Je vous parle aujourd'hui d'un roman que j'ai beaucoup apprécié. il s'agit du huitième dans le cadre du challenge 1% rentrée littéraire 2014 et du deuxième dans le challenge ABC.

 

le roi disait que j'étais diable

 

 

 

Résumé

 

          Nous sommes à Bordeaux. Aliénor a treize ans. Adossée à la cime de sa tour elle regarde arriver un immense  convoi dans lequel se trouve son futur mari, le Louis VII. Elle a un caractère bien trempé, une forte personnalité.

          Louis VII n’était pas destiné à être roi mais faisait sa prêtrise. C’est le frère cadet de Philippe qui, lui, a été élevé en futur roi, mais il est mort d’une chute de cheval, un porc ayant traversé devant sa monture.

          Louis VII est un roi malgré lui qui se forme à son métier sous la férule de Suger. C’est un homme très pieux, qui exprime peu d’émotions. L’une est du Sud et l’autre du Nord, donc deux personnalités aux antipodes. Mais le roi tombe amoureux dès le premier regard de la jeune fille qui va devenir la célèbre Aliénor d’Aquitaine.

          Le livre nous raconte leur vie à tous les deux durant la durée de leur mariage : c’est la première vie d’Aliénor qui épousera par la suite Henri Plantagenêt.

 

 

Ce que j’en pense :

 

          L’auteure part de l’Histoire et construit son roman comme un chant à deux voix :  elle alterne un passage raconté par Aliénor et l’autre comme une réponse en réaction rapporté par Louis VII, comme deux âmes qui se répondent et qu tout  oppose.

          Clara Dupont-Monod a le génie d’introduire des notions de psychologie dans leur relation. Les actes et les paroles de chacun sont réinterprétés, éclairés par la psychologie moderne. le XIIe siècle revisité par Freud!!

          Elle décrit très bien le caractère bouillant, fonceur, volontaire d’Aliénor et en face, on a Louis le taiseux, le mystique qui peu à peu devient un vrai roi. Aliénor passe pour une rebelle indifférente à la foi dans ce livre alors que ce n’est pas le cas, dans la réalité elle était très pieuse, pratiquante.

          Elle introduire un peu de la culture du Sud dans la Cour, froide et triste avec l’arrivée des Troubadours, des chants, des poèmes. Ce que Louis VII n’apprécie pas car en fait il est jaloux des poètes qu’il croit amoureux de sa femme alors qu’on est dans l’amour courtois.

          On assiste à la vie de tous les jours, aux intrigues de la Cour, la haine de l’abbé Suger qui déteste Aliénor qui le lui rend bien. Les tournois, qu’elle n’apprécie pas car elle les trouve inutiles. Il y a les décisions désastreuses avec le massacre de Vitry dont Louis VII se culpabilisera toujours, les histoires de familles qui sont tellement différentes.

          Et, le plus important, la croisade où le roi sera mis en difficulté sur une mauvaise décision, car il n’a pas le sens de la stratégie alors qu’Aliénor et son oncle Raymond de Poitiers, Maître d’Antioche comprennent beaucoup mieux la situation, l’Orient, le mode de fonctionnement et la culture des Sarrazins. En terre sainte, en fait,  Aliénor se retrouve en famille, ce qui déplaît au roi. « Partir reconquérir Dieu le ragaillardit et l’éloigne… D’où vient-il cet homme aux airs de prophète apeuré ? Il a eu l’audace de s’engager dans ce voyage. Et pourtant depuis le départ, il montre une prudence exagérée. Tantôt il prend des risques, qui parfois frôlent le caprice ; tantôt il se montre frileux comme un jeune page. J’ai renoncé à comprendre. Je préfère vivre. P 160

          Les deux époux prennent de plus en plus de distance, l’amour fou de Louis VII se délite et il s’affirme de plus en plus comme roi malgré ses erreurs.

          Les phrases sont courtes, les mots sont précis. L’écriture est belle et Clara Dupont-Monod fait raconter la dernière partie par Raymond de Poitiers ce qui ne manque pas de sel.

          C’est un bon roman, mais je préfère la vraie histoire d’Aliénor d’Aquitaine telle que la raconte Régine Pernoud.

 

Note : 7/10

 

 

L’auteur :

 

 

Clara Dupont-Monod_6089

Clara Dupont-Monod née à Paris en 1973 est écrivain et journaliste. Elle fait des études littéraires. Elle a une maîtrise d'ancien français à la Sorbonne.

Elle débute dans la carrière de journaliste au magazine Cosmopolitan puis entre en tant que grand reporter à Marianneà 24 ans

Elle publie son premier texte, Eova Luciole, en 1998. La Folie du roi Marc met en scène le mari oublié d'Yseut, dans le mythe de Tristan et Yseut. Histoire d'une prostituée raconte le quotidien et la psyché d'une prostituée, que l'écrivain a rencontrée et suivie pendant un an.

Son quatrième roman, La Passion selon Juette, décrit le combat d'une femme du XIIe siècle qui refuse les diktats d'un monde où les femmes n'ont pas leur mot à dire face à une Église toute-puissante, s'appuyant sur la biographie de la jeune rédigée en latin médiéval par le religieux contemporain et ami de Juette, Hugues de Floreffe. Ce roman obtient le prix Laurent-Bonelli Virgin-Lire qui est décerné pour la première fois. Il est retenu dans la liste du Femina et reste jusqu'à la dernière liste du prix Goncourt 2007.

ClarA Dupont-Monod 2

En 2011, elle publie Nestor rend les armes, un texte sur un homme obèse. Ce roman est retenu sur la première liste du prix Fémina 2011

 

 

 

 

Extraits :

 

          Aliénor. Tu fais de ton prénom un monde. Mon pauvre amour. En réalité, il répond simplement à cette autorité filiale que tu prétends détester. Ta mère s’appelait Aénor. Toi, tu es juste une autre Aénor. Une copie. Un alia – puisque tu parles le latin. Alia Aénor… les mots se sont fondus et te voici. En quelques syllabes, tu t’inscris dans une lignée. P 27

 

           Je t’ai aimée aussitôt et, dans le même instant, tu m’as effrayé. C’était un mélange de perte et d’offrande. Un seul visage pouvait provoquer le ciel, attirer ses extrêmes. Mes guerres perdues, c’était toit. Et jamais je n’ai pensé qu’une défaite pouvait être aussi belle. Un port de reine et des miettes d’enfance. P 28

 

          Sortir du cloître, renoncer à la prêtrise, gérer le royaume, je pouvais le faire, en animal bien docile que je suis. Mais cela ne représentait rien comparé à la promesse d’un avenir avec toi. Tu étais mon cadeau et mon épreuve. Une splendeur posée sur la route d’un serviteur couronné. P 29

 

          Je ne suis pas un roi qui ordonne, mais un roi qui répond. Je suis un être de mots. Là est le vrai pouvoir. Il suppose la maîtrise d’une puissance redoutable, celle du langage. L’altérité n’est pas un basion à assiéger d’urgence mais une alliée en devenir. Le vrai pouvoir repose sur des notions extrêmement subtiles, étrangères au règne animal qui, lui, repose sur la domination. P 42

 

          Ma belle, ma puissante langue d’oc, celle des poèmes et des guerres, tu ne sers à rien, sauf à fabriquer des regrets. Aucune bouche ne te reprend. Tu mourras d’oubli. Ce mariage m’a volé ma langue. P 60

 

          Il y aura toujours des âmes faibles pour penser que le pouvoir s’accorde avec une démarche raide, chaque pas appuyé avec soin. Le pouvoir relève de la surprise et du tourbillon. C’est un jeu réservé aux vivants. P 70

 

          Ecrire un poème, c’est s’offrir une trêve. Mieux : le rêve de ce qu’on ne sera pas. les guerriers y abaissent leurs armes. Les pillards s’y découvrent mécènes. Les laides s’inventent ravissantes et les lâches, en quelques vers, tracent de grandes histoires de courage. P 89

 

          Pour la première fois, je ne suis plus seule.  J’ai un devoir non plus de suzeraine mais de personne indispensable à une autre. J’aiderai mon enfant. Née fille, elle porte mille ans de servitude. Le tout n’est pas de savoir grandir mais de se lever. Ici (en Orient) je prends les forces nécessaires. Elle m’attend. Je reviendrai lui donner les armes. Je lui enseignerai comment tenir et se faire respecter. Elle connaîtra les poèmes. Elle saura d’où elle vient. P 168

 

Lu en octobre 2014

challengerl2014

challenge ABC Babelio 2014