Je vous parle aujourd'hui d'un joli livre, sympathique, drôle, lu dans le cadre challenge ABC ...

 

L'embellie d'audur Ava Olafsdottir

 

 

Résumé

 

          La narratrice est une jeune femme islandaise à qui son mari vient d’annoncer qu’il voulait divorcer. Le couple n’a pas eu d’enfant, car elle ne le désirait pas, se trouvant inapte à assumer une telle responsabilité lors que lui a envie d’être père et il a rencontré une jeune femme qui attend un enfant de lui.

          Elle est traductrice, écrivain public, parle onze langues et livre ses traductions à domicile.

          Son amie Audur a un enfant de quatre ans, Tumi, né prématurément avec une surdité quasi-totale et des problèmes visuels pour lesquels il porte de grosses lunettes ainsi qu’un appareil auditif vieillot. Audur est enceinte de jumeaux alors qu’elle boit énormément ; elle se sent dépassée et demande à la narratrice de s’occuper du petit garçon tandis qu’elle poursuit sa grossesse à risque dans le calme.

          La vie glisse sur notre héroïne, qui semble très passive et accepte le divorce sans broncher en même temps qu’elle rompt avec son amant. Elle a participé à une loterie qui lui attribue un chalet d’été démontable et elle en même temps elle gagne une somme importante au loto (ou quelque jeu approchant).

         Elle en profite pour changer de vie et entreprendre avec Tumi un voyage qui l’emmène sur les terres de son enfance car elle se rend compte qu’elle passe à côté de sa vie et son passé revient pas bribes. Elle part ainsi au volant de sa voiture sur la route nationale 1 qui fait le tour de l’île.

 

Ce que j’en pense :

 

          Ce livre nous décrit le parcours initiatique de l’héroïne qui est lente, passive et subit sa vie, les évènements semblant glisser sur elle : elle accepte le divorce, laisse son mari emmener pratiquement tous les meubles, y compris le lit conjugal et les bibelots.

          Elle doit laisser son appartement et se retrouve dans un local qui lui sert de bureau, où elle va organiser son voyage, prévoyant tout dans le moindre détail.

          Au début, elle a du mal à communiquer avec l’enfant qui parle le langage des signes et sait lire sur les lèvres, (on s’aperçoit d’ailleurs qu’il sait lire tout court et écrire quelques mots). Peu à peu, ils parviennent à communiquer tous les deux, et une complicité s’installe en douceur, mais, comme elle n’a jamais eu d’enfant, elle ne sait pas trop comment le nourrir, s’occuper de lui…

          Sur cette nationale, elle fait des rencontres improbables mais qui ont toutes un sens profond, qui la font avancer dans son cheminement intérieur. L’auteure alterne le présent et les bribes de souvenirs du passé qui remontent de temps en temps, laissant peu à peu émerger un secret longtemps enfoui.

          Il y a des scènes cocasses : l’oie qu’elle renverse en conduisant et qu’elle va servir à table avant son départ, puis une brebis qu’elle écrase presque aussi. Elle va faire l’amour au hasard avec deux hommes différents, dans des conditions plutôt rocambolesques, avant d’en rencontrer un troisième…

          C’est le premier roman d’Audur Ava Olafsdottir, que je lis et j’apprécie. C’est un road trip, sous la pluie avec des conséquences sur la vie en Islande, car on est en novembre et il fait un temps d’été (tiens donc…) car toute cette pluie provoque inondations, glissements de terrain et l’auteure compare la météo de la terre et la météo de la vie humaine.

          Ce livre aurait pu s’appeler, « l’éloge de la lenteur », car on a parfois envie que l’héroïne soit plus tonique mais il y a beaucoup de sensibilité dans le récit et surtout beaucoup d’humour. Mais « L’embellie » est un beau titre : une période de l’année où il fait jour très peu de temps, avec la pluie qui tombe sans arrêt, une embellie au sens météorologique mais aussi embellie dans la vie dans la narratrice, grâce à ce petit garçon qui vient chambouler la vie et la liberté de la narratrice.

          Dans les dernières pages, l’auteure nous donne la recette des plats plus ou moins fantaisistes que la narratrice improvise tout au long du périple et le modèle des chaussons pour bébé qu’elle fait tricoter à l’enfant : on imagine la scène, un enfant de quatre ans qui en paraît à peine trois physiquement mais huit ou plus intellectuellement, affublé de grosses lunettes, en train de tricoter !!!

          Une remarque, entre parenthèse, jamais la narratrice ne se laisse abattre par la situation, les coups du sort, même si ses solutions sont inattendues… il y a de la joie, dans ce livre, une envie de savourer les petits plaisirs, ce qu’on a un peu trop tendance à oublier. Et malgré la pluie, Audur Ava Olafsdottir donne envie d’aller visiter l’Islande.

          Bref, j’ai passé un bon moment, avec un livre facile à lire, un peu trop lent pour moi, mais reposant et distrayant car je venais tout juste de sortir de « L’amour et les forêts » d’Eric Reinhardt quand je l’ai attaqué. Donc « merci pour ce bon moment » comme dirait…

          Et j’ai bien envie de lire son best seller « Rosa candida »

 

          Note : 7,2/10

 

 

L’auteur :

 

       

Audur-Ava-Olafsdottir 1

   Audur Ava Ólafsdóttir est née en 1958. Elle a fait des études d'histoire de l'art à Paris et est actuellement maître-assistante d'histoire de l'art à l'Université d'Islande. Directrice du Musée de l'Université d'Islande, elle est très active dans la promotion de l'art. A ce titre, elle a donné de nombreuses conférences et organisé plusieurs expositions d'artistes.

           Rosa candida, traduit pour la première fois en français, est son troisième roman après Upphækkuð jörð (Terre relevée) en 1998, et Rigning í nóvember (Pluie de novembre) en 2004, qui a été couronné par le Prix de Littérature de la Ville de Reykjavík.

audur ava Olafsdottir 2

          Rosa candida, publié aux éditions Salka en 2007 et réédité en livre de poche l'année suivante, a reçu deux prix littéraires : le Prix culturel DV de littérature 2008 et le Prix littéraire des femmes (Fjöruverðlaun). Le roman a été traduit de l'islandais en anglais, danois et allemand.
Les droits cinématographiques ont été acquis par un producteur européen.

           Audur Ava Ólafsdóttir vit à Reykjavík avec ses deux filles.

        

 

  On lui doit également : « L’exception » et « L’embellie ». cf. : http://booknode.com/auteur/audur-ava-olafsdottir/biographie

 

 

Extraits :

 

          C’est un rappeur, encore enfant ou presque, qui se met à maudire sa mère. Ainsi peut-on pronostiquer l’ingratitude de sa progéniture. « Fuck your mother ». J’apprécie plus que jamais le super avantage de ne pas avoir d’enfant. Les garçons de cet âge ont une vilaine peau, il faut prendre rendez-vous chez le dermato six mois à l’avance, leur procurer de la crème aux stéroïdes qui amplifiera encore leur esprit contestataire. Ils grandissent trop vite, un segment du corps à la fois, se réveillent de mauvaise humeur, n’aèrent jamais leur chambre ; quand il leur arrive de faire leur lit, ils ont l’impression d’avoir entretenu la maison un mois durant. P 50

 

          D’habitude nous nous asseyons à table face à face pour nous sentir proche l’un de l’autre, mais cette fois j’ai rajouté deux rallonges et nous sommes assis aux deux extrémités, d’une part parce que nous allons divorcer et d’autre part pour faire plus festif. Nous sommes terriblement éloignés l’un de l’autre, la distance est immense entre conciliation et séparation. P 60

 

          La vie à deux pour moi, c’est le « bon » corps et la « bonne » odeur ; le foyer n’étant que l’habitacle des corps de chair et non un lieu d’expression des conceptions de la vie et autres palabres. P 66

 

          Bien consciente qu’une phrase demande ordinairement un sujet, un verbe et un complément, et qu’il faudra au moins trois conjonctions pour lui donner toute sa complexité, ma maitrise des mots ne va pas si loin, je n’arrive pas à les trouver, à dire le mot juste, celui qui compte. Je n’arrive même pas à dire à un homme les paroles indispensables, telles que « prends garde à toi » et « je t’aime ». Dans cet ordre. P 82

 

          Par ailleurs, je n’emporte pas grand-chose avec moi, l’essentiel étant de ne pas s’encombrer de vieux trucs. Je n’ai pas le projet de fuir quoi que ce soit, je pars seulement en reconnaissance de mes territoires les plus intimes ainsi que de terres inconnues avec mon petit compagnon de voyage de quatre ans malentendant et malvoyant, à la recherche de nouvelles sensations dans une résidence d’été fraichement installée au flan d’une ravine terreuse. P 152

 

          La plupart des erreurs se font  en un instant, se mesurent en secondes, mauvais virage, pied sur l’accélérateur au lieu du frein, ou l’inverse. Les erreurs sont rarement le résultat d’un enchaînement de décisions logiques ; par exemple, une femme peut être à un cheveu d’aimer absolument, être même à l’extrême bord, sans y avoir réfléchi une seule minute. P 251

 

 

 

Lu en novembre 2014

 

 

challenge ABC Babelio 2014