Je vais donc parler aujourd’hui du roman de James SALTER : « Et rien d’autre » qui constitue le dix-neuvième du challenge 1% rentrée littéraire 2014.

 

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Résumé

 

          On fait la connaissance de Philip Bowman lors des affrontements sur le front asiatique pendant la deuxième guerre mondiale alors qu’il se bat courageusement et on va suivre son itinéraire au retour de la guerre. Il a dix-huit ans.

          A son retour, il suit les cours de l’université de Harvard et rêve d’être journaliste, si possible au New York Times  mais il ne trouve pas de place.

          Il aime lire et après avoir hésité, il décide de consacrer sa vie à l’édition, en travaillant dans une petite maison d’éditions à laquelle il restera fidèle.

          On le suit donc dans sa vie professionnelle qui lui permet de voyager beaucoup et ainsi de rencontrer de grands auteurs tant dans son pays qu’en Europe ou ailleurs, mais également des artistes. Il dévore les livres à une vitesse impressionnante, enrichissant de plus en plus ses connaissances dans de nombreux domaines car il aime apprendre et parler de ce qu’il lit, des auteurs qu’il rencontre.

         Si tout semble se passer bien dans ce pan de sa vie, il n’en est pas de même dans sa vie amoureuse. Il rencontre une femme Vivian, originaire de Virginie où son père est n grand propriétaire terrien, ils se marient très vite pour s’apercevoir rapidement aussi qu’ils n’ont rien en commun et le divorce se profile à la grande joie de son beau-père.

 

Ce que j’en pense :

 

          John Bowman est un homme attachant (du moins au début), bibliophile, bibliophage, il avait tout pour me plaire…

        J’ai aimé cette facette de sa personnalité, son amour pour les auteurs aussi qu’il chouchoute, connaît bien. Il nage dans ce milieu de l’édition comme un poisson dans l’eau et on prend du plaisir à le suivre.

          Par contre, au niveau sentimental, c’est autre chose. Il cherche l’amour avec un grand A, et après son mariage malheureux il va multiplier les conquêtes faciles car ses connaissances lui permettent de briller en société. Le plus souvent, il s’agira de femmes qui ne sont pas libres, ou sont inaccessibles. Quelques unes joueront un rôle plus important dans sa vie telle Enid, Christine…         

          En fait, il cherche la femme idéale ; il sera donc souvent déçu, trompé et parfois escroqué mais quelquefois aussi lui-même sera infidèle tant le désir et le plaisir physique est important chez lui. Donc, il semble plutôt amoureux de l’amour.

          Il y a d’autres personnages très intéressants dans ce livre. L’éditeur, Baum, aux petits soins pour ses auteurs, avec qui Philip partage des dîners, des soirées dans des établissements renommés, à l’Opéra, aux Etats Unis et ailleurs dans le monde.

         Un autre personnage, évolue en parallèle avec Philip, il s’agit d’Eddins, éditeur aussi, mais plus avide de reconnaissance sur le plan du métier mais aussi de la réussite financière à un point tel qu’il mettra en danger sa famille…

          C’est le premier roman de James SALTER que je lis, son précédent roman traînant dans ma bibliothèque, et je reconnais avoir été déçue. J’ai entamé cette lecture sous l’influence de François BUSNEL, enthousiaste qui n’hésite pas à parler de chef-d’œuvre, l’auteur étant pour lui un écrivain phare des USA.

          Certes l’écriture est belle, déliée, les descriptions de Londres, de l’Espagne et de Paris sont splendides, on sent son amour ces deux villes, dont il parle presqu’avec emphase. On a envie de revenir en arrière et de relire un passage ou une phrase qu’on a aimé.

           La description du monde de l’édition dans la deuxième partie du XXe siècle est très intéressante, l’auteur connaissant bien son sujet, et on apprend des choses. On rencontre des auteurs.

          On est beaucoup dans le paraître : il rencontre toujours des femmes qui sont très belles, de vrais canons, alors qu’a priori il n’a rien d’un Apollon, et elles semblent toutes se ressembler, ce qui me laisse perplexe mais pourquoi pas ?

          Seulement, il y a un mais… le héros qu’on suit pendant une cinquantaine d’années, m’a lassée peu à peu, d’abord par ses conquêtes faciles et multiples, mais aussi parce que ce n’est pas quelqu’un de chaleureux même si les scènes érotiques sont chaudes, il s’agit de sexe, pas d’amour. Il vieillit tout doucement, tout seul, sans femme, sans famille mais cela ne semble pas le gêner outre mesure.

          A part sa vie professionnelle, il ne construit rien. Il vit pour la littérature, et c’est cette dernière qui est la véritable héroïne dans cette histoire où l’amour occupe une grande place, certes, mais où je ne suis pas arrivée à aimer vraiment les protagonistes, car ils semblent plutôt dénués d’affects. Les évènements semblent glisser sur lui.

         Donc, je suis déçue, j'attendais peut-être trop de cet auteur. je ne suis donc pas d'accord, cette fois-ci, avec François BUSNEL, pour moi le meilleur écrivaine contemporain reste Philip ROTH.

 

 

L’auteur :

 

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James Salter, de son vrai nom James A. Horowitz, est né le 10 juin 1925 à New York où il passe son enfance et son adolescence. En 1945, il termine ses études d'ingénieur, sort cinquième de sa classe de la prestigieuse académie militaire de West Point et entre dans l'US Air Force comme pilote. Salter participe à la guerre de Corée, puis il prend la décision d'entrer au Pentagone. Il est affecté en France et commence à écrire. Fortement marqué par les figures tutélaires d'Irwin Shaw, Robert Phelps et Robert Emmett Ginna, le lieutenant-colonel Horowitz publie son premier roman sous le nom de James Salter en 1956 et démissionne de l'armée pour se consacrer pleinement à l'écriture.

Son troisième roman, Un sport et un passe-temps, lui vaut une réputation internationale. Suivent Un bonheur parfait, L'Homme des hautes solitudes et un recueil de nouvelles, American Express, pour lequel il reçoit le prix PEN/Faulkner en 1988.

Distingué par l'American Academy and Institute of Arts and Letters pour l'ensemble de son oeuvre, James Salter a publié une autobiographie intitulée Une vie à brûler (prix PEN-Center 1998).

 

 

Extraits :

 

          «Bowman lui aussi était né dans une ville superbe, à l’hôpital français de Manhattan, dans la fournaise du mois d’août, et très tôt le matin, comme tous les génies de ce monde, lui avait un jour dit Pearson. L’air était soudain devenu complètement immobile, et aux approches de l’aube, le tonnerre avait grondé dans le lointain. Le bruit s’était peu à peu rapproché, puis des bouffées d’un air plus frais avaient précédé un terrible orage accompagné d’éclairs et de pluies battantes, et ensuite un gigantesque soleil d’été s’était levé. P 27

 

          Il entendit vite parler d’un autre emploi : il s’agissait de lire des manuscrits chez un éditeur. Il s’aperçut qu’il gagnerait moins qu’à son poste actuel, mais l’édition était tout autre chose, une occupation de gentleman, le berceau du silence et du raffinement des librairies, de l’odeur piquante des livres neufs, même si cela était tout sauf évident quand on voyait les bureaux de la maison… P 32

 

          Ils éditaient de grands livres, aimait à répéter Baum, mais seulement par nécessité. Pas question de refuser un best-seller par principe. L’idée, disait-il était de payer peu et de vendre par brassées. P 32

 

          Il (Baum) était simple et courtois, travaillait le samedi, et par respect pour ses parents il faisait une apparition à la synagogue lors des fêtes les plus sacrées de l’année – par respect également pour ceux, un peu moins proches, qui avaient disparu dans des villages rayés de la carte ou qu’on avait jetés par milliers dans des charniers. P 35

 

          Durant le dîner, ils parlèrent de livres, et notamment du manuscrit d’un réfugié polonais nommé Aronsky, qui avait miraculeusement survécu à la destruction du ghetto de Varsovie, puis de la ville elle-même. A New-York, il avait réussi à se faire un nom dans les cercles littéraires. On disait de lui qu’il était charmant mais imprévisible. Chacun se demandait comment il avait pu survivre à la guerre. P 84

 

          Les grands éditeurs ne sont pas toujours des grands lecteurs, et les bons lecteurs font rarement de bons éditeurs, mais Bowman se tenait quelque part au milieu… il adorait s’absorber dans sa lecture avec pour tous compagnons le silence et la couleur ambrée du whisky. Il aimait aussi manger, rencontrer des gens, parler… mais lire était un plaisir toujours renouvelé. Ce qu’étaient pour d’autres les joies de la musique, les mots sur  une page l’étaient pour lui. P 114

 

          Le lendemain, l’Angleterre apparaissait déjà entre les nuages dispersés, verte et inconnue. Ils quittèrent Heathrow dans un taxi qui hoquetait comme une machine à coudre… Ils roulaient à vive allure du mauvais côté de la chaussée. Bowman s’étonna de l’aspect fier et suranné de cette ville, de son désordre et de ses noms étranges. Il n’avait pas encore compris l’essentiel : son isolement du reste de l’Europe. P 118

 

          Quand un poète devient célèbre, sa renommée ne ressemble à celle de nul autre, c’est celle que connut Lorca. Il fut assassiné en 1936, au tout début de la guerre civile… on l’enterra dans une tombe anonyme qu’on l’avait forcé à creuser. La destruction du génie pur est naturelle, elle ne fait que le confirmer. Et de la mort, comme le disait Lorca lui-même, rien ne saurait consoler, ce qui est une des beautés de la vie. P 162

 

          Il était capable de parler de livres, d’écrivains et de talents qui fleurissaient dans un pays après l’autre, non pas à travers un seul auteur, mais en évoquant toujours un groupe, un peu comme s’il fallait des provisions de bois pour faire un bon feu, une ou deux grosses bûches ne suffisant pas. P 201

 

 

Lu en décembre 2014

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