Je vous parle aujourd'hui du deuxième ouvrage du lot Jury prix FNAC. Ce livre est par conséquent le 2ème de mon challenge 1% rentrée littéraire 2014. Il s'agit de :

 

l'audience Oriane Jeancourt Galignani-2

 

 

Résumé

 

          Nous sommes dans une petite ville du Texas, où va commencer à se dérouler le procès de Deborah AUNUS, jeune enseignante, mise en accusation pour avoir eu des relations sexuelles avec quatre des ses élèves, majeurs au moment des faits.

         Le jury vient d’être constitué et les faits exposés par le juge. Nous allons donc assister au déroulement du procès.

          Déborah est une enseignante qui vit normalement, dans un établissement sans problème particulier, des relations avec les collègues dans la norme. Elle est mariée à un GI et mère de trois enfants. Ils vivent tout à fait normalement dans leur maison comme n’importe quel Américain moyen.

          Mais, comment le scandale a-t-il pu arriver ? Déborah est tombée sous le charme d’un de ses élèves, et peu à peu, leur relation a dérivé vers une liaison d'ordredsexuel, qui est une révélation pour Déborah car elle goûte à des jeux interdits, plus ou moins malsains auxquels elle prend de plaisir tout comme son jeune partenaire qu’elle ne viole pas, puisqu’il est entièrement consentant.

          Peu à peu, la relation évolue et Déborah va se livrer à des jeux sexuels avec un  ami de son jeune amant, puis un autre et c’est l’entrée en scène de quatrième élève qui va déclencher le scandale.

 

 

Ce que j’en pense :

 

          Nous sommes dans une histoire sexuelle qui n’aurait jamais dû dériver car elle se déroule entre individus majeurs, et par conséquent, Déborah ne transgresse véritablement aucune loi, mais nous sommes dans un état puritain, hypocrite et le procureur veut se faire un nom en légiférant et en rendant un verdict exemplaire.

          Cette jeune femme se retrouve dans une situation où elle risque cinq ans de prison, car elle a contrevenu aux lois de l’état.

          Le procès s’étend sur quatre jours (un chapitre par journée d’audience où on assiste aux témoignages, aux débats, aux caméras de télévision qui fourrent leur nez partout pour salir, et en même temps chaque soir Déborah rentre chez elle s’occuper des courses, des repas de la vie de sa famille.

          Ce qui est très perturbant dans le livre, c’est le comportement de Deborah : elle choisit de rien dire, elle écoute parler les autres protagonistes mais se comporte comme s’il s’agissait de quelqu’un d’autre. Ce que tout le monde va prendre pour de la fierté mal, placée, de l’arrogance. On a du mal à la trouver sympathique. On essaie d’avoir de l’empathie pour elle, mais ce n’est pas facile.

          Deborah est mariée à un GI, un héros de l’Amérique qui est revenu des combats avec un syndrome de stress post traumatique important. Il a vu tellement de chose horrible, qu’il est devenu un mystique religieux : il impose aux enfants de faire des prières pendant des heures sans bouger, à vivre une ascèse comme un djihad à l’envers. Le fait d’avoir vu les excès chez les fous de Dieu l’ont rendu pratiquant quasiment intégriste à son tour. Et évidemment, il n’est pas pris en charge sur le plan psychologique par l’armée. On veut bien distribuer des médailles aux héros mais les soigner quand les horreurs qu’ils sont subies les fragilisent et les font plonger dans le marasme, c’est autre chose. Il y a un déni.

          Donc, ce couple pourra-t-il résister à la tourmente d’un tel procès hypermédiatisé ?? et que va-t-il se passer pour les enfants : leur mère est devenue un monstre dans cette société puritaine, hypocrite au plus haut point, un monstre qui déshonore un héros de guerre.

          Le troisième personnage important de cette histoire, est la société américaine en elle-même, toujours avide de sensationnel, cherchant à faire tomber Deborah à tout prix en faisant témoigner sa mère, (pourquoi Déborah ne réagit-elle pas en entendant le témoignage horrible et indigne de sa mère) en manipulant la population. On se rend compte à quel point, au Texas, tout est politisé, verrouillé par le carcan religieux et l’utilisation qu’on peut faire d’une histoire somme toute banale car entre adultes consentants devient une affaire d’état. Cette Amérique bien pensante, qui croit détenir toutes les valeurs, tout savoir, qui juge tout.

          L’auteure nous livre donc au passage une véritable autopsie de cette Amérique, qui au passage ne nous est guère sympathique.

           L’auteure nous décrit aussi très bien le mal que peut faire Internet et tout ce qu’on met en ligne, rapidement, trop loin trop vite par le biais du dernier étudiant qui s’est joint au groupe uniquement par voyeurisme pour filmer la scène et détruire Deborah sans aucun scrupule, faire tomber un professeur.

          On a donc, une bonne description de la société américaine dans sa pudibonderie nauséabonde mais aussi du fonctionnement de la justice dans ce pays.

          Les points faibles, et oui il y en a : tout d’abord, on peut se demander comment une enseignante a pu se laisser aller à un tel comportement : il y a eu une transgression, elle peut avoir des relations sexuelles avec des élèves adultes, mais de là à  se laisser filmer et à dégénérer en partouze, accepter ses élèves en amis sur Facebook, (où elle avait déposé des photos d’elle, nue, pour faire plaisir à son mari certes ,mais visibles par tout le monde)

          On se retrouve dans l’exhibitionnisme,  il y a des limites qui ont été franchies par une personne censée être respectée et respectable pour ses élèves. Comment a-t-elle fait pour se laisser entraîner ainsi ? On la trouve de plus en plus attachante car fragile mais aussi de plus en plus inconsciente des conséquences de ses actes. Personne ne lui fera de cadeaux en évoquant une addiction sexuelle, ou une nymphomanie à mots couverts bien-sûr

          Que dire aussi de ces élèves, qui se partagent le corps d’une femme comme un objet, comme si c’était normal, parce qu’entre amis on partage tout. Comment ne pas être choqué par le fait que le quatrième larron filme la scène uniquement pour la publier, lui n'est pas là pour passer un bon moment, ce qu'ilveut c'est faire du mal et être celui par lequel le scnadale arrive car on va parler de lui.

          Autre point faible : l’attitude du mari qui est pratiquement un héros de guerre sur le papier mais qui est extrêmement pâlichon comme personnage. Il a combattu en Afghanistan et bizarrement il se tait.  Son syndrome de stress post traumatique n’est pas assez expliqué, on n’y croit pas vraiment. Et on se dit que Deborah est mariée avec un homme qui n’est pas très adulte ou qui souffre beaucoup mais s’enferme dans un mutisme dangereux.

         Un bon livre, car l'auteure a bien analysé, autopsié même, tant la société texane que les comportements humains. elle ne nous fait grâce d'aucun détail, tel un juge, sans montrer son ressenti. Elle reste à distance comme Debbie son héroïne reste muette, assistant à son lynchage. C'est l'histoire en elle-même qui l'intéresse comme une journaliste. C'est ce qui manque au récit: fouiller davantage la personnalité de chacun.

 note: 7,5 /10   il est resté limite pour un coup de cœur donc je l’ai mis en finaliste avec un bémol et en fait en relisant mes notes pour publier mon commentaire, je me rends compte qu'il m'a davantage plu que je ne le pensais car à la première lecture le comportement de Debbie m'avait choqué. je l'avais évalué à 7,2/10 pour la FNAC  et je l'ai remonté un peu.

 

 

L’auteur :

 

       

Oriane Jeancourt Galignani 1

    Oriane Jeancourt Galignani est Franco-Allemande. Critique littéraire, elle travaille depuis plusieurs années pour le magazine « Transfuge » dont elle est devenue la rédactrice en chef littérature en 2011. Elle a, par le passé, publié différents articles dans Philosophie Magazine et d'autres pages littéraires.

 

          Elle est l’auteure d’un livre sur Sylvia Plath, Mourir est un art, comme tout le reste (Albin

Oriane Jeancourt Galignani 2

Michel, 2013), remarqué par plusieurs jurys, notamment celui du Prix de la Closerie des Lilas, du Prix de la Coupole , du Prix Montalembert et du Prix littéraire Québec-France . Il fait également partie des trois romans finalistes du Prix Québec-France Marie-Claire-Blais 2015 qui sera remis en avril 2015.

 

 

 

 

 

Extraits :

 

            Les membres du jury pourront apprécier d’eux-mêmes, l’exhibitionnisme de Mme Aunus, j’ai imprimé son mur Facebook et son historique, il s’agit de ma première pièce à conviction. P 42

 

          Plongés sous les torses en sueur, les clameurs stridentes, Alex et elle trouvaient là refuge. N’importe quel match faisait l’affaire… Ici, pour la première fois il lui a parlé de la fuite possible. P 59

 

          Debbie ne regarde plus la partie, mais Quentin figure enragée, poing au ventre. Il n’a plus rien de l’élève à la docilité fourbe. Des rides de férocité se tracent de chaque côté de ses lèvres, sillonnent le tendre blanc de son menton. P60

 

           Elle se souvient d’un tableau qu’elle a vu dans une pub pour une assurance, tard dans la nuit : une crucifixion médiévale d’un peintre lointain, européen. Une scène sans ombres. Des faces vivantes et, au centre, un meurtre. L’homme en croix représenté en pleine souffrance. Sang et nerfs s’expurgeaient le long des pectoraux du Christ. Le corps se vidait en direct. Elle aimerait donner cette image-là à la Lettown, au jury, au public de la télévision ; vomir l’image d’elle livrée dans le prétoire. Ils la libéreront à coup sûr si elle y parvient. Mais les jurés l’ignorent, ils écoutent la procureure avec la religiosité d’un public de cirque. P 74

 

          Le cercueil à cent mille dollars, on n’en soupçonne même pas l’existence dans le quartier ouest de K. Cent mille dollars, l’assurance-vie pour laquelle tous les soldats s’engagent au Moyen-Orient. Cent mille dollars promis à la famille si le soldat tombe en Iraq ou en Afghanistan. Cent mille dollars pour un corps déchiqueté sur une mine, torturé à mort, explosé dans un hélico… P 80

 

          Elle devise sur ce visage les mimiques du petit garçon qu’il a dû être, habitué à faire le clown pour des applaudissements, sa mèche peignée et son odeur de savon crémeux, ce corps bien langé, nourri au lait chocolaté. Ses lèvres boulimiques qui n’eurent jamais à restreindre le désir. Quentin pratique le sexe comme, enfant il devait jouer à la console de jeux, en vainqueur compulsif. P 82

 

          Debbie s’agrippe au rebord de son banc. Elle souffle, se vide. Sa nuque se raidit de courage. Elle tiendra l’audience de demain et des jours suivants, n’en doute pas. Sait qu’elle peut endurer. Elle l’a appris une nuit de l’année dernière, à cette heure d’avant l’aube où naissent de nouvelles forces. P 91

 

Lu en juin 2014

challengerl2014