Voici, le troisième roman lu dans le cadre du jury FNAC, et qui est donc ma troisième lecture pour le challenge 1% rentrée littéraire 2014, un roman curieux :

 

Giovanni le bienheureux

 

 

Résumé

 

          Nous nous retrouvons en 1951 dans les rues de Gênes où Giovanni vient d’arriver et essaie de s’y installer, vivant de petits boulots, au jour le jour avec ses deux copains : Mario, beau parleur et « Mange trous » avaleur de grenouilles et de feu par la même occasion.

          Ces trois-là mènent une vie de bohème si l’on peut dire, et dépensent les peu qu’ils gagnent (de façon honnête ou pas) en beuveries, cuites mémorables, d’où ils émergent tard le lendemain matin. Des pérégrinations (si l’on peut dire) que je vous laisse découvrir…

 

 

Ce que j’en pense :

 

          Ce livre est très surprenant. L’auteur y fait l’éloge de l’oisiveté, pas du « carpe diem » mais on se lasse très vite, car rien ne vient enrichir la vie des protagonistes. On sourit au début devant leurs petites blagues ou les actions, limite potaches ou adolescents attardés.

         Cependant, les personnages ne sont pas attachants : ils sont jeunes (23 ans) et ils sont dans une misère psychologique vraie mais, ils deviennent vite un peu lourds et énervants, précisément parce qu’ils se complaisent dans cette vie d’oisiveté sans véritable envie de vivre, ou sans que ce soit une philosophie de vie en somme. Ils ont faim, car ils sont pauvres et au lie de se nourrir ils boivent, l’argent leur brûle les doigts, à peine gagné.

          Giovanni, quand il est seul est capable d’une réflexion sur la nécessité de prendre sa vie en mains, mais dès que les autres sont là, on assiste à des discussions oiseuses d’ivrognes. Des réflexions sur les femmes pour le moins désobligeantes.

          Parfois, ils en arrivent même à se comporter de façon brutale, violente, notamment avec les femmes,  méprisable. Cependant,  on espère, dès qu’il y a une once de réflexion, sur le bonheur ou sur la nécessité de s’en sortir tout simplement,  on se dit qu’il y a eu une prise de conscience que tout n’est pas perdu qu’il va se passer quelque chose et plouf, ça repart dans la boisson.

          Evidemment, ils vont flirter de plus en plus avec la légalité pour l’argent facile et quand ils ont de l’argent dans les mains, beaucoup d’argent, il y a un bug dans le cerveau : « qu’est-ce qu’on fait avec de l’argent, à quoi ça sert en gros ?

          Et puis, il y a Maria…. Que peut faire une femme dans cet imbroglio ? Est-ce que l’amour peut quelque chose ?

 

          Si j’ai terminé ce livre malgré tout c’est parce que l’écriture est très belle, l’auteur montre bien les travers de l’alcoolisme comme une fatalité, il décrit bien l’aspect faussé de l’amitié quand on est désocialisé, il nous montre Gênes telle qu’elle est, sans fioriture, avec ses bas-fonds, ses femmes de mauvaise vie, les ruelles de son vieux port, mais on la trouve belle quand même car elle nous intrigue d’autant plus que l’intrigue du roman nous passionne peu.

          Les points faibles : les personnages ne sont pas attachants, le livre fait l’éloge de l’oisiveté, de l’ivrognerie, comme s’il s’agissait d’une fatalité contre laquelle on ne peut rien et son héros est affligeant car son jeune âge lui sert d’alibi.

           C’est le premier roman de Giovanni ARPINO  que je lis et… j’ai bien peur que ce ne soit le dernier.

 

Note : 5,2/10

 

 

L’auteur :

 

giovanni Arpino 2

Giovanni ARPINO est né en 1927 à Pula et mort à Turin en 1987. Lauréat du prix Stréga (le « Goncourt italien ») et du prix Campiello, cet écrivain prolifique a été redécouvert ces dernières années en Italie.

Romancier, poète, nouvelliste, dramaturge, il a également été journaliste pour La Stampa et travaillé pour le cinéma.

Après « une âme perdue » en 2009, « le pas de l’adieu » en 2010 et « mon frère italien » en 2012, récompensé par le prestigieux Super Campiello en 1980, les Editions Belfond publie « Giovanni le bienheureux » son premier roman jusqu’à présent inédit en France.

 

 

 

 

Extraits :

 

         J’aimais vivre ainsi, me lever après avoir dormi tout mon saoul, n’être attaché qu’au soleil ou au froid, aller au port me promener. J’aimais m’asseoir au soleil et au vent, dans les jardins du quartier avec les vieillards arthritiques, saluer les vendeuses de fèves de la Piazza Vacchero, m’étendre dans l’herbe des collines et parler avec Mario de femmes, d’autrefois et d’après. P 26

 

          Tous ces objets – couvertures, vêtements, draps, fusils, horloges – sur les étagères m’humiliaient, me donnaient l’impression d’être plus pauvre encore que je ne l’étais. Dehors, il y avait une nouvelle ville à découvrir, des amis à trouver, ainsi que des coins où vivre un peu mieux, tout de suite. P 33

 

          Alors, adieu tout le monde, toux ceux qui ignoraient que j’étais là, saoul, beaucoup plus aoul qu’avant et pas aussi heureux qu’avant, le matin,  ou plutôt pas heureux du tout, juste en proie au clame immense et stupide qui succède à certains bonheurs et qui permet de songer à n’importe quoi puisque tout est lointain.

          C’est bien d’avoir ce genre de pensées, bien et inutile. Moi, j’aime les choses inutiles, ce sont les seules que j’arrive à mener à terme. P 45

 

         Je m’acheminai le long du trottoir, extrêmement las, la tête vide mais lourde. Je n’avais aucune envie de parler ; de penser non plus. En marchant, je lorgnais l’intérieur des boutiques où tout me semblait vieux et sale… J’étais si fatigué, je me sentais capable de dormir vingt heures d’affilée. Après, tout redeviendrait normal, tout redeviendrait facile. Je ne remarquerais plus la vieillesse ni la saleté. La ville me semblerait agréable, comme avant, ensoleillée et claire. P 80

 

         A présent, j’étais extrêmement vieux et sale. J’étais affamé, nauséeux. Je n’avais que vingt-trois ans, et la fin suscitait en moi une telle nausée que deux ans me suffiraient pour atteindre la cinquantaine. P 80

 

          Je n’avais jamais été un homme qui avance vraiment. J’avais vécu un tas de vies entamées l’une après l’autre comme de vieux mouchoirs par ennui, bêtise, irritation. Maintenant, ces vies me serviraient. Ce n’avaient pas été des vies inutiles, je le savais, mais des sortes de fenêtres dans une maison, des fenêtres devant lesquelles on s’assoit pour admirer des paysages incluant des gens et des arbres. Or une maison possède des murs, des portes, des escaliers, des toits et des endroits où l’on est protégé. Moi, je n’avais que des fenêtres, je n’avais pas été un bon maçon. P 85

 

          Un travail. Quel travail ? Ecrire. Mais non, tu l’as déjà envisagé plusieurs fois pendant deux ou trois minutes, tu ne sais pas écrire. Tu sais penser et faire tout ce qu’il faut pour écrire, mais tu ne sais pas écrire. P 125

 

          Un lendemain de solitude, un lendemain d’immense solitude m’attendait. Il ne fallait pas que j’y pense, demain est encore un jour à venir, demain viendra, et je serai demain celui que j’ai été un tas d’autres jours qu’il est inutile de se remémorer à présent. Cela m’accablait comme le dernier verre qu’il vaut mieux ne pas boire. Demain. P 186

 

 

challengerl2014

 

Lu en juin 2014