014 et dans le cadre challenge ABC

 

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Résumé

 

          L’auteur est invité par des libraires : Michel, Marie et Nadège à venir séjourner quelques semaines, en début d’automne, dans une région forestière reculée du centre de la France, dans un petit village, Donzières.

          Ils s’intéressent à ses livres et l’ont rencontré lors d’une séance de dédicaces dans une ville à une centaine de kilomètres quelques mois auparavant ; il sera logé dans un hôtel tenu par Madame Meunier et devra en échange animer ses ateliers d’écriture, des conférences à la médiathèque, l’écriture d’un feuilleton sur la région et des réceptions diverses.

          Mais, un fait-divers s’est produit peu de temps avant son arrivée : Commodore, un homme haut en couleur  a disparu, on le croît mort et un couple, Aurélik et Dora, locataire d’une de ses fermes est soupçonné (Aurélik est en prison alors qu’on n’a pas retrouvé le corps de ce maraîcher qui s’avèrera être un ancien militaire).

          L’auteur apprend le fait-divers juste après son arrivée en feuilletant le journal local et tombe sous le charme de la photo de Dora.

          Un projet du maire, la construction d’une scierie pour exploiter le bois de façon écologique, et s’en servir comme combustible propre… projet discutable qui semble tout sauf écologique car déforestation à grande échelle mais du travail dans une commune en situation économique précaire.

 

Ce que j’en pense :

 

          De ce fait, rien ne se passe comme prévu, l’auteur arrive systématiquement en retard et dans une tenue approximative à tous ses rendez-vous programmés par les libraires car il sillonne le coin au volant de la voiture de Michel , se perd, chute dans la boue, s’enlise, et finit par rencontrer par Dora et va se laisser entraîner dans une aventure.

          Lors des réceptions, l’auteur boit beaucoup, et finit par tomber dans le piège, entre le maire qui veut le prendre à témoin de son action, les gens du village, la bibliothécaire, Dora, Madame Meunier… bref, il se fait manipuler car chacun veut l’utiliser à ses propres fins. Totalement subjugué, il finit par aller tous les jours chez Dora, et découvre quelques uns de ses secrets.

          Ce livre soulève donc plusieurs problèmes : à quoi sert un auteur caution morale pour les uns, accès à l’expression pour les autres par exemple quand il anime l’atelier de lecture avec des illettrés où il finit par écrire ce que ceux-ci voudraient exprimer mais ne le peuvent pas et essaie de les encourager et leur donner confiance en eux, comme Alex qui veut l’appeler Tonton et à qui il promet de rendre visite au travail.

          De l’autre côté, il y a les femmes bien pensantes, arrogantes  qui l’agressent sur son propre terrain et essaient de le tourner en ridicule, pour se mettre en valeur à ses dépens. On a ainsi des renseignements sur l’idée que se font les gens du métier et du statut de l’écrivain

          Le roman aborde aussi un problème d’actualité : l’écologie et ce qu’on peut faire en son nom, un projet contestable, l’arrivée prévisible de militants purs et durs prêts à en découdre pour empêcher le projet du maire. L’écologie dans l’absolu et face à la réalité économique et au chômage.

          Serge Joncour aborde  sous la forme de la caricature le quand dira-t-on dans les villages, où tout le monde sait (ou croit savoir) tout sur tout le monde, le vrai, le faux, les rumeurs, alors que Madame Meunier lui conseille la prudence, dans ses actions et dans ses paroles.

          L’auteur aborde également la curiosité de l’écrivain ; le fait divers (et donc Dora originaire de Hongrie) le passionne plus que la vie au village ou la région ce qui déplaît aux habitants qui les voient d’un mauvais œil, ces étrangers, ces néo ruraux : « Dans la légende je remarquais encore une fois ce terme de « néoruraux ». Des néo, sous entendu des marginaux, des gens qui viennent s’installer à la campagne pour profiter des loyers modiques, des instables vivant généralement des allocations ou de la débrouille, des étrangers. » P 63

          C’est le premier roman de Serge Joncour que je lis et au début, j’ai été déroutée, je ne voyais pas où il allait, ce qu’il voulait transmettre au lecteur et j’ai été tentée d’arrêter plusieurs fois, car je trouvais le récit long, le comportement de l’écrivain qui se laisse entraîner vers une situation délicate m’énervait. Mais, la dernière partie m’a beaucoup plu car l’intrigue s’est emballée. Et, l’écriture est belle, comment résister à une phrase comme celle-ci par exemple : « Tomber amoureux, c’est voir l’autre comme un mystère dont on ne supporte pas d’être exclu, c’est redouter de ne pas l’atteindre,  ne plus pense qu’à une chose : le revoir, le côtoyer. Plus je me disais que cette fille était un danger et plus elle en devenait désirable ». P 296

          Donc une bonne expérience. J’avais envie de lire son précédent ouvrage « L’amour sans le faire » et je le lirai peut-être, mais ce ne sera pas une priorité…

 

          Note : 7/10

 

 

L’auteur :

 

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Serge Joncour est né le 28/11/1961

Comme l'écrit son premier éditeur, Le Dilettante : "Il est né un jour de grève générale. On lui en a longtemps fait le reproche. Depuis, il continue sur sa lancée. Très tôt il est allé à l’école, puis par la suite, il en est sorti. Il a passé son enfance entre Paris, la Nièvre, l'Eure et loir et le Valais suisse. Il a commencé des études de philosophie alors qu’il voulait faire nageur de combat, mais il s'en est sorti autrement, faute de temps."

Avant de devenir écrivain, il a exercé de nombreux métiers dont maître-nageur et publicitaire.

Il publie son premier roman, "Vu", en 1998 au Dilettante qui a obtenu le Prix France Télévisions en 2003.

En l'an 2005, il a reçu le Prix de l'Humour Noir Xavier Forneret pour son livre "L'Idole".

Il a écrit le scénario du film "Elle s'appelait Sarah", d'après le roman éponyme de Tatiana de Rosnay, avec Kristin Scott Thomas, sorti au second semestre 2010 sur les écrans en France, Benelux, Espagne et Australie.

Il est enfin, avec Jacques Jouet, Hervé Le Tellier, Gérard Mordillat et bien d'autres artistes et écrivains, l’un des protagonistes de l'émission de radio Des Papous dans la tête de France Culture.

Il publie chez Flammarion "Que la paix soit avec vous" en 2006, "Combien de fois je t'aime" en 2008, "L'homme qui ne savait pas dire non" en 2009, "L'Amour sans le faire" en 2012.

Son roman "U.V.", publié au Dilettante, a été adapté au cinéma en 2007 par Gilles Paquet-Brenner. En 2012, "L'idole" est adapté au cinéma par

Xavier Giannoli sous le titre "Superstar" avec Kad Mérad et Cécile de France. Il s'agit de l'histoire d'un homme qui devient célèbre sans savoir pourquoi. Le film, est présenté en compétition officielle à la Mostra de Venise 2012.

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Lors d’une interview dans le Figaro voici ce que dit Serge Joncour : « Mais, de toute façon, la vie de l'écrivain ne fait plus rêver. C'est cela, la surprise. Je m'en suis aperçu en me rendant dans les lycées et je le mesure un peu partout. Je dois avouer que ce constat m'a étonné. Il me semble qu'il y a trente ans le regard était différent. Aujourd'hui, ce qui fait fantasmer, c'est quand je dis que je travaille pour le cinéma. Du coup, j'en ai fait mon alibi, je m'en sers de cheval de Troie. Quand viennent les questions spontanées, je vois bien que le statut d'écrivain ne donne pas envie, contrairement au cinéma. C'est inquiétant. En même temps, a-t-on aujourd'hui une figure de l'écrivain qui soit emblématique au point de vouloir s'y identifier? Avant, les écrivains étaient ancrés dans le monde, dans la politique. Aujourd'hui, ils sont un peu hors sol. On n'attend plus une élucidation du monde par les romanciers. »

http://www.lefigaro.fr/livres/2014/10/02/03005-20141002ARTFIG00155-serge-joncour-la-vie-de-l-ecrivain-ne-fait-plus-rever.php

 

Extraits :

 

          « Se présenter aux autres en tant qu’écrivain, c’est prendre le risque d’être perçu comme un réceptacle, soudain, chacun se valorise de l’universelle conviction d’avoir quelque chose à raconter. Bien sûr, tout destin est exceptionnel, mais une vie ne suffit pas à faire un livre, un livre, c’est bien plus que cela et bien moins tout en même temps. P 41

 

          Le maire continuait de me présenter à ses administrés, à moins que ce n’ait été l’inverse. Je sentais bien à quel point ça l’aurait aidé de pouvoir m’annoncer en tant que lauréat d’un prix illustre, un prix, ça qualifie à vie, avoir un prix ne dure que quelques heures, mais l’avoir eu dure toute une vie. P 42

 

          Ce qui est angoissant dans ces portraits antérieurs aux faits, ceux des victimes comme ceux des meurtriers, c’est de ne jamais y déceler   la moindre prémonition… Bien sûr je ne parle pas des faciès de braqueurs façonnés par la haine et les années de prison, des types à l’expression tellement coriace que leur visage intimide rien qu’à les regarder. Non, je songe à ces destins courants, des gens banals que rien ne prédestinait au drame, des êtres qui n’auraient jamais dû se retrouver exposés en pleine page dans un journal, des destins rattrapés par ce que Balzac appelait « les faits enfouis dans les mers orageuses de la vie privée. P 57

 

          Nadège était de ces jeunesses gâchées par la timidité, elle avait la peau blanche de ceux qui font des études, et des taches de rousseur qui ajoutaient à sa fragilité, les joues constamment rougies. P 67

 

          Je fus soulevé par ce décor qui surgissait  devant moi, saisi par cette masse verticale qui s’élevait en face, la forêt paraissait jaillir du sol comme un dragon se déploie pour se montrer féroce, une masse d’arbres géants qui rehaussaient furieusement le relief, j’en étais stupéfait, comme si jusque là je n’avais fait que rouler à un étage inférieur de la Terre. P 71

 

          Les autres, on les croise toujours de trop loin, c’est pourquoi les livres sont là. Les livres, c’est l’antidote à cette distance, au moins dans un livre on accède à ces personnages irrémédiablement marqués dans la vie, ces intangibles auxquels on n’aura jamais parlé, mais qui, pour peu de se plonger dans leur histoire, nous livrerons tout de leurs plus intimes ressorts, lire, c’est plonger au cœur d’inconnus dont on percevra la plus infime rumination de leur détresse. Lire, c’est voir le monde par mille regards, c’est toucher l’autre dans son essentiel secret, c’est la réponse providentielle à ce grand défaut que l’on a tous à n’être que soi. P 104

 

          … mais, la force du progrès fait qu’aujourd’hui l’idée même de ne pas pouvoir capter Internet instantanément et sur place n’était plus acceptable. P 193

 

          Tomber amoureux, c’est voir l’autre comme un mystère dont on ne supporte pas d’être exclu, c’est redouter de ne pas l’atteindre,  ne plus pense qu’à une chose : le revoir, le côtoyer. Plus je me disais que cette fille était un danger et plus elle en devenait désirable. P 296

 

 

Lu en janvier 2015

 

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