Dans un style tout à fait différent je vous parle aujourd'hui d'un livre que j'ai bien aimé, et comme vous pourrez le constater, je suis toujours aussi mal à l'aise pour résumer des nouvelles car, à mon avis,  il s'agit plus d'un recueil de trois nouvelles que d'un vrai roman.

 

Le flûtiste invisible Philippe Labro

 

 Résumé

 

          « Tout est déterminé par des forces sur lesquelles nous n’exerçons aucun contrôle. Cela vaut pour l’insecte autant que pour l’étoile. Les êtres humains, les légumes, la poussière cosmique – nous dansons tous au son d’une musique mystérieuse, jouée à distance par un flûtiste invisible »

          C’est à cette belle citation d’Einstein que l’auteur dédie le roman.

          L’auteur se promène en sifflant un vieil air de jazz datant des années 20 : « Bye Bye, Blackbird » quand un homme l’accoste et désire lui raconter que cet air lui rappelle un épisode important de sa vie. Un paquebot, le Queen Mary,  fait route vers l’Amérique ; à son bord un jeune homme qui vient de recevoir une bourse pour aller étudier aux USA. Dans la salle à manger, il aperçoit une belle jeune femme et va l’aborder à sa table. Il a un coup de foudre immédiat et n’a de cesse de la retrouver, car il pense sans cesse à elle jusqu’à l’obsession. C’est son premier coup de foudre et cette femme va marquer sa vie.

          Dans la nouvelle suivante, « la ligne de mire », se déroule pendant la guerre d’Algérie, l’auteur, condamné à mort par l’OAS rencontre un homme qui l’a eu dans sa ligne de mire et les circonstances qui s’y rapportent et comment il y a échappé. Enfin,  dans la troisième, « Le regard de Toma » il nous parle d’un enfant qui va échapper à deux reprises à la déportation au camp d’Auschwitz parce qu’il s’est plaint du froid ce qui a poussé sa mère à changer d’étage  dans la briquèterie où il dormait avec se famille

 

Ce que j’en pense :

 

            Dans ce roman, Philippe Labro nous parle du hasard qui peut changer notre destin et nous montre que le chemin de la vie n’est pas linéaire et que tout peut changer à la suite d’un détail, d’une décision, d’un évènement qui ne dépend pas de nous,  nous échappe.

          Certains parlent du hasard, d’autres de la main de Dieu, ou encore de ce qu’Einstein a appelé « le flûtiste invisible », quelque chose qu’on ne peut pas définir.

          Les histoires sont toutes les trois différentes, mais elles ont un point commun, quand même, un fil rouge plutôt, la part de l’aléatoire, du destin qui fait que tout d’un coup la trajectoire est déviée et la vie prend une toute autre forme. La buée qui obscurcit la lunette du fusil, le froid qui fait descendre un étage, et celui qu’on vient de quitter est victime d’une rafle quelques minutes ou quelques heures plus tard, un train qui s’arrête et fait demi-tour tournant le dos à Auschwitz : pourquoi ce train-là et pas le précédent ?

          On peut se poser des tas de questions selon que l’on croit ou non au hasard, les psychanalystes diront qu’il n’existe pas, les bouddhistes rétorqueront que toute action a des causes et des conséquences en relation avec ce qu’on appelle la loi de causalité, quoi qu’il en soit, on est toujours fasciné par les choses qu’on ne s’explique pas.

          J’ai préféré la troisième nouvelle, « Le regard de Toma » parce que cet enfant est touchant et son parcours passionnant car il échappe à la barbarie nazie pour se retrouver dans la barbarie du communisme, que son expérience lui permet de se construire, la résilience le pousse à se révolter contre le joug communiste et qu’un jour, il arrivera à partir, la langue allemande qui avait été celle de l’enfermement devenant celle de la liberté,  ce n’est pas anodin non plus.

          Le récit est émaillé de citations diverses qui viennent renforcer la thèse défendu par l’auteur. Le chapitre 10 est excellent car l’auteur compare les écrits de plusieurs écrivains de Balzac à Crichton en passant par de Gaulle ou Talleyrand, un très beau chapitre.

          Ce livre m’a plu car le thème est intéressant, l’écriture est belle comme toujours avec Philippe Labro, le style est enlevé, vif. J’ai retrouvé ce qui m’avait bien plu dans ces livres précédents : « L’étudiant étranger », « Un été dans l’Ouest », « Quinze ans »…

          Laissons à Hemingway le mot de la fin : « si le lecteur le souhaite, ce livre peut être tenu pour une œuvre d’imagination »

 

Note : 8/10

 

 

 

L’auteur :

 

    

Phlippe Labro 2012

      Philippe Labro est un journaliste français, écrivain, réalisateur, homme de médias, et auteur de chansons. Il est né à Montauban, le 27 août 1936 (78 ans).

          À 15 ans, Philippe Labro remporte un concours de journalisme parrainé par le Figaro et devient rédacteur en chef du « Journal des jeunes ». Alors qu'il a raté son baccalauréat et est redoublant, il obtient à 18 ans une bourse qui lui permet d'étudier à l’université de Lexington en Virginie et il en profite pour voyager aux USA.

          A son retour il devient reporter sur Europe 1, puis commence à écrire et se rapproche du milieu du cinéma.

Philippe Labro 2

          Il a écrit notamment : « l’étudiant étranger », « un été dans l’Ouest », « quinze ans » sur ses souvenirs puis un roman particulier « La traversée » dans lequel il décrit une expérience de mort imminente » et un autre sur la dépression « tomber sept fois, se relever huit ».

Il a écrit aussi des chansons, entre autres pour Johnny Halliday.

 

 

 

 

Extraits :

 

          Personne n’est capable d’entendre l’ultime soupir d’une fleur qui se fane, pas plus qu’il n’est  possible d’entendre le frisson de la descente d’un rideau de flocons sur une masse de neige déjà posée là, installée – structure éphémère.

          Il y a des bruits, des sons, que nous ne sommes pas capables d’entendre, et cependant ils existent. Il y a, de la même façon, des formes et des couleurs que nous ne sommes pas capables de voir, et cependant elles existent.

          Seul le vent sait quelle feuille tombera la première. P 13

 

          Je me suis demandé pourquoi cet air m’était venu à l’esprit – pourquoi donc l’avais-je sifflé d’un seul coup comme ça ? Parce qu’un passant anonyme qui s’avançait vers moi en était, lui-même, habité et hanté ? S’agissait-il d’un phénomène d’ondes ? Il parait que ces choses-là arrivent. P 43

 

          Lorsque, dans un lieu public, ou au milieu d’une foule, un ou une inconnu(e) braque ses yeux vers vous, même si c’est dans votre dos, il survient invariablement une seconde pendant laquelle vous sentez que vous êtes regardé, comme une onde qui serait passée. Un rayon, une vibration, appelez ça comme  vous voudrez. P 91

 

          La beauté naît de l’attendu, c’est la beauté classique. La beauté naît de l’étrange, c’est l’autre beauté. P 92

 

          Lorsque j’étais au plus mal du plus mal, je ne voyais plus les gens. Je regardais encore ma femme et mon fils… je les voyais encore tous les deux puisque je cherchais dans leurs yeux un réconfort, une réassurance dont, de toute manière, je ne parvenais pas à profiter. Pour le reste, je ne voyais plus personne. Le déprimé ne voit rien et ne retient rien d’autre que l’image de sa détresse, l’autoportrait de son autodestruction. P 139

 

          En réalité, la vie et la personnalité de Toma se révèlent dans ses yeux, où la noisette se mélange au bleu. Ces yeux, dans lesquels reposent, précisément, le véritable sourire – puisque la vérité et le passé d’un homme sont plus lisibles dans ses yeux que sur ses lèvres. Les lèvres peuvent mentir, pas le regard. P 165

 

 

Lu en octobre 2014