Et voici le neuvième livre du challenge 1% rentrée littéraire 2014 et le deuxième dans le cadre challenge ABC avec :

 

peine perdue d'Olivier Adam

 

Résumé

 

          Cette fois, l’action se passe dans une station balnéaire de la Côte d’Azur et fait intervenir un personnage principal, Antoine, trentenaire, footballeur qui se fait agresser après un match au cours duquel il a donné un « coup de boule » à un joueur qui l’avait fait chuter.

          Au moment où débute le roman, Antoine doit venir chercher son fils Nino pour l’emmener voir les dauphins et il n’arrive pas, ce qui provoque la colère de son ex : Marion qui va disputer avec son nouveau compagnon : Mario qui va arriver en retard à l’hôtel où elle travaille. Pendant ce temps, un couple de personnes âgées se promène le long de la plage alors qu’arrive une grosse vague qui va tout inonder et saccager les maisons et les vies.

          Au tour d’Antoine gravitent vingt deux personnes : son père, sa sœur, son ex-femme, sa petite amie, son entraîneur, le joueur qui lui a mis le tacle, et d’autres personnes que la vie a malmenés tous autant que lui sur le plan social mais aussi, sur les auteurs, dans les villas donc plus à l’abri, les gens plus nantis certes, mais dont la vie affective n’est pas géniale non plus.

          Antoine subit un traumatisme crânien grave qui le laisse dans le coma et le but du roman est de reconstituer ce qui s’est passé à partir des avis de chacun des protagonistes car tous les destins, les évènements sont interdépendants.

 

Ce que j’en pense :

 

          Au fur et à mesure que l’action se déroule, on en sait plus sur Antoine, futur nouveau Zidane raté, car hyperactif ne contrôlant pas ses accès de violence, il ne tient pas un match sur toute la longueur mais il est capable d’un coup de génie pour faire gagner son équipe. Dans le cas présent, le coup de boule entraîne une suspension donc il ne pourra pas participer aux quarts de finale de la coupe de France.

          Il a flirté avec les petits délinquants et se trouve toujours à la limite mais sa violence latente fait qu’aucun sélectionneur ne l’a jamais retenu. Il s’est fait renvoyer de son premier emploi dans un garage car il fumait un joint en travaillant et n’a pas compris en quoi c’était grave. Il en est réduit à repeindre des mobil homes dans un camping tenu par Perez, un homme aux manières  proches de celles des voyous (on a même droit à un remake de DSK)  Son entraîneur lui sert de mentor et lui renvoie une image masculine équilibrée.

          On fait donc la connaissance de sa sœur, Cécile, et de son mari routier peu sympathique qui élève les enfants pratiquement seules dans la caravane sur le terrain où il doit construire une hypothétique maison. Cette jeune femme est équilibrée, elle a remplacé leur mère, à la mort de celle-ci alors que son père sombrait dans la dépression et s’oubliait dans le travail, incapable de s’occuper d’Antoine.

Ce roman n’est pas simple à lire car on assiste à tellement de tristesse dans la vie des personnages qui sont pratiquement tous à la limite du cas social qu’on en sort pas indemne. Soit, ils ont un travail mais les horaires sont pénibles et il faut parfois même faire deux  activités différentes et courir d’un lieu de travail à l’autre, soit ils n’en ont pas ; ils ont tous plus ou moins perdu un être cher dans la famille ou ont rencontré l’âme sœur mais sont restés dans leur vie ordinaire.

          On a donc une très belle description de la société actuelle, et on retrouve dans le roman ce qu’on lit dans les journaux, à la rubrique des faits divers (drogue, casse, omniprésence du foot avec ces joueurs qui font rêver les gamins qui veulent tous devenir des nouveaux Zidane, comme par magie, oubliant qu’il faut travailler, jouer en équipe et pas en solo.

          Olivier Adam nous parle très bien aussi de la perte des valeurs, le non respect des autres, l’argent qu’on dépense avant de l’avoir, la notion de travail qui a perdu tout son sens ou moins une bonne partie, l’absence de bonheur : certes il y a les petits plaisirs mais, l’altruisme a disparu et c’est le règne de la solitude ; on parle beaucoup de communication mais on ne voit plus l’autre, à côté, on ne partage plus.

          Les personnages ont été bien étudiés, chacun ayant ses qualités, ses défauts, ses faiblesses ou ses failles. Certains sont lucides d’autres dans le virtuel. Chacun a plus ou moins envie de vivre sa vie (ou de la subir) car le choix est limité dans cette petite ville qui n’est vivante que l’été, avec les touristes. C’est tout à fait l’inverse du cliché habituel sur la Côte d’azur rayonnante de soleil et d’insouciance…

          Bref, une bonne histoire, comme souvent, qui baigne dans une morosité terrible et qui nous fait froid dans le dos quand même car, on se demande s’il reste une place pour l’espoir. Et il faudra attendre le dernier chapitre pour connaître la vérité.

          Pour le savoir, lisez ce livre, tranquillement, en profitant de l’écriture agréable de l’auteur (de temps en temps, on aimerait un peu de ponctuation) qui connaît bien son époque et nous démontre au passage que nos actes ont des conséquences et que nos vies influent les unes sur les autres car elles sont interdépendantes.

 

Note : 7/10

 

L’auteur :

 

 

olivier-adam-a-paris-en-juillet-2014

 

 

 

 

Extraits :

 

          C’est le problème avec la vie, a pensé Antoine. La nôtre est toujours étriquée, et  à laquelle on voudrait prétendre est trop grande pour simplement se la figurer. La somme des possibles, c’est l’infini qui revient à zéro. Au final, ça passe. Ça finit toujours par passer. P 15

 

          … et aujourd’hui, longeant la promenade dont la beauté lui serre le cœur, il mesure son égoïsme. Il mesure combien cette fatigue de devenir vieux, il l’a accueillie avec complaisance, combien il s’y est vautré. Combien il a volontairement succombé au ralentissement, sans lutter vraiment, surjouant une vieillesse avérée mais pas si vorace que ça malgré tout. Il mesure combien peu à peu, il l’a érigée en rempart, en excuse, en repli.

 

          Non, il ne voulait plus venir ici. Parce qu’il ne supportait plus la brûlure des choses enfuies. Cette douleur de tout savoir passé et irrémédiable. Perdu et sans retour. Il avait peur de ne rien pouvoir regarder sans sentir les larmes venir et le cœur se serrer jusqu’à l’étouffer. P 45

 

           Rien foutre à l’école parce que ça parait juste normal, parce qu’on a autre chose à penser, les mecs les fringues les soirées le bon temps les plongeons les joints la baise les calanques le soleil et comprendre à un moment que ça a déterminé une fois pour toutes le genre de boulot qu’on fait  et la vie qu’on mène, les gens qu’on rencontre, comme si tout d’un coup la vie tellement immense et solaire au départ se résumait à plus grand-chose une grisaille comme de la cendre fine tombée sur toutes choses, champ des possible rétréci au minimum, une vie réduite et vaillante, mais réduite quoiqu’on en pense. P 80

 

          Quoi que tu décides c’est irrattrapable… tout ce qui fait qu’on a pris un chemin et pas les autres. Et même qu’on n’a jamais eu l’impression d’avoir eu le choix un jour. D’autres voies. D’autres vies. La vie dans un dé à coudre. Comme décidée d’avance. P 81

 

          Laura est en troisième et n’en fout pas une rame. Passe son temps enfermée dans sa chambre ou chez ses copines… soupire dès qu’on lui adresse la parole ou qu’on lui demande quoi que ce soit. Des nouvelles, débarrasser, un service… et semble prête à appeler la DDASS et à dénoncer sa mère pour mauvais traitements au motif que Coralie lui impose le soir de dîner avec elle. Depuis peu elle s’est résolue à allumer la télé. P 93

 

          Il a continué à travailler. C’est même ça qui l’a sauvé. L’abrutissement des murs à monter, du ciment, de la chaux, la chaleur écrasante lui cuisaient le cerveau et c’était tout ce qu’il demandait : qu’on le lui brûle et le réduise en cendres. Au final c’est sans doute ce qui s’est passé. Des mois entiers abruti, anesthésié, absent.  Pour être franc il ne sait même plus comment les enfants se sont débrouillés pendant cette période. Antoine a toujours été inflammable. Alors évidemment il a pris feu.  P 128

 

Lu en octobre 2014

 

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